‹ Lorenzo, ou, Le ConscritChapitre 54 sur 56 · I, APO'^TAT · texte numérisé non relu

I, APO'^TAT

» J'éprouve une douleur indicible, bonne comtesse, de déchirer votre cœur maternel et pieux, par une si cruelle révélation; mais n'attribuez cette démarche qu'au désir de retirer, s'il est possible, ce cher jeune homme de cet abîme de honte et de damnation. Vous êtes sage, et vous trouverez le remède à un si grand mal.

» U.\ VÉIlITAELt: AJIl. »

Après cette lecture, il y eut un instant de lugubre silence : Don Giovanni regardait la comtesse d'un air étonné et courroucé, et la comtesse tîxait sur lui ses yeux inquiets, pour deviner la pensée qui dominait en ce moment l'esprit du prêtre. Enfin, la noble dame ne peut contenir sa vive impatience :

— Que vous semble, Don Giovanni? dit-elle. Est-il possible que dans notre ville, toujours si catholique et si fidèle, couve une pareille conjuration contre l'Eglise, une hostilité aussi perfide, une propagande au.'jsi infernale? Dites-moi que ce sont des calomnies, Don Giovanni; que quelque ennemi de mon repos a semé cette zizanie dans mon cœur; que quelque méchant, jaloux démon Gustave, lui applique mdignement ces horreurs. Noa, non, cher Archiprêtre, Gustave est trop ingénu, il aime trop sa mère pour s'en faire le bourreau et l'assassin. Qu'en dites-vous?

— Je dis que vous avez raison d'appeler notre ville catholique et fidèle; mais cela n'empêcherait pas ^u'il s'y (achat quelque cerveau brouillon, pour attaquer la foi et i'Egli?e: car ces gens-là se cachent, parce qu'ils ne peuvent se montrer au grand jour; ils fuient la lumière, et s'enfoncent dans les ténèbres, parce qu'ils ne peuvent exposer leur visage au soleil qui éclairerait aux yeux des hommes fidèles et sincères le masque ignoble et hypocrite de l'hérésie. Et ce que vous dites de notre ville, je le dis, grâce à Dieu, de l'Italie tout entière.

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— Oh I ne diles pos cela, Don Giovanni. Vovez ce j)auvrf Piémont, par exemple, peu s'en faut qu'il ne soil déjà protestant. Il a ses temples vaudois avec leurs ministres, ses feuilles hérétiques, ses promoteurs éhontés d'iniquité, ses écoles tenues. par les ennemis de la religion. 11 bannit les évoques, il exile les religieux, il emprisonne les prêtres, il confisque les biens de l'Église, il sape et détruit tout ce que la piété des monarques et des bons citoyens a établi d utile cl de saint,

— Malgré tout cela, reprit l'Archiprêlre, je vous réponds que le Piémont est catholique comme aux beaux jours de Victor Emmanuel I''', et n'a pas la plus légère envie de devenir protestant; et tant qu'il plaira à Dieu d'y laisser des curés sages et zélés, il restera sincèrement catholique, à la honte de ceux qui conspirent contre sa foi et qui vont préchant que l'Italie ne pourra jamais être libre et indépendante, tant qu'on y vénérera une Madone et qu'on y fera un signe de croix'. ""^

— Dieu le veuille, reprit la comtesse, et c'est mon vœu le plus ardent; mais, en attendant, que de maux! que d'erreurs! que de blasphèmes!

— Oh ! je ne veux pas vous le nier; et bien que je vous soutienne que l'Italie restera catholique, je ne veux pas

* Cela est si vrai, qu'il y a quelques jours, un ami qui arrivait de Gênes, nous racontait que sur le coin de la place de l'Annunziata il y a une banquette de Bibles calvinistes, traduites de Diodati, et exposées en vente. Comme il demeurait dans la rue Baibi, il passait cent fois par là sans jamais y voir s'arrêter ni chien ni chat.

