‹ Lo̓rientation humaineChapitre 3 sur 12 · I. OMEHTATIOH III \IA1\E · texte numérisé non relu

I. OMEHTATIOH III \IA1\E

ru mis l'enseignent, liais ©'est l'exception. Le cas ordinaire, c'est le type mixte. Le moi est le champ de bataille de nos instincts* El si on réfléchit un peu ans lois de l'hérédité, il ne peut en être autrement : chacun de nous est u rie Iraine où se croisent et sYntrelarenl les milliers de fils issus des couches aucestrales profondes et diverses, a L'extrémité desquels aboutissent tontes les actions et reactions antérieures.

Les instincts primitifs doivent donc coexister et l'emporter tour à tour. Et cela est heureux, car c'est cette coexistence qui rend possible l'éducation. Elle csl la condition indispensable du progrès humain. Sans germe, pas de culture. L'instinct, c'est le germe. On pcul en diriger la croissance, fortifier l'un au détriment de l'autre. Comme toutes les forces, L'instinct peut fitre excité ou atténué.

Des trois instincts primordiaux de Schopenhauer, il nous semble qu'on peut n'en retenir que deux, Je troisième, celui de méchanceté, paraissant bien iTélro qu'un dérivé de l'égoïsme, Nous inclinons à penser que la méchanceté n'est autre chose que l'instinct égoïsle contrarié par le milieu. Ce sont les circonstances qui ont fait l'égoïste méchant.

Que l'égoïste, favorisé par le milieu, trouve le moyen de dilater, de développer à son gré son être, il

l on re^ r a tto x i i vu \ i > e

jiûiirm. surtout s'il *M hahilc, passer pour un brave litniiiiic ; nul m' le classera dans la catégorie des méchante.

Mais fjuo la satisfaction Je ses besoins, que s

mli

,i des dilli-

ue jouissances, que ses passions i eu liés, que le milieu lui oppose des barrières, ce milieu le rendra combatif, cl celle combativité n'aura dé limites que relies de son tempérament. Avec de la \ bâté el de l'énergie, l'égoïste deviendra ni relia ni même cruel, (/est une pente naturelle sur laquelle mu volonté pins ou moins forte le précipitera plus 01 moins vile.

Il est évident qu'une fois le caractère acquis, les loi de l' hé redite pourront le consolider. De là le type fiyre dans l'humanité.

Si la méchanceté est un instinct dérivé et complexe,

un produit, il ne reste comme instincts primordial»

que l'égoïsme et l'altruisme,

Ce sont là des mouvements simples el clairs dur

l'existence n exige pas de démonstration. Il suffit

les constater.

Le premier apparaît comme la condition du dévi

lûppement et de la conservation de F individu. Ce qj

Le premier est poui -l'individu, le second Test pour Ce

phùî »

LOUIENTVrt<>\ IIHHIVI

avons vo que rétotifTeraenfl de l'instinct altruiste nous meneau système aristocratique de Nietzsche; la culture, le développement de rinstîncl allruiste nous imposent la recherche h la conquête du bonheur universel. Cette conception implique le triomphe de la démocratie.

Si donc nous visons le bonheur humain el terrestre, le choix n'esl pas douteux, tl faut nous orienter vers ta démocratie universelle par la culture »lu sentiment altruiste.

ÎSME il \LTRUISMB

Quel e>t le rôle des deux instincts primordiaux ? Quelle en est la valeur sociale? Faut-il favoriser l'un et étouffer l'autre ? Faut-il les combiner et dans quelle proportion ?

La solution de cette question doit entrer, comme élément capital, dans la conscience de l'humanité, Examinons-la rapidement.

UégoUme a à peine besoin d'être délinh 11 suffit

l « Htl r :\T A T1CTS II U M AINE

de dire que c'est l'amour se repliant et se confinant en soi, tandis que F altruisme c'est l'amour rayou nant

L'altruisme, mot nouveau, chose aussi vieille que monde, c # ê»f l'instinct de Ja cellule 8 'associant à cellule à laquelle elle a donné naissance, que dis -je c'est l'impulsion de l'atome attire par l'atome, c* la lui initiale et suprême, créatrice des mondes, que que soit le nom qu'un lui donne, affinité, gravitation Bj m pat] lie, amour.

Certes! s'il est un principe dominateur, c'est bic celui auquel obéit toute matière, brute ou organh celui qui crée et maintient et recrée sans cesse tous le agrégats connus, depuis les soleils jusqu'à l'homme celui qui règle le rythme des planètes et les niouvc me ni s des sociétés humaines.

