LES APPRÊTS
entreliens pour mettre sous ses yeux les plus graves attaires de l'Eglise et obtenir la signature pontificale, l'ombrageux conquérant avait fini par faire enfermer le Pape dans le palais épiscopal, où il était rigoureusement surveillé, sans qu'il lui lût permis de se trouver seul avec personne au monde, ni d'écrire, ni de communiquer avec Rome; de sorte que le saint Pontife éprouvait une ainiction inexprimable de ce qu'il ne pouvait pas, dans une si grande tempête, guider la barque de Fiei're, jetée au sein des jjlus rudes écueils.
Pendant que le sort de Lorenzo le préoccupait si cruellement, Giano tourna les yeux vers le Vicaire de Jésus- Christ, et résolut de chercher par tous les moyens à pouvoir lui baiser les pieds, l'interroger, entendre ses conseils, et recevoir sa bénédiction pour lui et pour son fils, ne doutant pas que, s'il l'obtenait, son dessein ne fût infailliblement couronné du plus heureux succès. Un jour donc, sous prétexte d'aller rendre une visite aux généraux français dont il cultivait l'amitié, il monta k cheval et se rendit à Savone. Arrivé là, il fit connaître son de;ir et le colora de je ne sais quelles raisons nouvelles, si bien que le Préfet impérial qui était son ami et qui allait plusieurs fois dans le cours de l'an se délasser à sa villa, lui permit d'avoir un court tète a tête avec le Pape, après la messe. Humblement prosterné a ses pieds et les yeux pleins de larmes, il lui raconta combien il était désolé au sujet de son fils, combien il craignait que sa fuite ne réussît pas; et supplia sa Béatitude de prendre sa peine en pitié et de le consoler en lui donnant sa bénédiction apostolique.
Le doux et bienveillant Pie Vil, qui connaissait par l'expérience l'intensité des angoisses paternelles, conçut pour Giano une tendre compassion el s'empressa de le consoler. Après l'avoir exhorté à espérer dans les divine?
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miséricordes, il lui donna la plus affectueuse bénédiction en l'étendant à Lorenzo et à toute la famille. Giano retourna a son palais sans rien dire à Violenfina, et alla se jeter d genoux dans son appartement pour remercier Dieu de ce grand bienfait, pleinement persuadé que cette bénédiction serait féconde en heureux fruits. Violentina s'aperçut du changement de son père, sans pouvoir deviner quelle cause avait pu dissiper celte profonde tristesse dont, les jours précédents, toute son ame était remplie et tous ses traits voilés. Cependant son épouse, convaincue par les raisons de Violentina, épiait le moment de pouvoir proposer, sans danger de refus, le départ pour la Sardaigne. Voyant le front de Giano devenu plus serein, elle lui en parla longuement et lui prouva de toute manière que c'était le meilleur parti à prendre pour sauver Lorenzo. Giano fit semblant d'entrer dans ses vues, et promit d'exécuter bientôt cette dangereuse et délicate entreprise; mais il lui recommanda de se comporter de son côté de telle sorte, que les enfants et surtout les domestiques ne pussent avoir le moindre vent de laffaire, malgré tout leur désir de la voir aboutir à bon terme s'ils en avaient eu connaissance. Il ajouta qu'elle devait commencer par écrire très -secrètement à Cagliari, au marquis de Villaermosa, et à Sassari, au comte d'Itiri et au marquis de Sansalurnino, et qu'il remettrait luimême ces lettres à son fils au moment de son départ. La bonne marquise, transportée de joie, traça rapidement à ses amis quelques paroles touchantes et cacha ses lettres dans une cassette, fermée à clef, en attendant que son Lorenzo fût en mesure de s'exposer à cette épreuve hardie.
Pendant qu'on entretenait ainsi la noble dame dans une salutaire erreur, les généraux français continuaient d'aller et de venir par la Rivière, parce que la route de Pro-