‹ Louis 16. et sa courChapitre 137 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

s’adressa à l’opinion : il commençait à voir qu elle devenait forte. Il voulait arracher par là la popularité aux Notables, et la prendre pour lui contre eux. Mais, par malheur, son manifeste (car c’en était un) était écrit de manière à faire douter les plus froids de la justice de sa cause : il respirait toutes les passions blessées, toute l’impatience d’un homme désappointé (i ). Le simple et pur intérêt de l’Etat, disait-on, n’aurait point eu de ces récriminations. Galonné sema partout ce manifeste; mais l’effet n’en fut point tel qu’il l’espérait. Il était tellement perdu dans l’opinion, que le publie se détourna du bienfait qui lui était présenté. I^es Notables, de leur côté, prirent des arrêtés contre ce mémoire, et !e traitèrent de séditieux (2). B retend et Miromesnil entretenaient la fermentation; le roi, toujours inconséquent , soutenait mal son ministre, souriait aux Notables, en leur parlant de leur indépendance, mais gardait un sentiment très-amer de leur opposition. Marie-Antoinette aussi, bien que courroucée contre Galonné, qui lui avait caché son projet, finissait par ressentir, avec un orgueil aussi jaloux que le sien, une irritation croissante de tant de résistance aux volontés du roi. En dehors de l’assemblée, rien ne dédommageait le ministère de cette roideur des corps privilégiés. La faveur publique cou-

(1) I /avocat Gerbieren avait été le rédacteur, dit Al. Droz. Voir H lut. de Louis X 77, t. I, p. 197.

vrail les Notables; les pamphlets les plus aiguisés accablaient incessamment (lionne. Chose singulière, les femmes étaient encore plus que les hommes acharnées contre ce ministre. Quant aux courtisans, ces naturels légers qui n’ont de profond que l'intérêt personnel, ils commençaient à renier leur héros; seuls, les Polignac l'appuyaient encore de leur faveur. Le roi, qui n’avait plus personne, le roi fatigué de tant de ministères, et qui avait besoin d’un homme qui ne doutât de rien; pour avoir confiance lui-meme, n’inclinait pas à un changement. Une lettre de l’ancien contrôleur général, Jolv de Fleury, dans laquelle il attestait, contrairement au dire de Galonné, que M. Necker avait laissé au trésor une somme suffisante pour achever les payements de 1781 et commencer ceux de l’année suivante, fut mise sous les veux du roi par le garde des sceaux, Miromesnil. Après avoir essayé de quelque subterfuge, Galonné convint qu’il avait eu connaissance de la lettre; puis il offrit sa démission , ou exigea le renvoi du garde des sceaux. Louis XVI, fort ébranlé d’abord, se raffermit sur l’assurance de Galonné; il sacrifia Miromesnil, et nomma pour le remplacer Lamoignon, qui était engagé d’honneur avec le contrôleur général à l’endroit des parlements. Galonné, à qui tout succès portait à la tète, exigea aussi que l’on congédiât M. deBrctcuil. I^ouis XVI voulait de l’accord dans le ministère, et il allait sacrifier Breteuil, quand Ma rie- Antoinette l’arrêta. Une

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