CHAPITRE V
peler au roi les principes constitutifs de la monarchie. On rédigea des remontrances, dans lesquelles il fut dit cjue la nation, assemblée en États généraux , possédait exclusivement le droit d’établir un impôt perpétuel. Le roi répondit en envoyant l’édit sur la subvention territoriale , cpii n’assujettissait pas seulement une classe de citoyens à l’impôt, mais tous les ordres de l’État indistinctement ( i ). On crut sans doute vaincre les résistances parles dispositions de cet édit; mais le Parlement demanda avec plus d’énergie que jamais les r.tats généraux, et rallia les pairs. En vain le roi , séant dans son lit de justice, fit-il enregistrer les deux édits (6 août 1787); le Parlement protesta contre la séance royale,
qu’il appela avec mépris un fantôme de délibération 1' 2 y . La France tout entière répéta ce mot hautain; elle frémissait au spectacle de ces luttes contre le pouvoir, comme aux approches d’une vie nouvelle; le drame l’agitait, et elle y prenait part avec transport. Ce n’étaient plus , comme au temps des Notables , des applaudissements de salon : l’enthousiasme s’était étendu ; on applaudissait les membres du Parlement jusque dans les lieux publics; d’Espréménil , Duport et Fréteau, tous
(1) « Cette subvention portera sur tous les revenus des biens- • fonds et droits réels de notre royaume, sans aucune exception. « Les domaines même de notre couronne y seront assujettis. »» {Âne. lois franc. ,1. VI, du règne de Louis XVI, p. 29'».)
(2) Mém. du régne de Louis VI, p. 178.
ccs chaleureux esprits qui posaient alors, au nom de la légalité, la première pierre de la tribune qui allait primer le trône , étaient partout salués comme des défenseurs de la patrie. Il fallait être lx>ménie de Brienne pour se figurer que des hommes à qui on faisait de tels hommages renonceraient à l’ivresse de leur rôle et plieraient au premier geste menaçant. Brienne le disait chaque matin à la reine, avec le sourire de la confiance, et la reine le répétait à sa cour avec le même sourire. Ce qui suivit le lit de justice, l’exaltation toujours croissante du public, le peu d’état qu’on avait fait des économies que Brienne venait d’arrêter sur la maison du roi i), la persévérance enflammée des jeunes conseillers (2), et surtout de d’Espréménil porté en triomphe par le peuple au
(1) Règlement du roi sur quelques dépenses de sa maison et de celle de la reine (9 août 1787). On y lit : • Le bénéfice actuel pour le trésor royal résultant des retranchements ordonnés par la reine sera de plus de 900,000 livres. » Ce règlement n’évalue pas à quelle somme peuvent s’élever les réformes ordonnées par le roi : le nom de la reine occupe la place principale dans certains édits de Brienne. (dnc. lois fr t. VI du règne de Louis XVI, p. 416 et suiv.) Ces quelques réformes, arrachées par la nécessité, produisirent une sorte d’émeute de palais. « Les courtisans criaient qu’on les dépouillait de « leurs propriétés. » Après une scène que le duc de Coigny se permit de lui faire, le roi dit devant le baron de Besenvol : « INous nous sommes vraiment fâchés , M . de Coigny et moi ; mais je crois qu'il m'aurait battu que je lui aurais pardonné. »
(2) Une circonstance, qu'il est bon de faire connaître, expliquera l’effervescence des passions auxquelles le Parlement se laissa entraîner : c'est que plus de la moitié de ses membres 11 'avaient pas vingt-