CHAPITRE VI
un embarras de plus. Le gouvernement s’était placé presque à leur suite ; il venait de les interroger comme les organes de la nation , et la nation les couvrait d’un immense désaveu. L’intérêt nobiliaire, d’autre part, 11e se contraignait pas, et parlait hautement parla bouche des princes. Après la séparation des Notables, tous les princes, à l’exception de Monsieur et du duc d’Orléans, signèrent un mémoire au roi (1).
(1) Ce mémoire débute ainsi : « Sire , l’État est eu péril ; votre personne est respectée : les vertus du monarque lui assurent les hommages de la nation. Mais , Sire , une révolution se prépare dans le principe du gouvernement ; elle est amenée par la fermentation des esprits. Des institutions réputées sacrées , et par lesquelles cette monarchie a prospéré pendant des siècles , sont converties en questions problématiques... Kn parlant pour la noblesse, les princes de votre sang parlent pour eux-mémes : iis ne peuvent oublier qu’ils font partie du corps de la noblesse; qu’ils n’en doivent poiut être distingués;
que leur premier titre est d’étre gentilshommes » ( I/ist. parlent
Ces droits si arrogamment revendiqués^ et auxquels ou ne voulait souffrir aucune altération , ne s’appuyaient pas même sur un usage constant, puisque le tiers état avait toujours été en possession de nommer plus de représentants que la noblesse ou le clergé, et qu’enfin la délibération en commun s'était pratiquée avant les États de 1GI-I, ainsi que le rappelèrent les trois Ordres du Dauphiné, dans une adresse au roi , rédigée par Mounier ( 8 nov. 1 788 ).
Parmi ces adresses qui arrivaient de toutes parts, il y en eut une signée par trente dues et pairs, qui déclaraient renoncer à leurs privilèges pécuniaires. Plusieurs d'entre eux agissaient de bonne foi: • Mais le tiers état , dit M. Droz, n’y voulut voir qu’une ruse sans finesse, pour faire croire à l'inutilité de la double représentation. Les nobles les raillèrent, et on fit courir la plaisanterie : Avez-vous lu la lettre des dupes et pairs? » ( Droz, t. Il, p. 127. )
Les princes voyaient l’esprit public et l’énergie de scs demandes; et c’était par une profession de foi hautaine et un refus péremptoire qu’ils y répondaient. Us parlaient de résistance ouverte, de refus de concours, si leur demande était repoussée. C’était une menace faite au roi et un signal de désobéissance donné aux Ordres privilégiés.
Le conseil délibéra longtemps, et se prononça le 27 décembre 1788. La décision fut rendue publique, sous le titre inusité de Résultat du conseil. Le texte portait
raux seraient au moins au nombre de mille; que ce nombre serait formé, autant que possible, en raison
composée de la population et des contributions de chaque bailliage; que le tiers état aurait autant de députés que les deux autres Ordres réunis, et (pie cette proportion serait établie par les lettres de convocation. La reine assista au coiîseil, et y approuva tout : c’était une revanche qu’elle prenait contre la noblesse, qui s’était montrée si hostile à Brienne (1).
Cette décision, qui donnait gain de cause au tiers état sur trois points importants, fut d’un effet immense; le parti populaire y applaudit avec transport. Bien que la question du vote par tête y fût comme ajournée, il compta sur ses députés, sur leur nombre, pour forcer
(I) Voy. plus loin une lettre de la reine.