‹ Lorenzo, ou, Le ConscritChapitre 53 sur 56 · DORINE · texte numérisé non relu

DORINE

et, dans l'iniervalle de chaque verre, elle s'asseyait dans le bosquet pour lire, ne parlait à personne; et quand elle avait fini de boire, elle visitait la groife de la Madone du Pont. Chacun faisait sur elle ses commentaires: qui la disait, princesse allemande séparée de son mari, qui une capricieuse, qui une riche artiste peintre, parce qu'on lavoyait souvent dans la prairie, au-dessus du cimetière, lisant au milieu deces beaux groupes d'arbres d'où l'on domine toute la vallée du Reno, et d'où l'œil découvre de si ravissantes perspectives. Souvent aussi elle s'enfonçait dans le bois de châtaigniers, près des carrières, et y restait des heures entières, plongée dans ses mystérieuses pensées.

Tous les soirs, vers le coucher du soleil, elle allait seulo derrière les moulins, et, en entrant dans la vallée du Torrent, elle continuait à marcher jusqu'auprès de la bourgade des Campannes, et là, dans un pré solitaire et masqué par la forêt, elle se promenait jusqu'à ce qu'un grave prêtre, sortant du milieu des arbres, vint la saluer et lui tenir compagnie. Ils marchaient ou s'asseyaient ensemble, causant de longues heures sur des sujets sérieux. Après vingtquatre bains, un malin avant l'aube une voiture partit: la belle inconnue et Don Giovanni quittèrent la Porretta, prenant la roule de Sambuca, vers la Toscane, et le soir ils furent à Pistoia. Mais douze jours n'étaient pas passés que Ion vil revenir avec le courrier Don Giovanni, qui logeait chez le curé. Comme il était très-sociable, et que tout le monde l'aimait et le vénérait, on s'empressa autour de lui pour lui demander qui était cette belle étrangère, et où il l'avait conduite

— Klleest Française, répondit-il, et je l'ai conduite en Toscane pour se faire capucine.

— Capucine! hélas! Don Giovanni, comment avezvûus le cœur d'ensevelir vivante une jeune dames! charmante, si distinguée ! pauvre nialheureusc!

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— Dites plutôt bienheureuse , reprit Don Giovanni. Savez-vous ce qui l'avait rendue malheureuse! c'est précisément son amabilité et sa beauté.

— Oui, dit une jeune demoiselle vive et légère; mais capucine! Signor Don Giovanni, de grâce, elle est trop belle pour un capuchon!

— Eh! voulez-vous ne donner à Jésus que les laides? Eh! mais vous êtes belle, et cependant vous voulez étro à Jésus, n'est-il pas vrai, Virginia?

— Oh! oui, mais pas capucine.

— Ne le dites pas doux fois, Virginia! J'en ai vu de belles et spirituelles comme vous se faire capucines, en bénir le Seigneur mille fois par jour, et danser d'aise et de joie.

VUl. — l'apostat.

Sur la rive d'un fleuve bordé de peupliers et de saules qui tremblaient au souffle d'une belle soirée d'été, était assis près d'un mur de barrage, contre lequel le courant venait se briser, un jeune homme de belle apparence, grand de taille, avec de beaux cheveux blonds partagés en deux, une barbe qui tirait sur le roux, une figure allongée, des traits fins et distingués. Son coude était appuyé contre le tronc d'un saule; de l'autre main il tenait une brochure qu'il lisait attentivement et d'un œil avide, le front sérieux et appliqué. Seulement, il posait de temps en temps son livre pour en prendre un autre qui so trouvait sur l'herbe à côté de lui, et qui était relié en cuir gaufré et orné de filets d'or. Le jeune homme lisait une de ces viru-

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lentes invectives de l'apostat Achilli contre l'Eglise catholique, contre ses dogmes, ses lois, ses rites, le culte de ses saints, l'autorité de ses pontifes, la divinité de ses sacrements; et comme Achilli, selon la méthode de tous les hérétiques, prouvait ses blasphèmes en les appuyant sur la sainte Ecriture, le jeune homme recourait à la Biblo publiée par Diodati à Genève, pour voir si la citation répondait au texte.

