‹ Louis 16. et sa courChapitre 150 sur 193 · CH A PI TUE V · texte numérisé non relu

CH A PI TUE V

Son favori Breteuil et la duchesse de Polignac, son amie, furent promènes en effigie au milieu des huées, et, sans l’intervention de la police, l’image de la reine aurait subi le même opprobre. Plus tard, le Parlement, dont les passions auraient dû montrer plus de retenue, accusait cette princesse dans ses remontrances au roi, sans la nommer, il est vrai , mais avec une évidence audacieuse.

Toute hostilité constitue un grand rôle : la reine, depuis qu’elle était en butte «à tant de haine, cherchait à se montrer au-dessus de celte haine et digne du gouvernement. Elle assistait au conseil f t ne manquait pas un comité; elle avait de grands côtés comme souveraine ; elle cachait du caractère, de hautes qualités sous ses formes frivoles, mais elle payait cher les fautes de son jugement : ni son amitié, ni sa faveur, ni sa confiance n’avaient fait un heureux choix. Quand, plus tard, dans une entrevue célèbre, Mirabeau la frappa et l’entraîna par la grande exposition de ses desseins, c’est que le tour de cet esprit puissant exerçait une prodigieuse action sur l’imagination d’une femme, et que d'ailleurs les périls étaient tels qu’on n’avait plus le libre choix d’un sauveur. Dans toutes les situations, du reste, elle n’eût pas échappé aux favoris; mais le danger de ses sentiments était d’autant plus grand que son éducation avait été plus imparfaite. Elle valait mieux, à coup sûr, que ceux qui la dominaient; mais ses sentiments hor-

liaient son regard étrangement. Elle s’était cruellement méprisé sur ce que valait Brienne, et cette illusion durait toujours. Elle épousait les ressentiments et les colères de ce ministre contrarié dans ses plans. Comme Galonné, il était malade de ses excès au moment où il fallait une grande liberté d’esprit et une grande force d’application pour suffire aux soins d’un gouvernement chaque jour plus difficile. Sa principale affaire était d’accumuler les 1 k' né fi ces sur sa tète ; il s’enrichissait avec une cynique avidité. Il ne volait pas, mais il se faisait donner; et comme il pouvait tout , son opulence était scandaleuse. Bien n’était plus propre à justifier l’indignation publique que cette convoitise qui semblait irritée parles ardeurs d’un sang corrompu (i).

Enfin le moment arriva où Brienne eut la pensée d’en finir avec la magistrature. Dans la pauvreté de ses combinaisons, il pensa simplement à annuler l’édit de rappel des parlements. Toujours copiste, il se contenta d’imiter Maupcou, et demanda au garde des sceaux un projet de réforme qui ressemblait fort à un projet de suppression ( 2 ).

(1) « L'état d’irritaüon dans lequel il vivait brillait son sang, vicié par la débauche; une dartre le dévorait... L’archevêque de Sens mourut, et il se fit donner sa riche dépouille : il sc gorgeait de biens ecclésiastiques... Une seule coupe de bois dans une de ses abbayes lui valut 000,000 livres. » (Droz, Hist. de Louis XVJ y t. II, p. 51.)

(2) De nouvelles remontrances du Parlement sur l'enregistrement forcé des emprunts ( 1 1 avril ) achevèrent de ruiner le crédit ; l'em-

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Ainsi la question se posait de jour en jour plus rigoureuse, et elle était réduite à ces termes que le Parlement tuerait le ministère , ou que le ministère tuerait le Parlement. Quand les pouvoirs publics se font de ces guéri es, ils ne reculent pas plus devant le sophisme, qui est un abus de la pensée, que devant tous les autres genres d’excès et d’abus. Un jeune conseiller, Goislard de Montsabert, soutenu par sa corporation, essaya de mettre obstacle à la levée de l’impôt, en se couvrant de la thèse déjà discutée sous Necker : que faute de représentants votant les subsides, un propriétaire est le seul juge de ce cpie sa terre doit payer. Ce principe était faux au point de vue de la monarchie de Louis XVI; le but, c’était de soustraire les terres nobles à toute vérification. Ordre fut donné aux gens du roi de surveiller la conduite des contrôleurs; ce qui mit entrave au travail de la perception. 11 était évident que de tels principes étaient la négation de tout gouvernement qui n’admettait pas de représentation nationale, et semblaient autoriser le coup d’Etat projeté par le ministère. On y travaillait de longue main, mais en faisant de ces confidences malhabiles qui avertissent trop l’ennemi; même ce qu’il leur importait de cacher davantage, ces faibles courages le laissaient échapper. Des clubs s’étaient organisés chez les parlementaires. Duport avait ouvert sa

priait négocié ne se remplit pas. ( f/ist. parlement., t. I. p. 228.)

maison à ces réunions. Là, on se disposant à la défense, on commençait la lutte, car les magistrats indiquaient les projets du ministère au public, et se conciliaient d’avance l’opinion.