En allant ensuite a Turin, il voulut voir le nouveau temple vaudois ei il lut au-dessus de la porte : Venez, ô enfants, et si vous avez des doutes sur la loi de Dieu, arrêtez-vous et demandez. Mais au lieu d'aller entendre l'explicalion de De Sanctis, le peuple s'amusait à y J'aire mille ordures : de sorte que les protestants firent blanchir leur jnur,et l'entourèrent d'une grille de fer pour le sauver de la dévotion des Turinois.

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vous direnéanmoinsqu'iln y ait des coquins qui cherchent par tous les moyens à enlacer et à entraîner dans leurs filets et dans leurs repaires quelques sots ou quelques pauvres sires. Je vous dirai que. sans être au ftiil de la cuisine de la baronne Argentine, je savais déjà qu'au sein de notre propre ville on fait des efforts incroyables pour planter dans ce petit jardin italien quelque salade calviniste, ([uelque chou luthérien, quelque i'enouille méthodiste, et même, !e croiriez-vous! tjuelque raifort orthodoxe; et tout cela, mêlé ensemble, forme la tarte aux herbes la plus friande du monde pour ces jardiniers d'outre-mont.

— En vérité, Don Giovanni? Jesw mio ! que me ditesvous?

— Je vous dirai encore tiu'il y a des chasseurs, avec des limiers et des lévriers qui ont le nez si fin et les jambes si légères, qu'ils sentent et lèvent le lièvre dans le fourré le plus épais, et une fois qu'ils l'ont dépisté, ils l'entourent, le poursuivent et le traquent si bien qu'ils finissent par l'alleindre ; car ils connaissent tous leurs sentiers, leurs détours, leurs gîtes, leurs refuges, qui sont pour le peuple, dans le cas dont nous parlons, les auberges, les tavernes, les brelans, les buvettes, les théâtres de jour, certaines ruelles, certains quartiers retirés. Pour les bourgeois et les gentilshommes, ils savent où les trouver le jour cl la nuit : aux théâtres, aux salles de jeu, dans certains cercles, chez certains pâtissiers, à certains soupers, à certains festins, et (ne vous frottez pas les yeux, comtesse) jusque dans les cabarets et les tavernes à côté des goujats. Oui, madame, c'est la mode aujourd'hui, que l'on est blasé sur les délicatesses; comtes et marquis s'en vont en costumes d'écurie, s'étaler sur un banc et se gorger do tripes, de pis de vaches, de létes de veau à la vinaigrette, de boudins truffés et d'oies farcies. Cette vie d'auberge fait leurs délices; ils y entrent épicuriens et souvent ils

cri sortent conspirnlonfs et protcsiants, et pourceaux à coup sûr.

« La propagande se fait au?«i de mille façons p;!rnii le bas peuple. Dans les grandes fabriques, partout où il y a une certaine agglomération d'individus, l'anglicanisme a souvent son apôtre qui promet monts et merveilles à ceux qui veulent s'enrôler dans certaines confréries d'artisans, dans certaines réunions de fêtes , véritiibles rendez-vous de crapule et de débauche. « Toi, combien gagnes-tu par jour? dit-on à un ouvrier déguenillé. — A peine vingtcinq sous.

— C'est peu, pauvre diable : comment peux-tu rassasier ta famille? avec cela que le pain coûte un œil de la tête! As-tu femme et enfants? — Oh! mais, et qui ont bon appétit encore! Trois garçons déjà grands, et deux fille?' tout à l'heure bonnes à marier; et entre tous ils gagnent si peu que la misère nous dévore. — Ah ! pauvres gens ! Tiens, voilà un écu. Si tu veux te mettre dans notre société, tu en auras autant tous les huit jours, et si tu amènes la femme, tes garçons et tes filles tu en auras autant par tête. — Et qu'est-ce qu'on fait dans votre réunion? — Do bonnes choses; un peu de prêche et un peu de prières le dimanche. — Ouf l si nos curés nous en donnaient autant, ils auraient des gens plus qu'ils n'en voudraient à l'explication de l'Evangile et à la Doctrine chrétienne. — Vos curés sont des avares et des ignorants : tu apprendras chez nous les doctrines de la vraie Eglise. — Et la nôtre n'est pas vraie? — Les prêtres vous l'ont gâtée ; chez nous on ne jeûne pas, parce que le jeûne est une véritable cruauté ; on ne fait pas maigre, parce que le maigre est trop cher et qu'il affaiblit ; on ne se confesse pas, parce qu'on ne doit dire à personne ce qu'on fait. — La chose est commode, à vrai dire; mais dites un peu, avez-vous aussi l'enfer, vous autres? — Qui croit au Christ a la vie

