CHAPITRE III
Louis XVI ne voulut point écouter. Quand on lit ces espèces de requêtes adressées au roi par l’Église gallicane et signées par le cardinal de la Rochefoucauld, on sent combien le clergé était inquiet sur ses destinées. Arrêter la circulation des livres, châtier les auteurs irréligieux, en substituant une nouvelle législation à l’ancienne, trop sévère pour être appliquée (i), sévir contre les protestants, trop peu surveillés, trop peu restreints dans l’exercice de leur culte, tel était le but du clergé, et il le proclamait sans fausse honte dans ses déclarations. Mais Louis XVI, quoique dévoué aux intérêts de l’ Eglise, ne souscrivit point aux demandes qu’on lui fit en son nom (2).
Ainsi, Necker était repoussé : Louis XVI avait curette fois le courage de ses répugnances. Par cette triste force dont il usait si peu, il se fit un grand mal à lui-même; car Nccker, revenu aux affaires, aurait du moins épargné.! la monarchie les ministères deCalonneetdeBrienne, qui la perdirent un peu plus tôt. Il eût réparé beaucoup de fautes et maintenu l’État dans une situation honorable encore pour un temps. Retenir ce qui va s’échapper, faire durer ce qui s’affaiblit , c’est dans certains moments le plus grand service qu’on puisse rendre aux
(1) La déclaration du IG avril 1 757 prononçait la peine de mort contre ceux qui auraient fait imprimer ou répandu des livres irréligieux.
(2) Soulavie rapporte le texte des déclarations de 1780, et les notes marginales de Louis XVI . N oir le tome V, p. 137 et suiv.
gouvernements comme aux peuples. Necker était le seul qui pût remplir cette tâche. Turgot n’existait plus ; il était mort jeune encore, en 1781, au milieu des préoccupations de la science , à l’âge ou l’on mourait dans sa famille, comme il l’avait dit souvent à ceux qui l’avaient trouvé trop pressé dans ses réformes, trop impatient dans le bien qu’il voulait faire à son pays. D’hommes de cette hauteur, de cette consistance, de cette vertu publique, il n’y en avait pas; Necker seul en approchait; et même, considéré dans le détail des affaires de finance, il avait une capacité plus directe et plus pratique que Turgot. Necker, d’un autre côté, n’aurait plus rencontré devant lui la vanité ombrageuse qui l’avait fait tomber une fois; car Maurepas aussi était mort, et la même année que Turgot, à qui il ressemblait si peu.
Ce vieux maire du palais, que Louis XYI aimait à entendre vivre dans les appartements placés au-dessus de sa tête, mourut en octobre 1781 . Sa mort ne compromettait rien dans l’État; il s’était conduit en épicurien du pouvoir, car il n’avait ni système ni vues : survivant du règne passé , dont la grâce superficielle était la vie d’un autre temps. On n’oserait dire que ce fussent des idées, même anciennes , que représentait Maurepas; c’étaient plutôt des usages , dont la raison s’en allait chaque jour. 11 faisait encore respecter l’étiquette, et maintenait un peu la cour. C’est dans ce sens qu’on a