‹ L’Organisation Centuriate Et les ComicesChapitre 14 sur 114 · IV · texte numérisé non relu

IV

de l'intérêt plus grand que les riches avaient à la victoire, à raison des dangers que couraient leurs biens ‘. C’est ainsi par exemple que, les citoyens de la première classe se trouvant plus exposés que les autres à ce point de vue, on voulut d'après lui qu'ils fussent conduits plus fréquemment au combat et on leur imposa dans ce but l'obligation de former un plus grand nombre de centuries. Ainsi présentée, l'explication de Denys a été jugée inacceptable par beaucoup d'auteurs : on à fait remarquer que, si les soldats de la première classe avaientune armure plus complète que les autres, cette supériorité était compensée et au delà par ce fait qu'ils formaient la première ligne de bataille ; si d’ailleurs on les avait envoyés en expédition plus souvent que leurs compatriotes, la première classe aurait rapidement disparu. L’objection est certainement juste ; mais elle semble ne pas tenir compte de deux circonstances : c'est d'abord que la première classe était loin d'être fermée et qu'elle se renouvelait à chaque censure par l’accession de nouveaux enrichis ; c’est ensuite que précisément, pendant les premiers siècles de la République, nous voyons disparaître un très grand nombre de familles placées au premier rang par leur origine et par leur fortune *. Assurément ce dernier fait n'a besoin d'aucune explication : c’est le sort général des aristocraties de voir s'éteindre et se renouveler les familles qui les composent ; mais cette extinction ne s’en est pas moins produite et cela suffit pour réduire à néant l’argument opposé à Denys. Il ne s'ensuit pas d’ailleurs que son explication doive être acceptée sans restriction. Si la règle qui appelait au combat certains citoyens

1. Cest ce que l’on pourrait appeler le recrutement progressif. 2. Par exemple les Lucretius, les Horatius, les Cassius, les Junius Brutus, les Curiatius, ete. V. Mommsen, Rümische Foyschungen.

plus souvent que d’autres a parfaitement pu être appliquée, il semble peu vraisemblable qu’on ait eu Pintention bien arrêtée d’en arriver à ce résultat et que l’on ait ainsi mesuré le danger et cherché à faire les parts aussi équitables que possible. N’est-il pas plus vraisemblable que les exigences de la guerre ont imposé la répartition adoptée? On avait besoin d’un nombre délerminé de cavaliers et de fantassins plus ou moins complètement armés ; on a établi pour chaque catégorie un nombre correspondant de centuries militaires et par suite de centuries de recrutement ; mais les ciloyens payaient cux-mèmes leur équipement", et seuls ceux qui possédaient plus d'une certaine fortune pouvaient supporter les frais qu'impliquait la qualité de cavalier ou de fantassin pourvu de telles ou telles armes. On a donc dû ne ranger que ceux-là dans les centuries où devaient être recrutés ces cavaliers ou ces fantassins, et c’est ainsi qu'ont été constituées les classes. Il y avait là une nécessité à laquelle il n’a été possible d'échapper que lorsque l'Etat a pris l'équipement à sa charge.

Egalité du nombre des centuries attribuées aux /vniores et aux seniores. — Nous avons admis d’après Tite-Live et Denys ? que les juniores et les seniores formaient dès l’origine un nombre égal de centuries. On l’a contesté toutefois * en se fondant sur cc que la stalistique prouve que

4. Sauf exception pour les cavaliers en ce qui concerne le cheval qui était fourni par l'Etat et qui était nourri par lui, originairement à l’aide d’un impôt spécial payé par les veuves (Tite-Live, I, 43).

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