‹ Lorenzo, ou, Le ConscritChapitre 49 sur 56 · DORINE · texte numérisé non relu

DORINE

de l'Europe. Je ne suis ni Essier, ni Tag'ioni, ni Cerrito; mais si je ne brille pas au-dessus de ces tilles de l'air, je ne suis cependant inférieure à aucune d'elles, et dans ce siècle idolâtre des pieds et des jambes, j'ai eu aussi mon culte et mes adorateurs. Poésies, fleurs, joyaux, équipages, duels, suicides me suivaient partout. Le rayon do la danseuse est une lumière de mauvaise étoile, car ses satellites, en s'impreignant de ce feu malin, remuent en eux-mêmes la substance noire et boueuse dont ils so composent, et, à la chaleur de celte lumière, fermentent la bassesse, et les vices qui s'exhalent ensuite avec uno odeur fétide et mortelle.

« Dans ces derniers temps, je vivais avec un jeune homme qui m'aimait beaucoup, et son amour l'avait conduit à fuir sa patrie , a mépriser les douces chaînes d'un autre amour innocent qui devait l'unir à une demoiselle charmante et riche, à abandonner une mère qui l'aimait comme la prunelle de ses yeux, a désoler deux sœurs qui le chérissaient tendrement, à ofTenser ses parents, à attrister ses amis, à engloutir sa fortune pour satisfaire me.s caprices et mon luxe. Quaml on s'aperçut de son déport, un ami fidèle le suivit et le n^joignit en Italie ; il pria, il pleura, il lui mit devant les yeux tous ses torts, la mort de sa mère, la désolation de .'■es sœurs, les peines de sa fiancée tombée malade de chagrin. Gérard fut ému, hésita un moment, puis la passion l'emporta , et se frappant la tête à coups de poings, il criait à son airii : « Nanni, enfonce-moi ce couteau dans le cœur, mais je ne bougerai point d'ici. »

» Je ne savais rien de ce qui se passait, et j'étais tranquillement assise dans mon appartement, quand je vois entrer Nunni, l'ami de Gérard. 11 s'avance vers moi, et me dit : « Dorine, je viens à vous, confiant dans la générosité de votre bon cœur ; de \ous dépend la vie de quatre

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