‹ L’Organisation Centuriate Et les ComicesChapitre 90 sur 114 · Pro Plancio · texte numérisé non relu

Pro Plancio

lotal de 386, il en reste à connaître 112, sur lesquels, à la rigueur, Valerius peut en avoir 56, ses deux concurrents se partageant les 56 autres dans une proportion quelconque. Assurément, dans ces conditions, Valerius devrait être élu : il a en effet 136 voix, tandis que ses deux concurrents réunis en ont 250, soit une moyenne de 125 seulement. L'un d’eux, sinon l’un et l’autre, en a donc moins que lui. Et cependant ils seront tous deux élus et lui ne le sera pas. C’est là un avantage de plus donné aux centuries qui votent les premières. Et, si avant la réforme ce résultat pouvait être rare, puisque les chevaliers et la première classe, qui constituaient la majorité à eux seuls, devaient voter presque unanimement, il pouvait au contraire se produire fréquemment dans les deux derniers siècles, puisqu'à cetle époque la majorité était nécessairement beaucoup plus complexe.

On a soutenu que, dans le système réformé, toutes les centuries étaient toujours appelées à voter ', et que, après la fin de cette opération, il en intervenait une seconde, fondée sur l'intervention des tribus et donnanl lieu à de nouvelles proclamations de résultats (renunciationes), qui seules, en définitive, auraient été prises en considération. Ce seraient, en effet, les voix des demi-tribus, déterminées par la majorité des cinq centuries que chacune contenait, qui auraient été additionnées en vue du résultat définitif.

Ainsi le fonctionnement des comices est encore trop simple, tel que nous l’avons décrit, avec le double vote et les lrois séries de renunciationes qu’il comporte; on veut y ajouter une opération supplémentaire, qui rendrait d’ailleurs absolument inutile l'appel antérieur des centuries

1. Lange, De magistratuum renunciatione. Klebs, p. 227 et suiv.

ainsi que la renunciatio de leur vote et de celui des classes. Et, en disant inutile, nous ne disons pas assez ; car il peut y avoir contradiction entre les deux résultats : les centuries peuvent donner leur majorité à un candidat et les demitribus à un autre, ou les premières à une solution et les secondes à la décision contraire.

Considérée dans son ensemble, cette hypothèse paraît en somme invraisemblable, à notre avis du moins, tant par sa complication que par les difficullés matérielles qu’elle soulève, et il faudrait un argument bien décisif pour nous la faire admettre : or ceux que l’on présente ne sont rien moins que formels".

Nous ne saurions en effet considérer comme tel celui que l’on prétend tirer des chapitres LVI et LVIT du statut municipal de Malaga”. Nous y trouvons relatées une renunciatio du vote de chaque curie (mention en est faite vers le commencement de chacun des deux chapitres) et une seconde portant sur le résultat définitif. Mais nous ne

voyons aucune nécessilé d'en supposer une troisième. Il

1. Nous ne songeons pas un instant à contester qu’il y eut plusieurs sortes de renunciationes, lune annonçant le vote de chaque centurie, l’autre celui de chaque classe, la dernière enfin le résultat définitif; ce que nous ne pouvons admettre, tant qu'une preuve formelle n’en sera pas apportée, c’est que, avant d’en arriver à celte dernière proclamation, On fit, sans que rien ne nécessitàt cette formalité, une récension des votes des tribus déterminés par ceux déjà proclamés de leurs centuries.

2. Lex Malacitana,LVI : « Is, qui comitia habebit, uti quisque curiæ cujus plura quam aliisuffragia habuerit,ita priorem ceteriseum pro curia factum crealumque esse renuncialo, donec is numerus ad quem creari opportebit expletus sit ». LVIT : « Qui comitia hac lege habebit, is relatis omnium curiarum tabulis, nomina curiarum in sortem coicito, singularumque curiarum nomina sorte ducito, et ut cujusque curiæ nomen sorte exierit, quos ea fecerit, pronunciari jubelo ; et, uti quisque prior majorem partem numeri centuriarum confecerit, eum, cum hac lege juraverit caveritque de pecunia commruni, factum creatumque renunciato, donec tot magistratus sint, quot hac lege creare opportebit ».

nous paraît que les auteurs de la théorie que nous combattons ontcommis une erreur en considérant comme différentes les proclamations dont il est parlé au début du chapitre LVLet au commencement du suivant. Le premier de ces chapitres traite de l'élection dans l’intérieur de la curie et des difficultés qu’elle peut entraîner : il indique quel candidat le président de l'assemblée doit proclamer comme élu de la curie. Le chapitre LVIT prend comme point de départ cette même proclamation et il indique en débutant que l’ordre dans lequel elle doit se faire, pour les diverses curies, sera déterminé par le sort; puis il continue, en prescrivan{ que celui qui, le premier, aura atteint la majorité absolue des voix des curies soit immédiatement proclamé élu. Il n’y a d’après nous aucune trace d'un nouvel appel et d’un nouveau défilé de sections de vote, sous une forme ou sous une autre. Si nous n’appliquons cette description aux centuries, nous sommes obligé d’ajouter une troisième série de renunciationes, celle qui concerne les classes, puisque Cicéron‘ ne nous laisse aucun doute sur leur existence. Encore ne constituent-elles pas une véritable complication, puisqu'elles n'’impliquent qu’une addition des suffrages déjà émis et qu’elles ne comportent aucun appel ni aucune intervention du peuple : ce n’est qu'une formalité sans durée appréciable destinée à indiquer où en est le scrutin. Notre texte d’ailleurs ne nous donne aucune indication à ce point de vue. Mais il n'en donne pas davantage pour une intervention des tribus, qui ne pourra donc être justifiée qu’en dehors de lui.

Pour en établir la réalité, on s’est fondé d'abord sur un certain nombre de passages où Cicéron et Tite-Live nous

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