CHAPITRE V
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étaient divers, mais l'imite du but était formidable. Les uns, comme les nobles d’épée, haïssaient le pouvoir ministériel; les autres, comme la noblesse de robe, soutenaient par point d’honneur égoïste la magistrature. Les esprits éclaires voyaient les franchises du pays par delà les franchises du Parlement, et le peuple se soulevait parce qu’il avait en lui la cause éternelle de toutes les révoltes, de grands î>esoins, de rudes souffrances. La désaffection des nobles, de ces admirables tireurs d’épée, gagnait le corps des officiers et rattachait de plus en plus l’armée à une opposition qu’elle eût cru de son devoir jadis de ne pas juger (i). Un historien estime qu’au milieu de cette épidémie de résistance, les bourgeois seuls restèrent plus indifférents ou plus mous ; mais il importe de se rappeler tout ce qui faisait la plus grande force de la bourgeoisie, les avocats, les hommes de science, les hommes de plume, si nombreux plus tard aux États généraux.
Quoi qu’il en soit, du reste, les faits parlèrent et parlèrent haut. Les parlements de province se montrèrent bien plus fougueux, bien plus intraitables que le Parlement de Paris; ils déclarèrent infâmes et traîtres à la patrie tous F rançais qui dans ces circonstances obéiraient aux ordres du gouvernement. Des troubles accompagnèrent les protestations; il y en eut en Provence, dans le
(1) Les gracies d’officiers , de même que les évéchés et les riches bénéfices, furent expressément réservés aux nobles, sous Louis XVI.
Roussillon, dans le Languedoc. On craignit un moment que la noblesse du Béarn, exaspérée par le despotisme de Versailles, ne proclamât son indépendance : le parlement de Pau ne cessa pas ses fonctions ; les Béarnais publièrent des doléances. On leur envoya le duc de Guiclic, dont la famille était très-considérée dans le pays, et qu’on avait investi de pouvoirs extraordinaires. Mais ils allèrent à sa rencontre avec le berceau de Henri IV, sur lequel ils jurèrent de mourir ou de conserver les coutumes de leur patrie (i).
En Bretagne, le mouvement fut plus vif et plus opiniâtre encore : on sait l’entêtement traditionnel des Bretons pour leurs vieilles franchises. Au premier bruit que le comte de Tliiars, commandant militaire de la province, défendait au doyen de la noblesse d’assembler les états, cent trente gentilshommes lui portèrent un arrêté . qui déclarait déshonoré celui qui accepterait quelque emploi que ce fut au préjudice des magistrats. Douze cents nobles réunis à Saint-Brieuc et à Vannes députèrent douze de leurs collègues pour demander au roi
qu’il respectâtles droits delà Bretagne. Arrivésà Paris, ils tinrent des assemblées; on y vit figurer les ducs de
Rohan, de Praslin, de Boisgelin et le marquis de La Fayette. Les douze Bretons furent jetés à la Bastille; Boisgelin fut destitué d’une charge de cour, La Fayette
(1) Soulavie, Mém. du règne de Louis A t'I, t. VI, p. 20G.