V. la note précédente
5. Raümer, p. 50 ; Boner, p. 7; Belot, Chevaliers Romains, t. I, p. 236-
245 ; Mommsen, Staatsrecht, t. III, 1, p. 275, n. 1; trad. t. VI, 1, p. 311, n. 4. Voir l’avant-dernière note.
avait à son époque 193 centuries et l’on s’efforce de concilier avec ce chiffre les indications de Tite-Live ; il est bien évident qu’on n’y arrivera pas en comptant au total 70 cen- Luries de pedites et en y ajoutant les 18 centuries d’equites et les cinq de musiciens, artisans et non classés, ce qui donne en tout 93 unités : il en manque 100; on suppose alors que le duplicato earum numero de Tite-Live ne s’applique qu’à la première classe à laquelle on donne donc 10 subdivisions, et l’on répartit d’une manière quelconque les 100 dernières centuries entre'les quatre autres classes.
Nous ne croyons pas pouvoir admettre cette interprétation, à laquelle répugnent également, à notre sens, Tite- Live et Cicéron. Celui-ci entend exposer, ou faire exposer par Scipion Emilien, à titre de curiosité, un état de choses ancien et disparu ; il en explique le caractère eten montre les avantages particuliers; comment est-il possible de croire qu’il décrit dans ces condilions, sans s’en apercevoir, une constitution en vigueur ? Ce, serail là une bien singulière distraction‘. Il est bien plus facile d'admettre une erreur de détail, quelque important que soit le point sur lequel elle porte, d'autant plus que les grandes lignes du système n’en sont pas atteintes et que Cicéron peut, malgré ce pointde départ inexact, arriver aux mêmes conclusions que si ses chiffres avaient été justes, c’est-à-dire à constater la prééminence des citoyens riches. En somme, de ce qu’il s’est trompé sur un nombre, est-on en droit de conclure qu’il a confondu toutes les époques et toutes les constitutions et qu'il a exposé, comme une antiquité vénérable et un peu oubliée, un état de choses contemporain *?
4. À moins toujours que le fait ne fût intentionnel. V. l’appendice. 2. On a excipé des mots: « Quæ descriplio, si esset ignota vobis, explicaretur à me, » pour soutenir que la constilution décrite par Scipion était con-
On pourrait peut-être expliquer son erreur en supposant que, antérieurement à la réforme qui a changé le nombre des centuries, on avait modifié leur répartition en n’en laissant que 70 à la première classe. Ce serait ce système intermédiaire que Cicéron aurait décrit en croyant qu'il remontait à Servius : une confusion est bien plus admissible entre deux constitutions anciennes qu'entre l’une d’elles et l’organisation contemporaine de l'écrivain. Mais il n'y a là qu'une hypothèse que rien ne vient confirmer.
Tel qu’on le présente dans la théorie que nous discutons, qu'il soit volontaire ou accidentel, l’anachronisme reproché à Cicéron est d'autant moins vraisemblable que l’on n’aboutit, en l’admettant, qu’à établir une nouvelle antinomie entre lui et Tite-Live. Cicéron donne en effet le nombre total de 193 centuries ; si l'organisation qu'il décrit est celle qui existait dans les derniers temps de la République, il en résulte que ce nombre n'aurait pas varié depuis Servius Tullius jusqu'à cette époque. Or Tite-Live, dans le passage tant de fois cité déjà, nous dit formellement le contraire ‘, Et cette assertion doit être d’autant moins négligée qu’elle constitue le but mème et la seule partie absolument claire de ia phrase en question. Nous ne savons guère avec certitude qu’une seule chose sur les modifications dont l’organisation centuriate a été l’objet, c’est que
temporaine, puisqu'elle était connue de ses auditeurs ; mais c'étaient des hommes instruits et on ne comprendrait pas d’ailleurs la précaution oratoire de Scipion, s’il s’agissait d’une chose aussi banale qu’une organisation constamment mise en œuvre par ceux-mêmes à qui il s’adressait.
1. 1, 48. « Nec mirari opportet hunc ordinem qui nunc est... ad institutam a Servio Tuilio summam non convenire ». Il est curieux d'observer que Mommsen, qui admet dans son Droit public le nombre de 193 centuries pour toutes les époques, avait fait incidemment la remarque, dans Die R6mischen Tribus (p. 74, n. 26), qu’il élait inacceptable après la réforme. À notre connaissance, il ne s’est pas réfuté lui-même sur ce point.
le nombre des centuries n’était pas le même à l'époque de Tite-Live qu'à l’origine. Toute théorie qui pose en principe la permanence du chiffre de 493 centuries doit, à notre avis, être rejetée pour ce seul motif.
D’ailleurs, à supposer même que l’on sacrifiât l’affirmalion si nette de Tile-Live à la phrase si incertaine de Cicéron interprétée dans le sens que nous avons indiqué, les difficultés ne cesseraient pas pour cela. Une fois défalquées les 70 centuries de la première classe, celles des chevaliers, celles des ouvriers et musiciens et celle des prolétaires, il en resterail 100 pour les quatre classes inférieures. Comment les répartir entre les 35 tribus, puisque 100 n’est pas divisible par 35, que d’ailleurs il n’y aque 25 unités en moyenne pour chaque classe et qu’enfin chacune de celles-ci en doit contenir un nombre pair, puisque l'égalité entre 7untiores et seniores est maintenue ! ? A certains celle difficulté a semblé insoluble ?.
D'autres au contraire ont entrepris de la résoudre. C’est ainsi que M. Mommsen, dans celui de ses ouvrages où il adopte cette théorie *, est amené à concevoir la subdivision de nos 100 unités en 280 sections réparties 8 par 8 dans les tribus : chaque centurie comprendrait doncun nombre de sections variable, ou fractionnaire s’il est constant (280 n'étant pas divisible par 100), et se trouverait par suite correspondre à plusieurs tribus, puisque chacune de celles-ci ne possédait qu’une seule section de juniores ou de seniores pour chaque classe. Au moment du vote, ces