‹ Lorenzo, ou, Le ConscritChapitre 8 sur 56 · LES APPRÊTS · texte numérisé non relu

LES APPRÊTS

vence n élait pas encore construite , et descendaient comme d'habitude au château de Giano, où ils étaient toujours accueillis avec la plus grande affabilité et la plus exquise courtoisie. Un soir qu'on tardait à servir le souper, et qu'on continuait à jouer comme à l'ordinaire, Giano dit tout haut à son épouse, qui mêlait les caries pour le whist :

— A la fin des fins, Nicoletta, voilà l'heure fort avancée, et Lorenzo ne fait pas mine de revenir de'Gênes ; je crois que nous ne devons pas déranger plus longtemps ces messieurs, et qu'il faudrait nous mettre la table.

— Comme vous voulez, répondit son épouse.

Et Giano sortit un instant pour aller donner les ordres. Un moment après, le maître d'hôtel vint avertir que le potage était servi. Tous se levèrent; un général offrit le bras à la marquise , un autre à Violentina ; Giano les suivit avec quelques colonels, et ils entrèrent dans la salle où le souper les attendait. La table était couverte de porcelaines très-fines ; et de superbes vases d'or et d'argent, placés au milieu, lui donnaient un aspect magnifique. A peine avaient-ils pris place, qu'on entendit le tonnerre gronder derrière les fenêtres. Chaque coup faisait tressaillir la marquise, et, selon sa coutume, elle ne manquait jamais de se signer. Un général lui fit là-dessus une sotte plaisanterie, en disant :

— Marquise, c'est là un nouveau paratonnerre dont Franklin n'avait nulle connaissance.

— Tant pis, répliqua la marquise, car il lui eût été infiniment plus avantageux de connaître la divine vertu de la croix que la' propriété naturelle d'une tige métallique pointue; il aurait pu ainsi beaucoup mieux soigner sa réputation et surtout le salut de son ame.

Le général, qui savait combien la marquise était chatouilleuse à l'endroit de la religion, changea aussitôt de conversation et dit :

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