‹ Louis 16. et sa courChapitre 180 sur 193 · C II A P I T U E VI · texte numérisé non relu

C II A P I T U E VI

appuyer les Rennois : il en parti! quinze cents de Nantes et des environs. Cette menaçante levée fit bientôt capituler la noblesse ( i ) ; tout ce qu’elle put faire dans sa

rancune, fut de refuser des députés aux États généraux.

La Franche-Comté fut témoin de scènes pareilles, les États de la province s’assemblèrent; les nobles et le haut clergé y protestèrent contre le règlement du roi, et voulurent l’élection des députés non par bailliage, mais par les États de la province. Le tiers protesta à son tour contre cette insurrection des deux Ordres, et le Parlement se jeta dans la querelle. Ce fut, comme en Bretagne, pour donner raison au privilège contre le gouvernement : il cassa, par un arrêt , la protestation du tiers; il faut lire les termes de cet arrêt pour se figurer tout ce qu’il y avait encore de déraison et d’endurcissement dans l’esprit nobiliaire. Les Notables s’étaient prononcés pour l’égalité des impôts; on avait vu

(I) Réimpression de l’auc. Moniteur , t. I, p. 510. On trouve dans ce recueil un spécimen curieux de l’exaltation que provoqua cette petite campagne ; on peut s’en faire une idée par les titres : « Protestation et arrêté des gens de la ville de Nantes, du 28 janvier 1789, avant leur départ pour Pennes. — Arrêté des mères , sœurs, épouses et amantes des jeunes citoyens d’Angers, du G février 1789. La pièce ce termine ainsi : <« Nous périrons plutôt que d’abandonner nos amants, nos époux , nos fils et nos frères , préférant la gloire de partager leurs dangers à la sécurité d’une honteuse inaction. » (/r/., p. 541.)

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trente ducs et pairs offrir l’abandon de leurs privilèges pécuniaires; niais les gens de robe restèrent les plus âpres, et luttèrent jusqu’au bout contre tout sacrifice d’argent. Du moins il y avait chez les nobles d’épée un reste de sentiment chevaleresque qui les rendait quelquefois traitables, quand leur vanité était sauve et que ce n’était qu’une affaire d’écus; mais cet orgueil du sang manquait chez les gens de robe : ils n’étaient pas plusgrands seigneurs d’habitudes que d’origine; ils vivaient en hommes d’argent plus qu’en gentilshommes. Ce fut cette noblesse d’écritoire qui se montra la plus sordide dans ses idées de conservation. On l’a vue, en toute occasion, mettre une ardeur effrénée contre toute réforme d’impôt. Tout ministre, fût-il Turgot, Necker, Galonné ou Brienne, qui laissa voir de pareils projets , fut traité en ennemi par lamagistraturc. En face de toute la France levée debout pour les États généraux , le parlement de Besancon s’emporta encore contre l’idée d'imposer les terres nobles : « L’exemption del’impôt, dit-il, a lait partie du prix dans les ventes et dans les partages des familles, et en a augmenté la valeur... On ne pourrait exiger le sacrifice d’une propriété si bien caractérisée, sans en accorder un dédommagement (i). » Puis il argua de la coutume invariablement établie contre la double représentation. Lue ordonnance du roi cassa l’arrêt; et ces

(1) Itéimp. de l’aiie. Moniteur , 1. 1, p. 544

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