A deux portées d'arbalète delà rivière s'élevait, au milieu d'un bouquet d'arbres séculaires, un sanctuaire de Notre-Dame appelée par les habitants du pays la Madnna délia Luce (la madone de la lumière) . Près de !a poile était arrêtée une élégante calèche attelée de deux beaux chevaux du Mecklembourg magnifiquement harnachés, et sur la portière de la voiture étaient peintes les armes d'une noble maison. Dans l'église, devant l'autel de la Vierge, était agenouillée une dame vêtue de soie noire ; absorbée dans ses chaudes et affectueuses pensées, elle épanchait son cœur dans le sein de notre Mère et Avocate céleste, qui, dans sa bonté, accueille avec faveur la prière de tous .<es enfants, mais surtout celle des veuves abandonnées. Cette dame était la mère du jeune homme qui, sous les trembles de la rive, pendant qu'elle priait pour lui, se gâtait le cœur et l'esprit avec ces funestes lectures. 11 sortait souvent avec elle pour faire la promenade, car il l'aimait beaucoup, et s'était toujours comporté envers elle en fils ..ndre et respectueux. Mais la pauvre dame ne savait pas que son fils était entraîné par des hommes pervers qui lo retiraient du bien et cherchaient tous les moyens d'éteindre dans son ame la foi et l'amour de Dieu. Elle priait longtemps, et, pour ne pas l'ennuyer, comme elle était discrète, elle permettait qu'après une courte prière il allcit se promener sur le bord de cette agréable rivière. C'était la qu'abusant de la confiance de sa mère, il prenait b

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venin des doctrines hétérodoxes; et tandis que la tendre et pieuse femme donnoil son cœur à Jésus-Christ, lui, il en éloignait le sien et l'arrachait de celui qui est l'arbre de vie, et dont on ne peut se détacher sans devenir sec et stérile et propre à être jeté au feu. Cependant, ce jeune homme n'était point né et n'avait point été élevé dans cette infidélité ; car, outre l'exemple maternel, il avait reçu uno éducation catholique auprès de maîtres qui, aux lettres et aux sciences, joignaient la crainte de Dieu, fondement et commencement de la sagesse. Seulement, au sortir do l'enfance, quoique sa mère s'efforçât de lui inspirer l'amour du bien, elle ne pouvait cependant lui refuser d'aller avec les autres jeunes gens, ses parents ou ses amis, au manège, à la salle d'armes, à la chasse, aux courses do chevaux anglais qu'il aimait beaucoup : il avait peu de goût pour le théâtre, et détestait la danse; car son esprit était éveillé, il est vrai, mais en même temps tranquille, grave, peu causeur, et très-porté à l'étude des lettres et de la philosophie. Ce caractère a beaucoup de bons côtés quand il se tourne sa vrai et au bien; mais, malheur! si cette aptitude à raisonner s'exerce sur des principes faux et erronés, parce qu'elle conduit à de funestes conséquences déguisées sous le masque du bien et du juste, et qui, une fois ancrées, s'arrachent bien difficilement de l'esprit et du cœur. Il ne faut pas moins qu'une grâce toute singulière et une lumière puissante de Dieu pour les ramener à la rectitude des pensées et des sentiments.

Gustave, le jeune homme dont nous parlons, s'amusait un jour à regarder une course de chevaux dans une plaine hors des murs de la ville. Il se mêla à un groupe de jeunes Anglais qui étaient venus passer l'hiver en Italie et qui s'étaient liés d'amitié avec beaucoup de jeunes cavaliers du beau monde, dont quelques-uns étaient parents de , Gustave. Là, tandis que la plupart se plaisaient à exanii-

lier li;s cfiGvaux, que l'on jugeait de leur valeur à la course par Ti^giliié de leur? jambes, la force de leurs muscles, le feu de leurs yeux, et qu'on engageait sur ces pronostics de grosses somrfjes d'argent, Gustave vit à quelques pas de lui un jeune homme qui se tenait sous un arbre avec uq air distrait. Il l'accosta poliment, entra en conversation avec lui, et apprit qu'il sortait fraîchement de l'Université de Cambridge. Dune chose ils passèrent à une autre; liref. ils commencèrent à se trouver à l'aise ensemble et devinrent ami=;.