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éternelle. — Oli ! j'y crois. — Donc tu es sauvé. — Quelle belle chose ! mais, pardonnez ; je suis 'a la filature (Je soie ; si je vole quelques écheveaux au patron, nos curés disent que j'irai en enfer; si je me soûle, en enfer; si je suis infidèle à ma femme, en enfer; si je jure quand je me mets en colère, en enfer. — Tes curés sont des ignorants, te dis-je ; il sufRt de croire au Christ. — Puisqu'il en est ainsi : faire àsa têle, aller en paradis, etavoir encore un écu par tête par semaine, le marché me va et j'y souscris, o

» Vous comprenez bien, comtesse, qu'un pareil misérable, qui étouffe sa conscience, n'est pas difficile a gagner. Un homme de sac et de corde, qui vivait en béio étant catholique, vivra en bêle prolestant. »

— Oui, mais pour ces pauvres enfants aussi! Voyez quel malheur! Ils se feront les apôtres du démon parmi les garçons et les tilles du pays.

— Croyez-moi, comtesse, les curés ont l'œil au guet, et le Gouvernement les seconde. J'ai su qu'un vieux drôle, un républicain de 97 , tenait chaire d'anglicanisme. 1! s'installait le soir dans la boutique d'un rriosaïsle, en faco d'un petit marchand qui exposait à ses vitrines de jolis chapelets de cornaline, d'ambre, d'agate, d'améthiste. avec de jolies statuettes de la Madone, et des christs en :ilbâtre de Volterre et en bronze doré, ainsi que d'autres [letiis objets de piété. Quand ce vieux bonhomme se voyait entouré d'un tas de petits vauriens, il se mettait a plaisanter et à rire de ces objets pieux, les tournait en ri- (iicule de la façon la. plus grossière, en faisait des gorges chaudes, et débitait une leçon tirée de Fox sur l'idolâtrie et la superstition catholique. Quand je le sus, je vous laisse i' penser si Don Giovanni a lavé la têle à ce mauvais plaicant, et lui a fait rentrer la risée dans la gorge. Mon drôle a si bien pris répouvanic qu'il est accouru me trouver au

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presbytère et m'a promis de ne plus jamais recommencer.

« Voulez-vous un autre exemple pour vous montrer quels moyens ces perfides apôtres du mal emploient pour fiiire des prosélytes parmi nos chers enfants? Dans une bonne famille, de celles du vieux Credo, où tous les soirs on récite le rosaire, où Ton fait devant une belle image toutes les neuvaines de la Madone, où le père s'approche de la Sainie-Table presque tous les jours; dans cette pieuse famille donc, le fils aîné, bon et fervent chrétien, est marié et a des enfants. L'un de ces enfants, qui a a peine sept ans, va à une école privée. Un soir, sa maman lui dit : « Nino, viens vite dire le Rosaire. — Je ne viens pas. répondit-il. — Oh! pourquoi'? — Parce que je ne suis plus papiste, et je n'irai plus à la Messe, et je ne prierai plus pour le Pape, et je ne lèverai plus mon béret devant la Madone au bas de l'escalier. » La mère resta comme étourdie en entendant ces blasphèmes sortis de la bouche d'une petite créature; mais, faisant semblant de n'y point attacher d'importance, elle reprit: Allons, viens, mon petit îNino, viens devant la Madone. « Non je ne viens pas, vous dis-je, parce que c'est un péché, et c'est Aristide qui est giand, qui me l'a dit. — Quelle est cette espèce d'hérétique d'Aristide ? » dit la mère , l'enfant bouda et se lut.

