LES DEUX ENFANTS ABANHONNLS
Pendant que la duchesse Eléonore racontait cette histoire, toutes les dames et les cavajiers l'écoutaienl attentivement; mais quand elle arriva au billet tombé, la <uriosité se changea en un autre sentiment, et tous les yeux se mouillèrent de larmes.
— Eli bien ! dit la signora Clarice tout attendrie, continuez, duciies^ie. La mère est-elle retrouvée'? Les enfants t^ont-ils près de vous? ou bien près de Don Giovanni? C'est un homme de Dieu.
La duchesse alors reprit :
— Le lendemain malin, l'Archiprétre, après sa messe, monta à la chambre des enlants et les trouva profondément endormis; il les bénit, et puis, allant trouver Pasqua, il lui recommanda de les faire lever quand ils s'éveilleraient, de les peigner, de les habiller, et de les faire déjeuner. Ensuite il se rendit auprès du commissaire de police, qui mil aussitôt ses gens en campagne, et il n'était pas dix heures que déjà les parents étaient retrouvés et que Don Giovanni connaissait le lieu de leur demeure. Le bon prêtre ne perdit pas un instant et se rendit aussitôt à la maison indiquée dans la rue du Coq. Il monta, monta de longs escaliers, entra dans une chambre sous les toits ely trouva une dame occupée à essuyer la sueur du visage d'un homme malade. La vue du prêtre couvrit de confusion les deux étrangers ; la dame devint rouge comme !e feu et resta immobile près du lit sans oser lever les yeux de honte. L'Archiprétre, avec un visage serein, lui demanda en allemand s'ils étaient les époux Hochenman? a Oui, monsieur, répondit timidement la dame. — Alors, reprit Don Giovanni, vous êies la mère des deux charmants petits enfants Albert et Oscar? — Ah ! monsieur, s'écria- t-elle en s'animani. les avez-vous? onl-iîs pleuré beaucoup? Pauvres petits! Auront-ils soupe? — Oui. ma bonne dame, ils ont soupe et Irès-bicn dormi, cl
3i0 Lcs nr.ux enfants abandonnés.
déjeuné avec moi tout, h l'heure. — Ont-ils demandé après leur père et leur mère? — Le plus jeune, ce matin en s'éveillant, appelait sa maman à chaque instant, et Albert lembrassail, le caressait, et lui disait : «Maman viendra bientôt nous prendre, sois-en sûr. »
» En entendant ce dialogue, le père regardait fixement le prêtre en pleurant . et disait d'une voix éloufit-e: « Que de bonté, monsieur! mais, dis-moi, Adelinde, ne les as-tu pas confiés hier à Judith? — Je te l'ai dit, cher Adolphe, répondit la pauvre mère, confuse et embarrassée. Mais je le raconterai tout ensuite; maintenant, si lu me le permets, je vais entrer avec monsieur dans la cuisine; j'ai des bas à lui donner pour Oscar; » et en disant ces mois, elle fit signe de l'œil a l'Arcliiprêtre et le pria de l'accompagner. L'Archiprétre comprit, et la suivi dans une petite pièce où se trouvaient un petit fourneau, une couchette, une chaise et un chevalet. La dame ferma la porte, conduisit l'Archiprêtre dans l'angle le plus reculé, se jeta à ses pieds, lui jsrit la main, l'arrosa de ses larmes et lui dit : « Ange de Uicu. mes enfants sont-ils dans vos mains? 'V^ous les avez trouvés dans votre église? Ah! je n'avais plus un morceau de pain a leur donner, et les voyant dépérir de faim, je me résignai à la lri?te nécessité de les abandonner aux bras de la charité catholique, car nous sommes protestants; mais la Providence est pour tous. Mon mari -ne sait rien, je lui ai dit que, comme il était un peu plus mal, afin de pouvoir mieux le soigner, je confiais pour quolqujs jours les enfan's à Judith, qui est la femme d'un marchand suisse, noire aniio et notre voisine. »
» Don Giovanni attendri lui dit : « .Ma bonne dame, vos petits enfants, que vous avez confiés aux mains de la Providence, ne périront pas : quand vous pourrez quillir I3 malade, venez les embrasser ; ^oici mon adresse; eu