Deux mois après celte connaissance, Gustave était devenu pensif, mélancolique et plus solitaire. 11 allait trèssouvent au cabinet de lecture, et comme il connaissait Lien l'anglais, il n'avait en main que livres et journaux ccriis en cette langue, et il passait des heures entières retiré dans un coin de la salle. De temps en temps son ami de Cambridge venait s'asseoira côté de lui, mais le plus souvent i! recevait la visite d'un vieillard grand, sec, avec une figure anguleuse, un nez retroussé, une léte chauve jusqu'au milieu du crâne, et une paire de grosses moustaches blanches comme la neige ; il chuchotait ua instant à voix basse avec l'un ou l'autre de nos deux amis, puisse levait et tirait des rayons un livre qu'il lisait trèsattentivement.

Cependant la mère, qui à la piété joignait beaucoup de bon sens, veillait sur la conduite de son fils pour l'empêcher de se gâter, le suivait de l'œil, le surprenait dans son appartement et visitait ses livres ; mais le jeune hoxame, qui l'aimait de tout son cœur, se montrait toujours respectueux, empressé, aOTectueux, mettait tous ses soins à ne point lui causer le plus léger déplaisir, à prévenir ses iiioindres désirs, et à lui faire toutes ces petites caresses qui plaisent tant aux mères. Aussi, la comtesse était la forame la pics heureuse du monde, et chacun la félicitait

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d'avoir un fi!?, riche et niiîlre de lui-môme, aussi tendre pour elle, aussi attentif à faire toutes ses volontés, aussi ponctuel à tous ses devoirs.

Un matin que Don Giovanni rentrait au prei-bytère, Pasqua va au-devant de lui et lui dit :

— Signor Archiprêtre, il y a une dame qui vous attend au salon depuis quelque temps.

— Save z-vous qui elle est '?

— Je ne sais point son nom , niai.> c'est celte dame qui se confesse à vous tous les vendredis après le dîner, qui l'St vêtue de noir et qui est si riche ; et elle en dit ! elle en (lit! Quand donc aura-t-elle fini? Ces bonnes dames qui ont peu de péchés sur la conscience, en portent un sac do ceux de leur femme de chambre, de leurs domestiques, de leur chien et de leur perroquet.

— Taisez-vous, mauvaise langue, toujours la même : eh! dites-lui qu'elle me fasse l'honneur d'entrer.

Don Giovanni étant entré dans sa chambre, vit venir la comtesse Eveline, pâle, les yeux cernés, l'air abattu. E!le se laissa tomber sur un siège et dit :

— Monsieur lArchipiêtre, j'ai besoin de vous, do votre sagesse, de votre expérience, et plus encore de votre bon cœur et de votre zèle éclairé et ardent.

En parlant ainsi, elle tira de son sac une lettre tonto rhillonnée et encore humide des larmes de ses yeux, et elle ajouta :

— Lisez, cher Archiprêtre, c'est une lettre anonyme que mon portier m"a r^-mise hier soir. Je lui ai demandé qui l'avait apportée . il m'a répondu que c'était un mconn'u vôiu de noir qui ne lui avait dit que ces mots : « Dites à la comtesse que c'est de la part d'un de ses meilleurs amis. » .Se me relire dans ma chambre, je l'ouvre, je cherche la signature et je ne vois que ces deux mots : un vrai ami. Imaginez-vous avec quel empressement je l'ai parcourue,

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et quel étnniicment , quels baLtcnicnts de cœur, quelle douleur elle ma rausés !

