CHAPITRE V
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et qui oubliait les moyens. Rien n’avertit cette tête, ivre d’cllc-même , que pour faire accepter un impôt frappant également sur toutes les classes , ce n’était pas des privilégiés seulement qu’il fallait consulter ! La même inintelligence de ce qui prépare et conduit un succès se montra dans l’ordre des délibérations. Galonné arrêta qu’on délibérerait et qu’on voterait par bureau (i), et que la décision de chaque bureau compterait pour une voix. C’était mettre la majorité des bureaux au-dessus de la majorité des Notables; c’était ne pas voir la portée du plus simple calcul (a). Tant d’inattention touche à l’ineptie, et tous les aveuglements de la confiance la plus présomptueuse ne suffisent plus pour l’expliquer.
Et cependant, là ne se bornèrent point les fautes d’un ministre qui fut le moins politique des hommes, dans une des situations les plus fortement politiques cpii aient peut-être jamais existé. A la veille d’une assemblée dont les votes allaient être pour lui une question de vie ou de mort, il ne s’occupa sérieusement que de ses plaisirs. Toujours victime de l’espérance, et se croyant ministre pour longtemps encore , il ne voyait dans les embarras de l’État que ses difficultés personnelles, et dans la possession du pouvoir que des jouissances d’amour-propre ou des facilités pour ses vices; il persévéra jusqu’au bout
(1) Il y avait sept bureaux, présidés chacun par un prince du sang.
(2) Voir Oroz, Hist. du règne de rouis X! /, t. I, p. 473.
dans cet oubli des devoirs de sa charge et des nécessités de sa position. Il ne s’empara point de l’esprit des Notables qui arrivaient à Paris; il ne les plia point à ses vues. Il ne pensa pointa se servir de ce don de séduction qu’il avait fini par ne plus exercer que sur lui-même. Les membres des parlements de province faisaient presque des coalitions contre lui; il les laissait s’assembler ainsi que les évêques : rien ne troublait sa folle et bruyante sécurité. Quand le 29 janvier arriva, ce jour fixé pour l’ouverture de l’assemblée, il était malade de ses débauches (1). On renvoya la séance au 7 février, ensuite au 1 4 ; mais ce ne fut que le 22 qu’elle s’ouvrit, et presque au moment oii le roi venait de perdre M. de Vergennes.
Il était mort du mal de la situation même : son esprit froid l’avait comprise, et son âme de peu de trempe en avait été brisée. Depuis longtemps il souffrait de cette douleur des hommes publics qui voient les événements plus forts que leurs convictions : il ne s’appuyait plus sur les siennes. Quand M. de Galonné s’était adressé à sa vieille haine pour les parlements, afin de l’amener à ses idées , il n’avait pas eu grand’peinc à l’entraîner. Ledécouragement l’aurait conduit où le poussait Galonné, tout aussi bien que cette haine usée. Un enfant , William Pitt, venait d’humilier son expérience , en lui fai-
(I) Voir Monthyon, Minisl. des fin., p. soi).