‹ Louis 16. et sa courChapitre 168 sur 193 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ordre privilégié; et ce précédent ne semblait-il pas plus fondé en raison cpic jamais ? Quel pas cette classe , ce corps robuste de la nation , n’avait-elle point fait depuis le moyen âge? Son droit n’avait-il pas grandi avec elle? « Qu’aété le tiers état jusqu’à ce jour? rien. Que veutil être? quelque chose. » Ce mot résumait tous les écrits du temps (i). Le gouvernement en fit l’aveu : « S. M. a reconnu , dit-il, que plusieurs des formes anciennes se concilieraient difficilement avec l’état présent des clio-

«■ses, et que d’autres ont excité des réclamations dignes

au moins d’un examen attentif ( 2 ). »

Mais Necker était incertain de résoudre ces questions; il ambitionna de concilier toutes choses et de garder le . rôle de modérateur. Il n’avait le courage d’accepter les malédictions de personne. Il parla devant les Notables, et s’y montra favorable à la double représentation. Et même sur ce point si clair, auquel toute l’énergie de l’opinion s’était attachée , on dit que l’esprit de Nec ker flotta longtemps (3). Il fut sur tout le reste mal assuré,

(1) Écrit de Sieyès, Qu'est-ce que le tiers état ?

(2) Arrêt portant convocation des Notables. Ane. lois franc.; Règne de Louis XVI, t. VI, p. 613.

(3) M. Droz, toujours si scrupuleux dans ses affirmations , s’exprime ainsi : « On croit généralement que , dès sa rentrée au ministère , Necker voulut la double représentation du tiers état ; et je n’oserais contredire cette opinion tant elle est répandue , si je n’avais des preuves positives qu’elle est fausse. Necker fut irrésolu jusqu'au dernier moment. Des hommes dont l’opinion était formée en faveur de la double représentation, Malouet , Mounier, voyaient avec dou-

plein tle vagues précautions , et fort inconséquent, du moins en apparence. Il s’arrêta, comme à mi-chemin, dans l’idée qu’il émettait de doubler le tiers état; et il n’osa proposer le vote par tête , ce qui rendait le bénéfice illusoire : s’il n’y avait qu’un suffrage , en effet , pour chacun des trois Ordres, le nombre n’importait plus.

Les Notables , néanmoins, s’effrayèrent d’une concession si atténuée, ils curent l’instinct de prévoir que le tiers, une fois constitué, emporterait de vive force la délibération en commun. Un seul de leurs six bureaux vota pour la double représentation : ce fut le bureau que présidait Monsieur. Le même esprit dicta à l’assemblée ses décisions sur tout le reste; et néanmoins, tout en n’écoutant que leur seul intérêt, ils contentèrent en quelques points l’opinion la plus répandue : ils ne prirent point la propriété pour base de la capacité électorale ; ils ne mirent d’entraves ni au droit d’élire ni au droit d’être élu ; ils l’étendirent aux nobles non possesseurs de fiefs , aux membres du lias clergé non pourvus de bénéfices ; c’était une dérogation «à l’ancien usage. Enfin, ils attribuèrent le droit de suffrage à

leur ses longues hésitations, etc. » Parmi les écrivains qui semblent être d’avis contraire , nous rencontrons : Garat, Mém. de M. Suard , t. II, p. 309; M. Lacretelle , Hist. du dix-huitième siècle , t. VI, p. 27G ; baron de Staël, Notice en tête des Œuvres complètes de Necker , t. I, p. 213.^

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