» Dans la chambre se trouvaient la grand'mère, la tante et une sœur de douze ans. En entendant le bauibiu parler de la sorte, elles se mirent a se lamenter et à crier en disant : « Jésus Maria! que faut-il entendre! » La petite fille courut à son frère Nino comme une furieuse, et lui montrant les gmTes devant les yeux : « Tu n'es plus chrétien, cria-t-elle, tu as blasphémé la Messe et la Madone, tu es excommunié. Maman, enferme-le; non, non, je ne veux pas rester avec les excommuniés, on attrape l'excommunication. » La grand' m.ère pleurait, la tante

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tempêtait, le petit gnrçon était épouviinté : sur ces entrefaites, le père entre ei demande ce qui se passe. Tout le monde répond en même temps, et la petite fille de crier : « Papa, Nino est excommunié , il est excommunié, vous dis-je, ne le toucliez pas. »

» Le père prend l'eniant par la main, le conduit dans une autre pièce et l'interroge; il apprend qu'à l'école, pendant que le maître était sorti, Aristide leur enseignait ces belles choses. Le soir même, le père vint me trouver et me raconta ce qui étaii arrivé. Je pris des informations, et je sus que cet Aristide était un garçon de treize ans, fils d'un féroce républicain qui en 49s"élait signalé par sa cruauté et ses sacrilèges, et qui, étant vendu, ainsi que sa femme, au Comité Anglican, se servait de son fils pour i;âter les enfants. Le bambin fut retiré de l'école, et Aristide fut confié par le ministre du Bon Gouvernement à un bon prêtre pour essayer de le remettre sur le sentier de la foi et de la piéié.

» Vous voyez, comtesse, continua Don Giovanni, si, même dans notre ville catholique, les méchants se remuent pour faire le mal. Il y avait encore une autre chose qui pouvait faire beaucoup de torts aux gens de la campagne. Vous savez pc^ut-ètre qu'en dehors d'une des portes de la ville, les Anglais qui viennent ici passer la saison d'hiver, ont un beau casino dans lequel ils ont érigé une chapelle protestante, où ils se rendent le dimanche pour entendre le prêche du ministre. Le digne homme ne fait que lancer des imprécations contre Rome et contre l'Italie, parce que, au dire de sa révérence, elle est assez stupide et ignare pour vouloir rester catholique, en dépit des efforts de ces messieurs du nouvel Evangile. Or, le dimanche on voit autour de cette maison une grande file de voitures, et les paysans qui viennent k la ville pour entendre la messe s'arrêtent a bayer devant ces beaux chevaux qui piaffent

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et ces beaux équipages dorés. Pendant qu'ils s'ébaliissent, voilà un érornifleur de protestant qui s'approche d'eux 1 oliment el leur dit: » Bonnes gens, où allez-vous? — r.h! nous allons à la messe. — Mes amis, ce n'est pas la peine d'aller si loin ; entrez ici. on y prêche aussi. — Oh I vraiment? — Entrez. » Et les ignorants montent l'escalier et arrivent à la porte de la chapelle où, en voyant tous ces beaux messieurs et la salle bien ornée, et le révérend en favoris et en cravate blanche qui prêche, ils restent la bouche ouverte. En sortant, ils trouvent quelqu'un qui leur fait tin peu de catéchisme à l'anglaise.

