CHAPITRE V. 32U
scène comme elle en savait faire, une scène de colère et de larmes, tomba sur le faible roi, qui, du coup, renvoya (Jalonne, tout en gardant Lamoignon. Il croyait que c’était assez cjue ce compromis pour i’bonneur de son caractère et de sa couronne, et il les compromettait tous les deux.
En effet , sa dépendance était suffisamment connue : Louis XVI ne pouvait donner le change au public, même à propos de ce renvoi de Galonné ; tous les soupçons auxquels il prêtait s’élevèrent contre lui. Ce renvoi ne parut pas sérieux : on crut que la disgrâce du contrôleur général n’était qu’apparente, que ce n’était là qu’une ruse domestique contre les éclats de la reine, et qu’en réalité, Galonné ne cesserait pas de diriger l’administration. Le fait est qu’il cont inua pendant quelques jours encore à travailler au contrôle; et peut-être Louis XVI aurait-il donné raison aux bruits qui couraient, s’il n’avait tout à coup acquis la preuve d’opérations de bourse faites sans autorisation par Galonné. Cette circonstance donna au roi la force de l’exiler; et on lui chercha un successeur. Un conseiller d’État, Eourqueux, par conscience de son incapacité, opposa d'abord un refusait vœu delà cour; mais il finit par céder à l’insistance de la reine (i). C’était un homme fort propre à tenir la place, en attendant M. de Brienne,
(l) Monthvoo, Ministres des finances, p. 303.
LOUIS XVI HT SA COIH
à qui sos amis la préparaient avec précaution. Malgré une correspondance qui fut ménagée entre le roi et cet archevêque, on n’avait pas osé le proposer brusquement; car il était mal vu de Louis XVI, à cause de l’irrégularité de ses mœurs. C'était à ce prélat qu’il pensait, quand il disait dans les brusques échappées de son langage ; Je ne veux ni Neckraille , ni prêt raille . Dès cette époque, M.de Montmorin, le successeur de Vergennes, avait glissé un mot sur M. Necker. Mais le lendemain même du renvoi de Galonné, Necker fit une manifestation qui indisposa Louis XVI. Il publia sa réponse à Galonné, adressée d’abord à un petit nombre de confidents; il y démontrait, d’une façon presque altière, la vérité du Compte rendu. Louis XVI, violent comme sont les naturels sans force , s’emporta contre ce qu’il appelait une désobéissance de la part de Necker, car il lui avait fait dire de ne pas donner de publicité à ce mémoire. Ce a était donc pas le moment de parler en faveur de l’ancien directeur général; quelque évidente que fût sa popularité, Louis XVI n’écouta que la colère, et l’exila à vingt lieues de Paris.
La publication du mémoire de Necker contribua donc encore à lui fermer le chemin au ministère. D’un autre côté, c’était l’instant delà grande influence de la reine : Vergennes était mort, et elle était mère d’un dauphin, ce qui pour Louis XVI était plus encore que d’être belle! Elle était calomniée; et ses partisans et elle-même