‹ Louis 16. et sa courChapitre 19 sur 193 · CHANTRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHANTRE PREMIER

ouvertement ou sourdement contrarié. 11 lui venait de l'opinion du dehors beaucoup d’appui; mais il n’avait pour lui que des individus, si nombreux, si influents qu'ils fussent, et il avait des corps pour adversaires. Pas un de ses collègues, dans le conseil , ne donnait la main à ses travaux. Maurepas n'avait point de position prise contre Turgot en vertu d’une foi contraire à la sienne, car il n’en avait d’aucune sorte; mais il ne trouvait pas son compte à se faire solidaire de changements dont la gloire n’était pas pour lui. Calcul bien naturel chez ce politique octogénaire, si sceptique et si avisé. I«a grande place que tenait Turgot dans l’attention du public et dans les écrits du jour, c’était pour la vanité de Maurepas une sorte d’empiétement sur ses attributions de chef du ministère. On dit que sa susceptibilité minutieuse eut peine à pardonnera Turgot d’avoir disposé seul de l’action du gouvernement pendant les cinq jours qu'avaient duré les troubles. Une circonstance vint pourtant qui fortifia, et du plein gré de Maurepas, le parti de Turgot et des réformes.

Le duc de la Vrillière était resté, dans le conseil, le dernier survivant du ministère de Maupeou. C’était celui de tous peut-être qui s’était le plus usé au service de Ivouis XV; mais, selon sa pratique habituelle, il s’était dérobé à la disgrâce encore une fois; il était en charge depuis près de cinquante ans. Tant de vicissitudes politiques par lesquelles tous ses collègues avaient passé, n’a-

LOUIS XVI HT SA COL»

vaient point atteint la position du duc de la Vrillièro. Avec le département delà maison du roi, il avait en maniement les ressorts les plus secrets de la puissance royale, les mesures d’Etat, les lettres de cachet, lien distribua beaucoup dans cet espace d’un demi-siècle. Il avait vu bien des partis s’éleveret tomber; il avait vu jansénistes et mol inistes se renverser successivement, et sitôt cpie la fortune avait changé , le duc de la Vrillière, toujours ponctuel, ouvrait la Bastille. 11 enfermait, sans s’étonner, ceux-là pour le compte de qui il emprisonnait la veille. Il avait signé des lettres d’exil pour tous ceux qui avaient été ses collègues; l’instant de la chute arrivé, ils étaient habitués à voir entrer la Vrillière avec sa fatale commission. Enfin , ce ministre de la disgrâce finit par avoir son heure aussi. La tournure que prenait le règne nouveau l’étonnait et dérangeait toutes ses vieilles habitudes. *

Malgré tant d’expérience et tant de souplesse , ce doyen des ministres et des courtisans se laissa aller à des murmures, à des signes de mécontentement; il fronda ce qu’il voyait faire. Peut-être s’inquiétait-il sérieusement de voir diminuer le nombre des lettres de cachet, et la Bastille perdre déjà de son importance. Maurepas, qui était son beau-frère , crut avoir fait acte de bon parent en retardant un peu sa chute, et il finit par l’abandonner.

La retraite de la Vrillière faisait une place vide dans le conseil. Le parti qui se formait autour de la reine travailla à s’en emparer; son plan était de porter Sar-

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