» La chose m'est venue aux oreilles, et, après en avoir causé avec les autres curés dans une réunion, nous en informâmes qui de droit, et on pritla précaution d'envoyer quelque? brigadiers faire un tour de promenade le long de là route pour tenir en respect ces zélés partisans. Voyez encore le mal qu'ils font dans les campagnes, où quelque malavisé qui entre à leur service comme marmiton, comme garçon ou comme jardinier, entend à tout moment des paroles insidieuses qui le séduisent ou du moins lui font perdre la simplicité du cœur, lui qui auparavant vivait tranquille dans sa foi. Ajoutez à tout cela la propagande de la Bible qu'ils répandent par milliers et comme par innocent oubli. Ils les laissent sur un banc dans les églises, sur une table dans les hôtels, sur les sièges dans les auberges, dans les poches des voitures publiques, dans les cabines des vaisseaux, sur les bancs des promenades. En voici une, comtesse. Voyez, ceci est l'évangile de saînt Jean. Quelle belle petite édition! quels jolis caractères! quelle charmante reliure! quels beaux filets d'or bien brillants I Eh bien! devinez où elle a été trouvée? sur l'appui de mon confessional. Elle m'a été remise par la première pénitente qui s'y est présentée et qui m'a dit, en me l'apportant : « Mon père, j'ai trouvé ici ce petit livre qui aura été

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ouLiié par votre dernière pénitente d'hier. C'est pcut-èlro une Neuvaine? » Je l'ouvre et je lui réponds en souriant : «Oui, ma bonne amie, la neuvaine de s.;int Calvin. »

Alors la comtesse ne put contenir son indignation et s'écria :

— Ah! traîtres, ah [ perfides séducteurs! c'est ainsi que Ion trom])e les chrétiens ? Don Giovanni, où sommesnous? Ah ! mon pauvre Gustave, comme ils t'ont trahi ! comme ils t'ont circonvenu ! El cependant tu n'allais pas aux tavernes, aux salles de jeu, aux maisons de débauche. Mais, en vérité, j'ai peine à croire cette lettre anonyme, et je la regarde encore comme une calomnie. Don Giovanni, ôtez-moi de cette incertitude cruelle, dites-mot votre sentiment.

— Je ne sais que vous répondre, comtesse, dit le sago prêtre ; je voudrais que la chose ne fûl pas, je désire do tout cœur qu'elle ne soit pas, et je donnerais lea yeux do ma tête pour pouvoir vous dire avec assurance : c'est une pure calomnie. Mais en considérant cette lettre anonyme, elle me paraît écrite avec des détails si précis , des circonstances si multiples, des indications si claires et si nettes, qu'il est diflicJe de croire tout d'abord qu'elle soit mensongère. Les bonnes quiililés que nous connaissons à Gustave peuvent bien, il est vrai, nous inspirer quelque doute sur la sincérité de cette assertion ; cependant, comtesse, laissez-moi vous parler comme je le sens. Le plus grand nombre de ceux qui ont eu la perfidie dapostas.cr ont évidemment commencé par être des hommes dissolus, mais il y en a qui peuvent tomber dans ce dévergondage moral par un jugem-^nt manifeste de Dieu en punition do leur orgueil et de la présomption de leur esprit, qui veut sortir des limites qui renlerinent et le retiennent dans les confins naturels. Ces amcs profondes, impénétrables, ciulent à la superficie des couleurs agréables, de belles

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.npparences de la Joie, de la sérénité, mais au fond elles couvent des monstres et des tempêtes.

« Je ne veux point dire que Gustave ne soit pour sa mère un fils affectueux, prévenant, délicat, et qu'il n'ait conservé jusqu'à présent des dehors irréprochables: mais qui nous assure qu'il ne soit adonné à quelque vice secret que son orgueil l'a empêché de confesser aux pieds du prêtre de Jésus-Christ, et que le Seigneur ne l'ait puni de ses sacrilèges accumulés en lui ôtant la divine lum ère de la Foi? Ce ne sont pas seulement les femmes qui font apostatare sapientes. Vous m'avez dit plusieurs fois que Gustave est renfermé, hautain et méprisant vis-à-vis des hommes candides et simples; que, bien que religieux, il méprise les prêtres qui, à la simplicité évangélique, unissent un zèle ardent et natif, qu'il fait la grimace et les regarde comme des fanatiques, et que, s'ils vont vous rendre visite, il se retire et s'éloigne d'eux.

