I.CS DEUX ENTANTS ABANDON.NLS
pensée de louer pour ces honnêtes gens un appartement ronvenable et d'y faire transporter le malade, qui n'ayant plus autant de peine, reviendra promplement à la santé, de les fournir de linge, de pourvoir à leur nourriture quotidienne et de payer une femme pour les servir.
»En atlendonlje vous annonce qu'Adolphe et Adelinde, touchés de la charité des prêtres catholiques et poussés par la grâce divine, sont disposés à abjurer les erreurs do Luther et à entrer dans le giron de notre mère la sainte Eglise. Don Giovanni leur a déjà fourni des livres allemands pour les instruire de la foi, et il espère qu'avant deux mois ils seront suffisamment éclairés et prêts à recevoir les saints sacrements. Les parrains et marraines des deux enfants seront Argenide et Clelia avec leurs maris. »
— Très-volontiers, répondirent les deux cavaliers; je m'oflTre pour Adelinde, et le duc pour Adolphe. Toi, Rosina, tu nous recevras dans ton château ce jour-là, et Monseigneur l'Archevêque viendra faire lui-même la cérémonie dans ta chapelle. Es-tu contente?
— Oui, oui, j'en suis ravie, répondit la noble dame, et toutes les autres, ainsi que les Messieurs, promirent à la duchesse de concourir largement aux dépenses nécessaires pour remettre sur pied cette honnête famille, et pour contenter cet excellent Don Giovanni que tout le monde vénérait et regardait comme le modèle et la gloire des curés de cette illustre ville.
Ensuite, heureux de leur bienfaisance, ils sortirent du jardin, remontèrent dans leurs carrosses, rentrèrent à leurs hôtels à l'entrée de la nuit et s'empressèrent d'envoyer à Don Giovanni les secours de leur générosité.
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VI CIftO ME^OTTl.
Un jour, Don Giovanni était entré dyns un bboratoira de chimie pour faire analyser une liqueur qu'on supposait contenir des substances vénéneuses, et qui lui avait été remise en secret par une mère pieuse et prudente qui l'avait trouvée chez elle dans le coffre de .«a fille. Cette enfant, vaine et bizarre, s'était gâté la tête par la lecture des mauvais romans, et, dans ses colères, quand on la corrigeait de ses caprices, elle menaçait de se jeter par la fenélre, de se pendre, ou de s'empoisonner. L'analyse fut faite, et on découvrit que cette eau n'était autre chosa qu'un vermifuge. Du laboratoire, il passa dans la pharmaciy où il trouva assis en cercle, dans la boutique do l'apothicaire, trois amis de se^ connaissances, et un qnatriômo qui était étranger, mais très-intime avec eux comme un homme qui les connaissait et les fréquentait depuis de longues années. Quand Don Giovanni entra, les trois amis se levèrent pour le saluer, et le prièrent de vouloir bien se joindre à leur conversation.
Nous parlions, dirent-ils, avec noire ami des conjurations des Mazziniens et des Fusionistes , et nous voudrions savoir de vous si, après la guerre d'Orient, on pourra espérer un peu de paix dans cette pauvre Italie.
— Dieu le veuille 1 répondit Don Giovanni, mais la paix est une drogue que les apothicaires ne vendent pas, il faut que chacun la manipule soi-même pour en jouir intérieurement et la communiquer aux autres. Dans co moment, je ne puis avoir le plaisir de profiter ds votre
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aimable inviiaiion, parce que je suis attendu au presbytère.
— En ('(Tc't, vous ê!es toujours aiïairé et occupé à faire du bien, et pendant que nous ne vous laissons pas uno once de paix, vous en donnez à tous les autres, et cela doit être ainsi parce que vous êtes plein de charilé, et la charité est une vertu aciive et qui ne s'arrôle jamais.
Tandis que l'un des trois amis parlait ainsi, l'élrangor regardait fixement l'Archiprétre, et tout d'un coup il ^'écria :
— Don Giovanni I
En même lomps, il lui prit ht main etla baisa avec amour et respect. Don Giovanni jeta ses bras autour de son cou et le serra sur sa poitrine, en s'écriant :
— 0 Alexandre, depuis quand êtcs-vous ici?
— Depuis avant hier, répondit-il.
— Eh bien! maintenant je suis firessé, mais demain nous nous verrons, n'est-ce pas?
— Assurément.
— Je vous attends donc à dix heures, ajouta-t-il. 11 lui serra la main, et sortit rapi lemcnt.
Quand Don Giovanni eut fermé la porte de la pharmacie, les uns demandèrent à Ale^sandre avec curiosité comment il connaissait si bien le bon Archiprêlre do ruinie-Cécile.
— Il n'était pas curé alors, répondit Alexandre, mai? j,^ dois à ce brave prêtre mon bonheur en cette vie, et, je l'espère, le salut éternel dans l'autre. Oh! quand j'y pense! et j'y pense tous les jours que fait le soleil, tant je dois de reconnaissance à cet admirable ecclésiastique. Vous savez, mes amis, que dans ma jeunesse j'ai été libér:il, conspirateur et séditieux contre la patrie. Je suis v< nu au monde dans un village du comté de Modène. Arrivé à l'Université, je tunibui malheureusement dans
CinO MENOTTI. oî'^
les niets des Carboiiari , quoique la secte ne portât, pas encore ce nom. En 1830, j'étais reçu docteur en droit civil et en droit canon, et après les vacances je retournai à Modène et je fis mon stage dans le cabinet d'un avocat célèbre. Arriva ce malheureux trente et un , et petit k petit, poussé par l'ardeur juvénile, je fus entraîné dans la conjuration de Ciro Menotti.
— Menotti était peut-être avocat lui-même? dit un des !rois qui avait clé professeur de pathologie dans une célèbre université d'Ilalie.
— Non , répondit Alexandre. Menotti était commerçant. Il avaitàCarpi une fabrique de chapeaux de pailles ou plutôt d'écorces d'arbres qui avaient alors une grande vogue dans les villes de la Lonibardie et qui s'exportaieit encore d'une manière assez lucrative en Angleterre et eu Espagne. Mais Menotti était pauvre, et il ne pouvait fabriquer que sur une petite échelle, parce quil n'avait m capitaux ni crédit. Il eut recours à la générosité àv François IV. Le duc, voulant aider un jeune homme qu i' savait actif, adroit, laborieux, lui donna des fonds sur Sii cassette, et le monta si bien que les fabriques deCirofureiit en mesure de surpasser tous les autres concurrents. Mais quand le cœur est gâté et corrompu, la reconnaissances;.change en perfidie. Ciro Menotti qui devait tout aux bienlaits du duc, le haïssait et machinait contre lui des trahisons et des complots, se servant de l'argent du Prince pour lui acheter des ennemis. Voyant qu'il n'était point empêché, il poussa plus loin la hardiesse ; il voyagea dans les dilTerentes villes avec l'argent du duc, sous le prétext<' de son commerce, et il étendit les fils de la grande trame qui enveloppa toute l'Ilalie et l'entraîna en quelques mois dans la conjuration qui éclata en février. Je fus moi-rmêa'-e pris daiiij les filets, et bien que je ne fusse pas des premiers", je devais ce[>endanl me trouver dans la maison de Ciro,