‹ Louis 16. et sa courChapitre 152 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

îles cours souveraines, par la création de quarante-sept bailliages, qui devaient tenir le milieu entre ces cours et les tribunaux inferieurs. Mais ces ruses et ces précautions ne pouvaient réussir; car l’opinion était trop prévenue pour se laisser imposer par de tels artifices. Quant au Parlement, rien 11e pouvait lui faire accepter sa propre mutilation. Dans ce lit de justice, et partout depuis, il la repoussa avec une énergie indignée; même les membres de la Cour plénière protestèrent contre l’institution dont ils faisaient partie. La cour des Comptes, la cour des Aides, le Châtelet même, dont, la nouvelle constitution élevait les attributions, suivirent cet exemple. D’Aguesseau, gendre de Lamoignon, et Lamoignon fils, avaient épousé la cause de leur ordre, et n’étaient pas les moins ardents à la soutenir (1). Des soldats campaient aux alentours du palais, mais on n’en prenait pas moins, à la lueur des baïonnettes, des arretés foudroyants contre Ix>ménie et Lamoignon.

Ces funestes imitateurs de Maupcou virent alors le péril qu’ils avaient créé; il était plus grand que celui auquel Maupcou lui-même s’était exposé. On n’en était plus au règne de Louis XV, et l’esprit public s’était mûri sur toutes les questions. Malgré la vétusté de la prérogative parlementaire, malgré la forme du débat, le Parlement était salué par cet esprit public, jeune et

(i) Soulavic, Mém.du règne de Louis XVI, t. VI, p 1D3.

LOUIS XVI K T SA COIH

renouvelé, comme s’il n’eût pas appartenu à un système de gouvernement épuisé. 11 y avait certainement dans l’opposition de la magistrature au pouvoir ministériel, bien des préjugés en éveil, l’esprit de corps, l’esprit janséniste; mais l’opinion tient compte des faits sans les analyser, et ne chicane pas leur popularité à ceux qui, pour une raison ou pour une autre, poussent au résultat qu’elle désire. Ce résultat était alors la fin, la ruine d’un système de gouvernement qui ne dirigeait plus une société devenue trop forte, et qui ajoutait au vice d’insti*» tutions sans consistance et sans honneur, le vice plus dégradant d’hommes arriérés et tout à fait indignes. C’est là ce qui explique la grande intimité, pour ainsi parler, du Parlement et de la France, à cette époque; du Parlement, vieux corps qui se dissolvait comme la monarchie, et dont l’opposition retenait seule encore les éléments près de se séparer, et de la France, animée d’un esprit de rénovation incomparable; on en put juger surtout quand on envoya dans les provinces l’ordre de transcrire les édits sur les registres des parlements : ce fut une résistance générale. A coup sur, on ne résistait pas ainsi parce que les privilèges d’une corporation depuis longtemps indifférente à la plupart des esprits étaient violés par le ministère; on résistait parce qu’il importait à tous de résister. On savait où Loménie et la cour voulaient conduire la France; on se l’exagérait peut-être; les motifs qui entraînaient à l’opposition

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