» Gustave, en outre, est livré aux études philosophiques, et il s'y enfonce sans conseil et sans guide, ce qui conduit facilemeut à l'erreur, que Ton prend pour la véri'é, et entraîne à des conséquences funestes. De là naît enfin l'obstination de l'esprit et lopiniàtrelé, qui sont filles de l'orgueil. Qu'y a-t-il d'étonnant que, pour se rendre singulier, il tombe dans l'apostasie, surtout y étant poussé par quelque rusé séducteur? Croyez-moi, comtesse, un grand nombre d'hommes, et spécialement de jeunes gens, ébranlent tellement leur conviction par les lectures auxquelles ils se livrent sans conseil, que la Foi ne lient plus à leur ame que par un fil de soie, n

— Ah ! Don Giovanni, reprit la com.tessc, au lieu do me rassurer, vous me plaignez! mais je vois clair dans mon malheur, et les terribles vérités qui sont sorties do votre bouche n'ont que trop bien éclairé l'abîme de mon infortune. Pauvre Gustave! si ta a? nprdn le bienfait do

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la Foi c-t aver elle la grâce qui illumine et fortifie notre cœur, qui te tirera du gouffre dans lequel tu l'es jeté toimême? Qui te fera au moins entendre la voix de ta mère fiu fond de l'abîme? Don Giovanni, rendez-moi mon Gustave, je vous le demande à grands cris et avec toute l'ardeur de mon ame.

— Comiesse, reprit Don Giovanni, cette maladie n'a point pour le moment de meilleur médecin que la mère; tant que dure le paroxysme du mal, aucun prêtre ne pourrait s'approcher du malade, car il le rejetterait loin de lui avec dtgoûl et avec fureur. Vous devez vous assurer d'abord si la chose est vraie, et si vous acquérez cette certitude, comme je le crains, vous devez le prendre au lit le matin quand il s'éveille, alors que lame est lucide et sereine et que le cœur n'est pas encore préoccupé par le iroLble des passions. Vous ne devez pas entrer avec lui dans des discussions théologiques, vous devez lui parler doucement , affectueusement de son enfance ; le faire souvenir de ses premières dévotions, des promesses faites au saint baptême, des doux sentiments de son am.our envers iîarie, des caresses, des petites mortifications qu'il lui offrait; lui rappeler sa préparation à la première communion, les chères impressions de ce beau jour, les promesses de son ame pure et innocente à Jésus qui daignait 1 honorer de sa première visite, le serment de fuir et de haïr le péché, et la demande sincère faite au divin Rédempteur de mourir avant d'avoir le malheur de le perdre par un péché mortel.

» En lui parlant ainsi, je ne vous recommande pas de pleurer ; les pleurs viendront d'eux-mêmes. Les larmes maternelles tomberont sur ses joues, votre cœur palpitera sur le sien, les caresses de votre main seront comme un feu bienfaisant qui circulera dans toutes ses veines. Su.-pcudez alors le discours, regardez-le avec des yeux

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compatissants ; écriez-vous avec tendresse : « Mon fils, qui l'a arraché à mes entrailles, qui l'a ravi à mon cœur? Ji'es entrailles me reprocheront donc d'avoir porté un réprouvé qui a trahi la foi qu'il avait jurée au Christ, qui s'est révolté contre rÉglise, qui a déserté son étendard ? Mon sein s'indignera donc d'avoir allaité un apostat? Gustave, mon (ils. pose la tète sur ce sein, entends. ses reproches, apaise-le, toi seul le peux. » Si Gustave vous aime vraiment . il sera profondément ému. Alors recomposez votre visage, et parlez-lui avec calme de la noblesse de son ame. de l'élévation de ses sentiments, et faites-lui considérer tranquillement dans quelle bassesse il est tombé par sou apostasie. Présentez-lui un parallèle qui sera plus puissant que la plus forte preuve, et qui inspirera à ce cœur altier une vive honte. Ueaiandez-lui : « Gustave, voudrais-tu être appelé l'ami, le frère de nos apostats les plus renommés? Je te vois frémir, et j'entends ta réponse : Comment ma mère, pourrai-je donner le nom de frère et d'ami à des hommes corrompus, libertins, dissolus, ivrognes, la lie et le rebut de la société; à des hommes qui faisaient la honte de la communauté catholique, quand ils en faisaient partie , et qui l'ont affligée parleurs monstrueuses abominations? Et tu me répondrais la vérité, mou cher Gustave, car en effet la plupart de ces apostats sont des frères défroqués, des clercs débauchés, des hommes désœuvrés, joueurs, gourmands, faillis; des gens vils, mercenaires, lâches, perdus de dettes et de crimes, et que les protestants eux-mêmes traitent avec mépris et regardent comme infûmes. Vois, au contraire, combien d'hommes respectables sont venus des différentes religions hétérodoxes à la sainte Eglise catholique, et comment, après l'avoir reconnue pour leur mère, ils se sont signalés par leurs vertus. Compte si tu io peux les conversions qui se sont faites dans ces der-

