‹ L’Organisation Centuriate Et les ComicesChapitre 10 sur 114 · Tite-Live, I · texte numérisé non relu

Tite-Live, I

4. Particulièrement Denis, IV, 20 ; Cicéron, de Republica, Il, 22 ; et surtout Tite-Live, I, 42 in fine.

bien pu nous décrire souvent ce qui a existé ultérieurement au lieu de ce qu’a établi Servius. Nous ne le contestons pas, loin de là; mais au moins faudrait-il avoir des motifs très sérieux pour le supposer ici en présence de leurs affirmations unanimes.

De plus, rationnellement même, le système exposé plus haut est très attaquable. Si, en effet, la centurie avait été à l’origine un corps militaire, elle n’aurait compris que des hommes en état de porter les armes ; les hommes âgés et les infirmes n’y eussent pas été inscrits !. Or il est impossible de supposer que les vieillards aient été à Rome exclus d’une assemblée politique : cela est en contradiction avec tout ce que nous savons du respect des anciens pour la vieillesse et surtout de l’organisation de la puissance paternelle chez les Romains. Il ne nous semble guère admissible qu’un fils de famille contribuât au vote d’une résolution, tandis que le père de famille eût été à la fois obligé par cette décision et exclu de l’assemblée dont elle émanait. Cela est d'autant moins vraisemblable que l’on nous représente toujours les comices centuriates comme donnant le pouvoir aux hommes âgés?. Si donc on pose

4. En ce sens, Madvig, p. 122. Mommsen donne la même solution dans son Histoire romaine pour les hommes de plus de 60 ans (t. I, p. 96). Nous avons vu déjà que, sur le caractère originel de l’organisation centuriate, il a soutenu des théories diverses. Aulu-Gelle (X, 28) fournit un argument en notre faveur, car il donne les âges de 17 ans pour l’admission dans les centuries et de 45 ans pour devenir senior, et aucune limite supérieure.

2, Le mot bien connu : « sexagenarius de ponte », a été interprété dans ce sens que les sexagénaires n’auraient pas eu entrée aux comices. Pour les motifs ci-dessus développés, cela nous semble inadmissible, même pour les origines. Quel peut être alors le sens de ce cri ? Cela reste très incertain, Lange (I, p. 450, Rümische Allerthiümer) le considère comme une simple plaisanterie. Nous serions assez disposés à admettre cette explication. On pourrait peut-être penser aussi que l’exclamation en question avait pour

but de hâter quelque vieillard trop long à traverser le pons ou qu’elle avait son ôrigine dans la réunion des centuries pour le recrutement d’une lé-

en principe que la centurie n’était primitivement qu'un corps militaire, on doit admettre que, le jour où elle est devenue une unité politique, la composition a dû en être modifiée. Or aucun texte ne fait allusion à ce changement si considérable. Cette transformation des centuries aurait dû d’ailleurs en suivre de bien près la création, car nous voyons avec certitude les comices centuriates fonctionner dès l’origine de la République et rien ne prouve qu'il y eut là une innovation .

Nous concluons donc? que dès l’origine l’organisation centuriate a eu un caractère mixte. Etablie dans un but primitif militaire, qui en a déterminé la forme et imposé les divisions, elle comporte un dénombrement exact et une classification des citoyens qu'on a été nalurellement amené à utiliser dans toutes les circonstances où il pouvait servir * : formation de l’armée, répartition des impôts, réu-

gion ; les sexagénaires pouvaient être dispensés de s’y présenter ou peut-être seulement de défiler sur le pons devant les recruteurs. En tous cas les passages anciens ne permettent guère de résoudre la question (Varron, dans Nonius Marcellus,v° casnares et vo sexæagenarius; Festus, fr. Farnèse, vo Seæagenarius, et Excerpta Diaconi, v° Depontani ; Cicéron, Pro Roscio Amerino, 36 ; Macrobe, Sat. I, 5). Il résulte même de ces passages que Varron, Cicéron et Festus n'étaient guère plus avancés que nous. Nous n'avons pu nous procurer l'ouvrage intitulé : « Quæritur quid sit seæagenarius de ponte », par Wagner, Lünebourg, 1831.

4. Nous discuterons plus loin (ch.1I, $ 2) le texte de Cicéron (de Republ., II, 31) sur la loi Valeria de provocalione.

2. En ce sens Niebuhr, I, 477 ; Gœttling, p. 259 ; Peter, Geschichte Roms, I, 8, p.65 ; Karlowa, p. 62-63. Pour Lange, Rômische Allerthumer, p. 322, le principe de Ja réforme est la compensation des devoirs par les droits, ce qui semble bien avoir été exact en fait, mais nous paraît peu admissible comme principe.

3. Tite-Live (I, 43 in fine) écrit « [fributi] æqualiter conferendi ab eodem inila ratio est », en parlant de Servius, ce qui semble bien donner un appui à notre opinion. Sollau (p. 237) remarque que Tite-Live ne dit pas que cela se soit fait par l’organisation centuriate ; mais il n’en reste pas moins que le fait est contemporain et il semblerait bien paradoxal que l’on ‘eût presque simultanément opéré deux recensements alors qu’un seul eût suffi.

nions et délibérations du peuple. Cela est d'autant plus vraisemblable que l'innovation principale de Servius semble avoir consisté à fondre deux parties bien distinctes de la population, dontune seule, constituée par les patriciens, avait jusqu'alors dirigé les affaires : c’est la formation de ce peuple nouveau qui l’a amené à refondre l’armée, et aussi à établir une classification nouvelle entre les citoyens et à créer des assemblées qui les comprissent tous ‘, à la différence des curies, dont sans doute élaiént exclus les plébéiens.

IL paraît d’ailleurs certain que les préoccupations militaires ont été prépondérantes lors de la formation des classes et des centuries et que c'est en vue de la guerre qu’elles ont été le plus fréquemment mises en œuvre dans les premières années. On a justement remarqué, bien que l’on ait exagéré l’importance de cette observation, que les comices avaient rarement l’occasion de se réunir sous la royauté ; d'autre part si la répartition des impôts se faisait à l’aide de la division en classes et des indications fournies par le dénombrément quinquennal, c'était là un procédé d’administration dont le peuple ne s’inquiétait guère sans doute et qui en tous cas n'en nécessitait pas la réunion. Cela suffit à expliquer la terminologie adoptée, aussi bien que l'appareil militaire qui accompagnait la réunion des comices.

Ce qu'était exactement la centurie. — Mais si l’on admet cet objet multiple de l’organisation centuriate, il surgit immédiatement une difficulté qui a semblé à certains * assez sérieuse pour leur faire adopter une solution contraire : est-il possible d'identifier une division du populus

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