‹ L’Organisation Centuriate Et les ComicesChapitre 24 sur 114 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

4. Nous ne nous dissimulons pas que l’on peut tirer en sens contraire un

Une argumentation, d’un caractère peu scientifique peutêlre, mais assez saisissant d’après nous, permettra de mettre en lumière l’excessive faiblesse des chiffres du cens dans le système de Bæckh. Il s’agit de rechercher, approximativement et en adoptant loujours le chiffre maximum qui puisse être admis ‘, à quelles sommes en francs ils équivaudraient de nos jours. On admet en général que l'as libral avait une valeur relative de 45 centimes et l'as sextantaire de 9 centimes. Huitsch donne 56 centimes pour le premier. Nous trouvons des indications analogues en comparant le prix du cheval acheté actuellement pour l’armée française, qui varie de 900 à 1200 francs, avec une moyenne de mille francs, à celui de 10.000 as sextantaires. que Tite- Live nous donne pour la remonte de la cavalerie romaine ;

argument analogue des valeurs qui nous ont été laissées pour le bœuf et le mouton et qui montent à 100 as pour le premier et 10 as pour le second (Feslus, fr. Farnèse, ve peculatus ; schedæ ap. Laetum, v° ovibus; Pauli Diaec. éxc. v æslimata et v° maæimam multanr (éd. Muller, p. 237, 22, 24 et 144), Aulu-Gelle, XI, 1). Il est évident que ces prix sont donnés en as libraux, mais il n’est pas moins clair qu'ils sont extrêmement faibles relativement aux précédents, ce qui d’ailleurs est absolument indépendant de la théorie que l'on adinet pour le cens. À la vérité il nous est dit que l'Italie produisait un tel nombre de bœufs qu’on supposait qu'elle en avait liré son nom (Varron, de re rustica, IT, 5 et Columelle, VI, præf.). De plus c'est l'estimation d'animaux donnés en paiement d’amendes qui nous est transmise ; ct il nous est dit aussi que les animaux ainsi livrés au fisc étaient ordinairement de qualité très inférieure. Ces deux considérations peuvent expliquer dans une certaine mesure la faiblesse des prix. Nous avons d'ailleurs préféré prendre comme point de départ le prix du cheval de guerre parce que les fluctuations en sont beaucoup moins considérables ; que nous nous trouvons en présence d'un objet parfaitement déterminé comme qualité aussi bien que comme nature ; ct qu’enfin nous avons un point de comparaison très acceptable avec le cheval de remonte moderne. Malgré tout l'argument que nous signalons nous à paru assez grave pour nous faire hésiter pendant longtemps à exciper du prix du cheval dans notre argumentation.

1. Plus les chiffres sont élevés plus ils sont favorables à la théorie de Bœckh, puisque les plus faibles deviennent de moins en moins invraisemblables et les plus forts de plus en plus difficiles à défendre.

il en résulte en effet que l’as sextantaire avait une valeur relative de 10 centimes et l’as libral, si l’on admetla théorie de Bœæckh, de 50 centimes environ. Adoptons donc, pour donner à notre raisonnement toute sa force probante, les plus élevés de ces chiffres : 10 centimes et 56 centimes. En convertissant les monnaies romaines en francs d’après cette échelle, nous obtenons les deux séries suivantes : si les sommes données sont formulées en as libraux, environ 56.000, 37.333, 28.000, 14.000 et 7.000 francs ; s'ils sont exprimés en as sextantaires, environ 40.000, 7.500, 5.000, 2.500, et 1.250 francs ‘. Si l’on examine ces chiffres au point de vue de leur vraisemblance, il est, à notre sens, difficile d’hésiter. Tout d’abord les cens de la deuxième série nous paraissent beaucoup trop rapprochés les uns des autres : ils sont tous compris entre 1.000 et 10.000 francs et