Nul n'est à la fois plus clair et plus imposant puisqu'il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir à lYeuvn:

Chez les animaux, et en particulier dans 1 esj humaine, nous retrouvons] cet instinct à la racine toute société. Supprimez-le par la pensée et essaye de Concevoir sans lui non pas seulement la familli l'Etal et l'idée générale d'humanité, mais même le associations les plus mdimenlaires d'animaux, vous m le pourrez pas.

fans aurez beau, alléguer l'intérêt per

sonne

essiu* cl<* se rapprocher «lu semblable pour soutenir la lutte contre le moins semblable, vous aurez. beau etrcmdre les faits clans la formule de IYjljihsiiic, il v cji

iaura des milliers qui la déborderont toujours, des espèces de dévouement dans l'analyse desquels vous ne trou- Viir/ pas un atome d'ég tfsrne, et cela même chez les animaux inférieurs. Les observations abondent, les preuves sonl tombées dans le domaine public.

11 est fort possible, mais cela importe peu, que rai truisme soit ;i l'origine sorti de l'égoïsme f que le fait primordial de l'association cellulaire, par exemple, n'ait été qu'une impulsion obscurs tendon I ;'i la conservation ou a l'accroissement de 1 individu ; mais une fois le branle donne, l'impulsion renforcée est devenue l'instinct essentiel, qui de la cellule a passé à l'agrégal auquel d'ailleurs elle était indispensable pour la conservation de l'espèi

A l'heure où nous sommes, il est [dus grand que jamais le nombre des esprits qui se rendent compte que cet instinct, de plus en plus justifié et épuré, est tnd, presque l'unique ouvrier du progrès liuniain : c'est le ferment qui échauffe el travaille la niasse.

34 (/ORfECTÀTKtfl m-MAlîŒ

Et la monde entier en a s» bien conscience que partout déjà cette effervescence desâm< dâU

les bits et que l'altruisme est en train de *ormnander le mouverîienl ei l'orientation vers l'avenir meilleur.

Car il en estdespbénomèncsmoraux comme des plunomenes physiques. L'électricité a toujours existé : oH| était partout dans In nature, et l'homme, rjui en était imprègne, ne la cou unissait pas. Aujourd'hui qui lavons reconnue et captée, la voici qui métamorl phose la terre et multiplie h l 'infini le pouvoir èj l'homme.

Nous pouvons de même capter un instinct, l'exalter, te canaliser, le gouverner, et nous eu centuplerons M force rien que par la conscience claire de son existent et de ses effets.

Voyez l'instinct altruiste à l'œuvre dans ses manifestations actuelles : coopération, groupements listes, pitîc croissante pour les misérables, adoucisse* ment des peines, aspiration de plus en plus précis! vers la pacification universelle. M'est-il pas évideflj que nous sommes emportés d'un mouvement incoercible par un instinct de plus en plus conscient ?

S'il est établi, comme nous le pensons, que rinstiiui

i 'orienta non ih-maim. 35

**Hi I le fer me ni social, l'agent iU* l'harmonie

**urnainc, le constructeur désigné de la cité future,

instin «|nilr limite étroitement, qui L'empêche

le se développer, n'est— il pas l'ennemi à combattre, le

tuai à anéantir ?

On peut se demander tout d'abord si cet anéantis*

Dent est possible. Pourrait-on extirper du cœur hu-

lin l'impulsion première sans laquelle nul être n'au-

ri *ît abouti, la condition même de la conservation cl de

la durée? L'égoïsme n'est-il pas une loi naturelle ? Et

S| l'homme peu I se servir d'une loi, maîtriser un agent

*** Oral comme il maîtrise un agent physique, peut-il

a * 1er jusqu'à le supprimer ? C'est tout à fait impro-

En réalité, le fait s'est bien produit partiellement ;

sous l'influence île grands courants moraux, on a vu

^goïsme fondre totalement non seulement dans des

,l,l Uis d'élite, mais de proche en proche, par conta -

o*Oi^ dans des groupes entiers, jusque dans des masses

a *Ossiùres. Des peuples, des foules, se sont trouvés

Certains moments historiques entièrement purgés

1 ^Qïsmc. Ce miracle a été accompli, il y a vingt*

l'tatre siècles, en Orient, par Çakia-Mouni et, cinq

efl ts ans plus lard, par Jésus de Nazareth, Mais

*^kia -Moinii promettait le Nirvana et Jésus le ro-

36 l/oHHINTATION IM MAINE

jaunie de Dieu. Ce n'était pas une destruction de Finslinct égoïste, ce n'était qu'un sommeil qu'on exigeait de lui.- On renonçait aux joies d'un jour pour se procurer les joies éternelles ; au bonheur si précaire et si nulé de la terre pour récolter au plus tôt le bonheur céleste, parfait et sans (in. L'égoïsme était chasse de la vie, mais refoulé après la mort ; on faisait le sacrifice du capital, mais pour le placer à intérêts composés.

