‹ Louis 16. et sa courChapitre 139 sur 193 · C H A P I T II K V · texte numérisé non relu

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disaient bien haut qu’elle l’était. Elle avait à son service tout ce qui produit l’action la plus décisive sur un homme continent, honnête et faible. Elle savait s’éplorer à propos, et enlever d’assaut par ses larmes tout ce qui résistait a ses emportements. Elle avait prise sur le roi par tous les genres d’ascendant; qui pouvait lutter contre son effort? Elle avait pleuré et éclaté contre Galonné quand il s’était agi de renvoyer Breteuil , et c’était Galonné lui-même qui avait été renvoyé. Elle voulait pour ministre Loménie deBriennc; il était certain qu’elle l’obtiendrait. Cependant M. de Montmorin fit une nouvelle tentative : le nouveau garde des sceaux, Lamoignon, s’unit à lui pour décider le rappel de Necker. On dit que sans Breteuil , le prête-nom de la reine dans le conseil, Louis XVI eût cédé à Lamoignon et à Montmorin, qui insistèrent avec une forte conviction sur l’urgence du retour de Necker. « Eh bien! il n’y a qu’à le rappeler, » dit Louis XVI, avec cette lassitude mêlée de colère d’un homme qui veut ses aises avant tout. Mais au moment de clore la séance, le baron de Breteuil intervint, et dit qu’il serait funeste à l’autorité de faire ministre un homme qui arrivait à peine au lieu de son exil; et il vanta les talents de Brienne, et son influence sur l’assemblée des Notables. Gomme il avait cédé pour Necker qu’il détestait, Louis XVI céda pour Brienne qu’il méprisait. Il ne cacha pas même son mépris pour lui tout en l’acceptant. Puis il tomba dans cet accablement ef-

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froyable , suite ordinaire de ce grand désordre d’un esprit qui juge et d’une volonté qui agit contrairement à l’esprit.

De ce jour, tout fut dit pour Louis XVI : jusque-là ce n’avait été qu’un roi faible, mais à partir de ces deux nominations contraires et données coup sur coup, Louis XVI sentit son néant, et s’v soumit. Les dernières résistances de la pensée expirèrent, et il s’affaissa. La reine était puissante déjà ; elle le devint davantage : avec llrcteuil, avec Ilricnne, le commandement allait partir désormais de Trianon (i). I^e peuple le savait, et s’en indignait, car il ne croyait pas que Marie-Antoinette fût loyalement reine de France : pour lui, elle n’é-

(1) Madame Campan rapporte que la reine lui dit un jour en soupirant : « Ah! il n’y a plus de bonheur pour moi depuis quils m'ont faite intrigante. » Je me récriai sur ce mot. « Oui , reprit la reine, c'est bien le mot propre; toute femme qui se mêle d’affaires au-dessus de scs connaissances et hors des bornes de son devoir n’est qu’une intrigante ; vous vous souviendrez au moins que je ne me gâte pas et que c’est avec regret que je me donne ù moi-même un pareil titre; les reines de France ne sont heureuses qu'en ne se mêlant de rien... Savez-vous, ajouta cette excellente princesse que sa conduite plaçait malgré elle en contradiction avec ses principes, savez-vous ce qui m'est arrivé dernièrement ? Depuis que je vais à des comités particuliers , j’ai entendu , pendant que je traversais l’OEil-de-Bœuf, un des musiciens de la chapelle dire assez haut pour que je n’en aie pas perdu une seule parole : l ne reine qui fait son devoir reste dans ses appartements à faire du filet. J’ai dit en moi-même : Malheureux , tu as raison, mais tu ne connais pas ma position : je cède à la nécessité de ma destinée. » ( Mcm. de madame Campan, p. 221)

tait jamais que la sœur de Joseph II. Plus elle grandissait à Versailles, plus la haine croissait à Paris. On l’avait insultée publiquement à l’Opéra : on l’avait appelée maritime déficit. Quand le roi sortait, on le saluait encore; les acclamations raccompagnaient et le suivaient après qu’il était passé ; mais elle , d’une beauté si électrisante, 11e faisait plus jaillir de la foule, quand elle se montrait, que de sombres regards ou de haineuses imprécations (1). Elle en pleurait dans sa fierté courroucée; elle aurait voulu les hommages, et elle 11’avait que la puissance! Pour une femme comme elle, ce n’était pas assez. Elle se plaignait du peuple au roi : semblable à à un enfant gâté (pii demanderait l’impossible, elle venait lui demander les adorations des Français, comme si elles eussent fait partie des attribut ions de la couronne que Louis XVI lui abandonnait!

Càï ministre qu’elle venait de donner au roi malgré lui, ce Loménie deBrienne, jugé si capable dans les salons de la reine, était le digne descendant d’une race intrigante et spirituelle. Il était d’une ancienne famille; des idées d’ambition, singulièrement prématurées,

(1) Lors de la procession des États généraux , des femmes du peuple, en voyant passer la reine, crièrent : k'ice le duc (C Orléans ! avec des accents si factieux , qu’elle pensa s’évanouir. On la soutint, et ceux qui l'environnaient craignirent un moment qu’on ne fût obligé d’arrêter la marche de la procession. La reine se remit, et eut un vif regret de n’avoir pu éviter les effets de ce saisissement. ( Mèm. de madame Caïn pan, p. 227 )

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