Don Giovanni prit la lettre des mains de la comtesse cl lut à haute voix :

« Comtesse,

« Vous ne pouvez vous figurer avec quelle peine je me décide à vous écrire, parce que je connais votre pieté, >otre foi et l'amour que vous portez à Gustave. Ce jeune homme, dont l'ame était si noble et si pure, l'esprit si tîénéreux, les manières si convenables jusqu'à présent, lo <œur si doux et si affectueux, q\ii est la perle de votre cœur et la couronne de votre tête, ce pauvre jeune homme est cruellement trahi. Gustave (je vous le dis en tVémissanl) n'est plus catholique. Un perfide ami, ou plutôt l'ange de Satan sous le masque de l'amitié, l'a séduit, a éteint peu à peu la foi dans son cœur, l'a rendu infidèle à lEglise sa divine mère, qui l'a enfanté k Jésus-Christ par le saint Baptême, l'a nourri du lait des célestes doctrines, et l'a fortifié avec le pain des sacrements. Dans les ténèbres et dans le silence de sa conscience pervertie, il a déchiré le sein dans lequel notre bonne Mère le gardait chèrement et le réservait à la vie éternelle, pour se placer sous l'aile de Satan et se faire Calviniste.

» Comtesse , les moyens que l'on a employés pour ramener à trahir la foi qu'il avait jurée h Jésus, ont étô nombreux, subtiles et perfides. Four son malheur, il s'est lié d'une étroite amitié avec un jeune protestant, qui, sous lies dehors convenables et honnêtes, a commencé h parler avec Gustave de certains doutes qui existaient dans son esprit au sujet de la Primauté du Pape. Gustave y répondait par des raisons que lui dictait son bon sens ; car, n'ayant pas étudié la théologie, il ne savait pas puiser ses preuves dans les Ecritures, ni opposer les autres arguments solides des catholiques. L'Anglais, qui était rusé et

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tout imbu des doclriaes de Cambridge, paraissait se tenir pour battu . et Gustave se laissant aller à une certaine hardiesse de jeune homme, voulait croire que son ami inrlinaii à se faire catholique ; mais le perflde, le conduisant dareument en argument, de controverse en controverse, de conséquence en conséquence, le serrait étroitement et finissait toujours par lui dire : « Gustave, si vous voulez des réponses à tous vos raisonnements, entrez dans le cabinet de lecture, cherchez tel auteur, lisez-le allenlivemeut. » L'impruJenl jeune homme, présumant de ses forces, au lieu de demander conseil en matière si délicate, s aventura sans guide dans une lecture hétérodose.

» Le directeur du cabinet de lecture est un secret apostat, et l'un des plus fins et des plus exécrables maîtres d'iniquité. 11 est payé largement par le synode anglican pour corrompre les jeunes italiens qui ont le malheur de tomber sous sa grifte. C'est un démaiiogue, un instigateur de révoltes , mais par-dessus tout, c'est un catholique renégat ; et il entraîne les malheureux jeunes gens dans l'hérésie, en les entortillant dans ses filets. Il se masque d'un air de probité sévère, et si un jeune homme lui demande quelque classique italien un peu lascif, il lui dit avec un visage grave: «Jeune homme, ne vous amollissez pas le cœur avec ces la-iaises, lisez des choses plus sérieuses, des peintures de sentiments plus vrais. » Et il lui donne pour commencer le Werther de Goëlhe, VOrlis de Foscolo, la Xouveile Héloise de Rousseau. Peu à peu, il leur fait lire les romans de Balzac, de Dumas, d'Eugène Sue. de Georges de Sand, qui ne souillent pas l'imagmatiou par des descriptions fades et lascives, mais corrompent les divins principes de la morale et déifient le vice. Si on lui demande le Schisme d'Anylelcrre, de Davanzati, il dooue l'histoire impie de Hume, en un mot, tous les

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livres les plus capables d'ébranlor la foi la mieux enracinée datis un cœur catholique.