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riùros anncps en Angleterre, en Suisse et en Allemagne : tu y (rouveras des personnages remarquables par la noblesse, la fortune et le savoir, et qui étaient l'ornement et la gloire de leur pays ; des ministres qui jouissaient de riches prébendes et qui, pour entrer dans la vraie Eglise, les ont abandonnées héroïquement en acceptant la pauvreté, et quelques-uns même l'indigence; des jeunes gens, héritiers de riches patrimoines, qui se sont dépouillés généreusement de l'héritage de leurs aïeux ; des professeurs célèbres, qui sont descendus des chaires de l'Université, où ils étaient écoutés comme des oracles, pour se faire écoliers du catéchisme; nous les avons en Italie sous les yeux; ils nous édifient par leur piété; ils nous animent par leur exemple ; ils nous excitent par leur ferveur à la perfection chrétienne. Voilà ceux qui sont dignes do ton reï-pect et de ton amitié. Gustave, voudrais-tu être l'ami d'Achilli plutôt que de Newman? de De Sanni^ plutôt que d'Hurter? de Ciocci plutôt que de Pdlmei;' l^enses-y en jeune homme sage que tu as toujours été. »> «Cela devrait suffire pour ramener votre fils à do meilleures pensées. Néanmoins, je pense que ce serait lui procurer un utile désenchantement que de lui faire voir de ses propres yeux la Vérité et la Charité que vante le protestantisme. Pour le faire avec la prudence nécessaire dans un objet aussi délicat, vous avez le baron Charles, votre cousin, homme d'expérience et de savoir, versé dans la diplomatie, qui connaît bien la Grande-Bretagne, et qui est bon et fervent catholique. Priez-le de conduire Gustave en Angleterre ; qu'il lui montre fhorrible confusion de toutes ces sectes qui se condamnent l'une l'autre a l'enfer, et qu'il le fasse pénétrer dans ce labyrinthe d'erreurs et d'abominations ; il en sortira dégoûté et révolté. Qu'il le mène ensuite admirer la tendre charité chrétienne de la réforme , qu'il visite avec ce jeune homine au cœur

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bon et afTecUieux, les grandes usines de Manchester, de Balh et de Liverpool ; qu'il lui montre ces malheureux ouvriers, abrutis, bétiliés par le fracas de ces effroyables machines qui roulent sans cesse à leurs oreilles avec un bruit de tonnerre. 11 verra ces hommes décharnés, desséchés, tombant de fatigue et de faim, entassés dans d'obscures cavernes et se remuant dans leurs réduits comme des larves dans l'ombre : s'ils ont le malheur do sortir pour demander un morceau de pain, on les jette en prison pour le seul crime de chercher à prolonger d'un jour leur misérable existence.

«Ces cruautés, seuls fruits de leur charité hétérodoxe, révolteront le cœur doux et humain de Gustave, et il reviendra en Italie avec le désenchantement dans l'esprit et le dégoût dans le cœur. Comtesse, tentez ces moyens, et par-dessus tout, implorez la divine miséricorde : la prière d'une mère est toujours entendue de notre Père, qui est la charité, la clémence et la propitiation infinie o

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