1. Les chiffres de réduction constituent de simples conjectures, en dépit des études très savantes qui ont permis à leurs auteurs de les établir. Il est de toute évidence par suite que les équivalents qu'ils nous donnent ne sauraient fournir une indication exacte ou même très approximative, Mais l’écart entre les diverses valeurs admises pour une même monnaie romaine est d'environ 1/5 seulement, tandis que l'erreur que l'on commettrait en prenant à tort comme unité l’as libral ou l’as sextantaire serait de 5/6 ou, si l’on admet la théorie de Bæœckh, d'au moins 4/5. Il est clair qu'un chiffre approché à un cinquième près peut servir très utilement à contrôler la vraisemblance de sommes qui peuvent varier dans la proportion de 1 à 5, sans qu'aucune valeur intermédiaire soit possible. En l’état actuel de la science métrologique, on peut donc, d’après nous, en utiliser les données à condition de ne leur demander que des indications générales et de ne pas prétendre à la précision. D’ailleurs notre raisonnement est d’autant plus probant que les sommes (rouvées sont plus faibles ; et comme nous avons intentionnellement choisi les chiffres de réduction les plus élevés, nous avons toutes chances pour que notre erreux soit par excès et non par défaut. Ainsi entendue et ne lui demandant pas plus de précision qu’elle n’en peut donner, l'argumentation que nous produisons nous paraît acceptable. Il faudrait d'ailleurs admettre une bien forte élévation des chiffres de réduction, pour qu’il y eût lieu, à notre sens, de modifier la conclusion ; on les doublerait que nous estimerions encore le calcul en as sextantaires difticilement admissible,

ces limites sont singulièrement restreintes ; si l’on avait de nos jours à faire une répartition des fortunes, assurément toutes celles comprises entre ces deux chiffres appartiendraient à une même catégorie ou tout au plus à deux catégories voisines ‘. Pourquoi la répartition des biens eûtelle été si différente à Rome que précisément celles qui leur équivalaient cussent été divisées entre toutes les classes ? En opérant ainsi, on n’eût en fait distingué que trois groupes de citoyens : les riches au-dessus de 10.000 francs, les intermédiaires, et les pauvres au-dessous de 1250. La distinction des seconds en quatre classes n'aurait eu aucun sens : elle n’eût répondu à aucune réalité et l’on ne peut mème pas dire, qu’elle eût été dictée par des nécessités d'armement, car les dépenses imposées dans ces conditions aux citoyens eussent été déjà disproportionnées aux ressources de presque tous. En outre nous avons vu que le cens des prolétaires était de 375 as. Si ce sont des as sextantaires,nousobtenons comme équivalent par la réduction sus-indiquée la somme de 37 fr. 50. À quoi répond un cens semblable ? Quelle fixité peut-il avoir ? C’est à peine si à ce point de vue le chiffre de 210 francs, que donne la théorie adverse, nous semble suffisant.

Pourquoi d’ailleurs Tite-Live aurait-il formulé le cens en as sextantaires ? Non pas assurément pour en donner une idée plus exacte à ses contemporains, puisque cette monnaie depuis longtemps n'élait plus en usage; si telle avait élé son intention il aurait employé le sesterce, la seule véritable unité à son époque, la seule dont ses lecteurs eussent une juste idée.

1. Le projet d'impôt progressif sur les successions, en discussion devant les Chambres au moment où nous écrivons, établit les catégories suivantes : 1 à 9.000 francs, 2,000 à 10.000, 10,000 à 50.000, etc.

Enfin un dernier argument nous reste : nous serons amené ! à admettre pour la dernière période de la République, comme chiffres du cens, des sommes beaucoup plus importantes que celles que donnerait, pour l’époque primitive, la lecture en as sextantaires et sensiblement comparables à celles que l’on trouve en adoptant l’as libral comme unité. Nous aurons l’occasion d'exposer en même temps les raisons qui empêchent, d’après nous, d'admettre une élévation du cens. Si on les accepte, on trouve un motif nouveau, et des plus puissants, de se prononcer en faveur du système que nous défendons *.

Ces diverses considérations nous amènent à conclure que les chiffres, qui nous sont donnés pour le cens de Servius, sont exprimés en as d’une livre. L'on ne saurait objecter d’ailleurs que nos chiffres sont bien élevés, car en somme nous savons que l’organisation servienne était très favorable aux riches, au point de vue politique, et d’autre part la fortune requise pour l’accession de la première classe était encore inférieure, toute évaluation faite, au cens d’électorat établi en France sous la Restauration. Ne serait-ce pas d’ailleurs plutôt avec le cens d'éligibilité de ce régime qu'il y aurait lieu d'établir la comparaison * ?

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