» Maintenant, clière comtesse, voîre fils Gustave est tombé sous les griffes de ce coquin, qui lui a donné à lire Fra Paolo Scarpi, \' Histoire des Papes de Bianclii Giovini, les irréligieux Appendices de Wpinione, les horribles blcisphèmes de Boni et de Ferrari contre le Christ et son Eglise, et toutes les autres horreurs qui se publient en Piémont contre ce qu'il y a de plus sacré et de plus saint dans la céleste économie catholique. En fait de lecture spirituelle, il lui servait, comme introduction, tous les soirs la Bonne Nouvelle des Vaudois, qui s'imprime ii Turin, et même les déclamations infernales du fougueux Gavazzi. Gustave ne porte pas à la maison de livres volumineux, dans la crainte que votre sollicitude ne les découvre, mais il garde en poche les brochures d'Achilli, de De Sanclis et des autres a[)ôtres de l'apostasie.

» Quand ses subtils séducteurs virent qu'il était mûr pour leurs espérances, ils le conduisirent auprès de la baronne Argentine, cette veuve qui a tant voyagé on Suisse et en Allemagne, ei qui est revenue l'été dernier des eaux de Baden, guérie d'un mal de foie. Il y a deux ans, elle a apostasie à Genève et juré foi à Calvin, au pied de la statue de Jean- Jacques, dans l'île de Berg, en même temps que cet impie de Camilluccio de la rue du Pero, qui fait le philosophe et ne sait pas écrire son nom. La baronne a une institutrice pour sa charmante petite fille Clelia. Celle fcmnit» est née catholique à Belinsone, ensuit-e elle s'est fcite prolestante à Payerne, dans le canton de Vaud, et a épousé un ministre qui est mort. C'est elle qui a enseigné le calvinisme à Argentine, et maintenant elle est la diaconesse, la prêtresse, l'oracle de ce groupe de désœuvrés qui, ne croyant pas à Dieu, foni semblant do croire à Calvin.

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y> Quand Gu?lave fut présenlé à la baronne, il la trouva au milieu d'un cercle d'amis ; après quelques instants de conversation, Cumilluccio entra; la baronne se leva et, suivie de toute la bande, elle se retira dans une chambre plus écartée où se trouvaient pendus aux murs les portraits de Calvin, de Bèze et de Fra Paolo. Un moment après, entra l'institutrice de Clelia ; tout le monde s'assit, et elle commença à lire un chapitre de la Bible de Diodati, qui était précisément ce trait de l'Apocalypse où il parle de la prostituée de Babylone. 'Après la lecture, elle se leva et se mit a commenter le passage de saint Jean, en l'appliquant à l'Eglise romaine. La bonne ex-ministresse, avec ses joues crispées et son menton de galoche. s'échaulTciit, et leur distillait ces savoureux blasphèmes que son mari vomissait de son vivant du haut des chaires de Payerne, de Morat et de Lausanne. Quand l'édifiant sermon fut fini , tout le monde se leva , se découvrit, et cette pieuse femme se mit à lire le manuel des prières d» soir, l'édition des Momiers de Genève. L'oraison terminée, elle congédia la petite église des élus avec un visage froid et sévère, eu leur donnant à tous la bonne nuit.

» Comtesse, il y a plus d'un mois que votre Gustave accourt tous les soirs se nourrir de ces blasphèmes, et s'inspirer des lumières de cette vieille momie. Lui, jeune homme de tant d'esprit, de sentiments si nobles, de si grand c«eur, il vient s'avilir aux pieds d'une femme ignolante et vulgaire, qui l'endoctrine des plus ignobles erreurs de la secte. Juste jugement de Dieu! Ces orgueilleux qui dédaignent de soumettre leur intelligence aux saintes lois de 1 Eglise catholique, aux décrets des conciles œcuméniques , à la doctrine des Pères, à l'enseignement des souverams Pontifes, vicaires de Jésus-Christ, se laissent tromper par les misérables sophismes d'un fourbe ignorant, et même par les sottes balivernes d'une femme I

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