L^S DEUX ENFANTS ABANDONNÉS
vivre, et il nous restait encore de quoi nous rendre à Livourne et de là en Sicile, quand presque à la veille do notre départ, Albert, en jouant dans la cour, tomba snr une pierre, et se cassa la clîeville du pied droit. On ; , pela le cliirurgien qui lui remit le pied à grande peine, et nous fûmes obligés de tenir l'enfaril au lit pendant longtemps.
» Le pauvre Adolphe, surchargé par le loyer de la iflaison et par les dépenses quotidiennes, se voyait, en pays étranger, sans amis, sans connaissances, et se consumait sans espoir. Il l'ut donc forcé de renvoyer la servante, pl, quoique à peine rétablie et continuellement occupée autour de l'enfant blessé, je fus obligée de faire moi-môme le service fatigant de la chambre et de la cuisine, tirant de l'eau à un puits très-profond, sortant pour acheter les provisions, lavant les plats, faisant les lits. Cependant notre petit pécule diminuait peu à peu, et il ne nous restait plus que la possd^ililé de vivre quelques jours. Alors, Adolphe, qui sait très-bien dessiner et peindre, s'entendit avec un marchand d'estampes et se mit à colorier les images des saints. Oh ! quelle peine profonde c'était pour moi de voir un homme de tant d'intelligence et de tant d'expérience dans les plus grandes entreprises commerciales, réduit à ce misérable métier pour donner un morceau de pain à sa famille, si riche encore l'année passée.
» Adolphe se levait le matin à la pointe du jour, et pendant que Je faisais la chambre il courait au puits et inoiilail deux ou trois sceaux d'eau pour m'en épargner la fatigue; il allumait le feu, et faisait chauffer l'eau pour les bains au petit Albert, et puis aussiiôt qu'il faisait clair, il se mettait à l'ouvrage avec une assiduité et une constance admirable. Mon pauvre mari, accoutumé ^ toutes L"* aises de la vie, s'était sevré de milles petites choses que l'habitude lui avait rendues comme nécessaires, et