I jc gouvernement se préparait et agissait aussi : les

commandants se rendirent partout à leurs postes; les

militaires rejoignirent leurs drapeaux. Des officiers

généraux, des conseillers d’Etat, partaient pour les provinces, avec des paquets cachetés qu’ils devaient ouvrir le même jour et à la même heure (i). A Versailles, depuis plusieurs jours, on gardait à vue des imprimeurs qui travaillaient jour et nuit. Le Parlement, prévenu de ccqui se tramait, tint séance le 3 mai. D’Espréménii, (pii ('•tait le mandataire de la situation du coté de sa compagnie, avait son thème fait à l’avance. 11 proposa de publier un arrêté renfermant les principes constitutifs de la monarchie française. Dans cette espèce de manifeste, il était dit que « le système de la seule volonté , clairement exprimé dans différentes réponses surprises au seigneur roi , annonçait le funeste projet d’anéantir les principes de la monarchie, » et que pour cela, besoin ('•tait de les rappeler. Ces principes étaient : « le droit de la nation d’accorder librement des subsides, par l’organe des Etats généraux régulièrement convoqués, les coutumes et capitulations des provinces, l'iuamovi-

(l) Hist. parlement , t. I, p. 22*J.

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bilité dos magistrats, le droit des cours de vérifier les volontés du roi, et le droit de chaque citoyen de n’être traduit devant d’autres juges que ses juges naturels, de n 'être arreté par quelque ordre que ce soit, que pour être remis sans délai entre les mains des juges compétents (i). » La déclaration ajoutait que dans aucun cas on ne pouvait s’écarter de ces principes. Toutes les voix y souscrivirent , même celles qui semblaient le moins devoir y adhérer; ainsi les ducs de Luynes, de La Rochefoucauld , d’Aumont, de Villas-Rrancas, de Praslin, de Fitz-James, de Luxembourg-Pinay, de Charost, l’évêque de Châlons, Clermont-Tonnerre, se montrèrent les plus empressés à se porter fort pour les principes que la déclaration contenait. Ils n’allaient à rien moins qu’à renverser à jamais cette monarchie militaire du bon plaisir, qui n’était plus que l’ombre d’elle-même, et à y substituer lin régime nouveau, qui s’inspirait de l’Angleterre.

La cour, prévenue et blessée tout à la fois par cet acte solennel , expédia une lettre de cachet contre Montsabert et d’Espréménil , et cassa la déclaration ; mais elle ne Fêtait pas de la pensée de la France, de la mémoire de tous. Quant à Montsabert et d’Espréménil, ils allèrent chercher asile dans le sein même du Parlement ; démar-

(1) Voir Arrêté du parlement, les pairs y séant. Ane. fois franc y règne de Louis XVI, t. VI, p. 532 et suiv. — Hist du parlent . , par Oufey, t. II, p. 425.

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chèque Brien ne eût dû prévoir et empêcher, car ii en résulta une de ces scènes puissantes sur les imaginations, et d’où le pouvoir, vainqueur en fait, et le fût-il même endroit, sort toujours vaincu dans l’opinion. Les magistrats reçurent les deux conseillers avec un faste d’égards , une pompe de protection qui était comme le sentiment d’une personnalité partagée. Le Parlement députa à Versailles pour protester contre la mesure qui frappait les conseillers d’Espréménil et Montsabert. Il arrêta qu’il serait fait au roi des représentations, et attendit ,les chambres assemblées , comme on attend l’ennemi sous les armes, la réponse de la cour à ses députés. 11 resta ainsi jusqu’à minuit, le palais cerné par des milliers de spectateurs. Pour toute réponse , arriva un bataillon de gardes françaises, une compagnie de grenadiers, ses sapeurs en tête et leurs haches à l’épaule , puis des gardes suisses. Le marquis d’Agouît, capitaine des gardes françaises et maréchal de camp désarmées du roi , entra hautaineinent dans la salle , porteur des ordres de son maître, et demanda du ton du commandement militaireonétaientMM. d’Espréménil et Montsabert. Ce ne fut qu’un cri : Nous sommes tous (F Espréménil et Montsabert , dirent les conseillers. Cette fierté des magistrats fit reculer la fierté militaire. D’Agoult fut troublé; mais, se remettant, il sortit, et rentra suivi d’un exempt de robe courte, à qui il ordonna delui désigner MM. Monlsabert et d’Espréménil. L’esprit de corps fit mentir

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