D'ailleurs, de savoir si on pourrait détruire l'égoïsme est en somme une question oiseuse. Mieux vaut se demander si la chose est souhaitable.

Eh bien ! non, elle ne l'est pas.

L'altruisme pur, tel que le prêche Tolstoï, tel que l'ont aussi conçu le bouddhisme et les chrétiens de la primilhc Eglise, aboutit nécessairement à la maxime iuipérative de la non-résistance au mal. Or, on ne fera jamais consentir l'Humanité à la non-résistance. 1 non-résistants s'appuient sur la parole du Christ : « Si quelqu'un le frappe sur la joue droite, tends- lui aussi I la gauche ; et si quelqu'un veut te faire un procès et le prendre Ion manteau, donne-lui aussi ta robe. » C'est ainsi que, dans la légende indienne, Puma présente sa poitrine nue à la brute qui, sans raison, bande son arc pour le tuer, et lui dit : « Toi dont le

l'orientation humaine 37

v ïsage respire la bonté, frappe ici. » Il est évident <Ju un pareil état cTànie ne peut être créé que par ^exaltation religieuse.

Et de fait, ceux en qui nous le constatons, les nonrésistants d'Amérique (1), les quakers, Tolstoï et les Doukhobors s'appuient tous sur l'idée religieuse, sur la parole du Christ. Les Doukhobors ne reculent pas devant le knout c* !n Sibérie, parce qu'ils sont soutenus par la foi et les promesses d'une autre vie. Mais les autres? Tous les Occidentaux, et ils sont de plus en plus nombreux, qui se sont dégagés de la conception thcologique ? Quelle prise peut avoir sur eux la doctrine de la non-résistance, avec son cortège de persécutions et de tortures en cette vie, s'ils sont convaincus que la destinée des vivants se termine à la mort? Et s'il est vrai que cette doctrine, en ce qu'elle a d'absolu, ne peut franchir le cercle restreint de l'idée théologique, si elle doit rester confinée dans une élite de fervents et d'illuminés, que pouvons-nous en attendre ?

Supposons que chez tel ou tel peuple elle parvienne à conquérir une minorité : cette minorité, quelque importante qu'on la fasse, composée sans doute des

(i) Voir le Catéchisme d'Adin Ballou, dans Le Salut est en nous, de Tolstoï.

L OUI ENTA TION HLM Al "NT

meilleurs, ne lar demi t pas à devenir la proie d'une majorité inférieure,- et ce serait, en définitive, le triomphe du mal sur le bien.

Imaginons l'impossible : que, dans une nation, la majorité soit gagnée. Cette nation, dans L'état présent du monde, rie sérail bientôt qu'un troupeau de moutons que se partageraient les voisins, restés à distance de cet idéal.

Ce serait L'étouffement, ta suppression des éléments les meilleurs de l'Humanité, la sélection a rebours. Au lieu de lu lier contre le struggle for life, nous lui prêterions tout notre concours, en laissant le champ libre aux méchants.

Lutter, au contraire, contre l'instinct altruiste, chercher a l'étouffer au profit de son puissant rival serait sans doute plus facile. Les instincts sont comme les organismes : ce sont les plus éleaés, les [Vins parfaits qui sont les plus délicats et les plus fragiles.

Mais il faut lire l'évangile de Nietzsche pour voir où on aboutirait. Certes, ce serait une grande simplification sociale : une masse aveuglément soumise, un immense troupeau d'ilotes, sous la conduite dune bande de brigands de haut vol. Cet idéal, ce n'esi point la Cité future; c'est le passé barbare, dont ï

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traîne encore trop de lambeaux, môme en Europe.

L'idéal humain, ce que nous voulons préparer pour nous venger noblement des horreurs du passé et des tristesses du présent, ce n'est pas le bonheur d'un petit nombre par l'oppression de la masse, c'est l'épanouissement de la race humaine ; c'est l'accroissement continu pour nos descendants de la joie de vivre ; c'est la moisson de bonheur que la terre nourricière porte dans ses flancs, cette terre dont nous n'avons tiré jusqu'ici, par notre faute, que des fruits amers et des rameaux stériles.

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