CHAPITRE VI
liberté absolue. On a fait un reproche au gouvernement de s’être refusé cette garantie; mais Neckeren a donné les raisons : c’était un ancien usage; les Notables l’avaient confirmé; le roi sur ce point ne pouvait pas vouloir moins que les Notables. Il pouvait sans péril s’écarter d’eux, là où ils contrariaient le vœu national; il ne le pouvait pas dans une question où leur avis était conforme à ce vœu. A cette considération de politique s’en joignait une autre toute d’équité : les tributs humiliants dont la propriété était frappée aux mains des roturiers en éloignaient les hommes les plus dignes et les plus marquants du tiers état; exiger une propriété territoriale, c’était exclure des Etats généraux l’élite des intelligences (i).
Iæ conseil délibéra sur le lieu où se réunirait l’assemblée, et on proposa plusieurs villes; mais les courtisans, dit-on, décidèrent le roi pour Versailles: ils tenaient à ne point déranger leurs habitudes (2). Le grand mouvement électoral qui agita la France ne se fit point en quelques jours; les opérations furent successives , et se prolongèrent pendant trois mois; car l’on 11e pouvait rien
dre ecclésiastique séculier ou régulier. Les femmes nobles possédant fief votaient aussi par procureur-fondé. » ( Jnc. lois fr.. Règne de Louis XVI, t. VI, p. f»38 et'suiv.)
(1) Mém. de Necker, t. I,p. 120.
(2) Madame Campan dit que ce fut M. Nccker qui décida le choix de Versailles.
LOUIS XVI KT SA COU II
asseoir d'uniforme dans la diversité des usages provinciaux (i).
Cette agitation prolongée, universelle, rappelait, dit Necker, le trouble et le mouvement d’une armée qui change de position la veille d’un combat ; niais cette évolution déjà était une lutte, et plusieurs provinces furent livrées à des conflits violents. En Bretagne, on vit les partis en venir aux mains; on vit ces gentilshommes bretons , si résolus contre la cour et si populaires un instant sous le ministère de Brienne, s’irriter plus fort que tous les autres, et se roidir contre tout changement : doublement du tiers, vote par tète, répartition égale des impôts, ils ne voulurent céder sur rien. A Rennes, ils armèrent leurs laquais, et soulevèrent la populace contre les bourgeois ; ils eurent pour auxiliaire le parlement, aussi entêté qu’eux de privilèges. La jeunesse s’arma à son tour, et alla fondre sur le part i des gentilshommes et de leurs clients. Ce fut un véritable combat , soutenu de part et d’autre avec un courage digne des anciens chevaliers de la province. Mais au bruit de l’événement, toute la jeunesse des autres villes se mit en marche pour
(1) La première lettre de convocation est du 7 février ; elle est adressée à la province d’Alsace , et la dernière, adressée au pays des Quatre- Vallées, est du 3 mai. Les convocations qui regardaient Paris ne sont que des 28 mars et 13 avril. Aussi fut-on obligé de proroger l'ouverture des États généraux , fixée d'abord au 27 avril , jusqu'au 4 mai. [f/ist. pari., t. I,p. 297.)