LA LIMITE DE L EGOISME
Nous avons reconnu que l'égoïsme est indestructible, bien plus, qu'il est utile et qu'il faut lui faire sa part. Mais quelle part? Comment opérer la conciliation? (i).
(i) Toute règle morale ne doit être qu'une conciliation de l'égoïsme et dç l'altruisme. (Guyau, l'Irréligion de VAvenir,
4o l/oiUENTATION HUMAINE
Car il s'agit de concilier deux instincls opposes de manière que l'un acquière en s'accroissant toute sa vertu bienfaisante et que l'autre soit réduit au rôle subordonné et purement défensif ?
Dans cette espèce d'alliage, comment peser la dose du métal inférieur? Ou, plus clairement, où tracer la limite du champ d'action des deux inslincls ?
S'il fallait élucider les détails, fixer une jurisprudence morale, discuter et régler d'innombrables cas de conscience, ce serait une œuvre complexe, délicate, difficile. Puisque nous ne nous occupons que de l'orientation générale, il ne s'agit pas de cela, mais seulement de tracer une ligne que l'égoïsme, réduit à sa part légitime, ne doive pas franchir. Cette ligne, c'est la violence.
La violence, voila l'ennemi, celui qu'il faut poursuivre et traquer dans son fort. Voilà le Protée qu'il faut enchaîner ; car depuis qu elle règne sur la terre, c'est-à-dire depuis l'avènement de la vie, elle a su prendre toutes les formes, revêtir toutes les figures.
Laissons de côté la lutte des espèces, ne la considérons que dans l'homme. Qu'elle soit sauvage comme la guerre primitive ou hypocritement brutale et cruelle comme la guerre moderne, qu'elle se pare d'un oripeau d'honneur comme le duel, qu'elle emprunte le nom de