‹ Louis 16. et sa courChapitre 25 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Et peut-être aussi les privilégiés entrevoyilient-ils, sous scs ménagements , quelque chose qu’il ne disait pas. Turgol présenta à la fois six édits au Parlement; les deux plus importants concernaient la corvée et les maîtrises. Turgot ne s’abusait pas sur le parti qu’il faudrait prendre pour arriver à l’enregistrement; il savait bien qu’il faudrait en venir à un lit de justice. Comme ses idées repoussaient les prétentions politiques du Parlement, il ne ressentait aucun scrupule à recourir à cet acte d’autorité. 11 se refusa à des pourparlers avec certains magistrats, bien sûr que rien ne sortirait de ces entrevues. Le Parlement ne perdait aucune occasion de lui faire sentir son hostilité directe. Il venait d’instruire tout récemment contre un livre publié par un ami du contrôleur général (i). On y avait dénoncé aussi un écrit de Voltaire ( 2 ), qui n’avait pas trouvé au-dessous de son génie d’éclairer la route aux édits de Turgot. Le Parlement n’en voulut enregistrer que deux, et fit des remontrances sur le reste; mais ce fut particulièrement l’édit sur les corvées qui donna lieu au déchaînement le plus inouï : la mesure touchait les magistrats propriétaires (3). Ces magistrats, tirés de l’exil par l’opinion,

(1) Les Inconvénients des droits féodaux , par M. Boncerf, premier commis des finances.

(2) Sur Y.ibolUion de la corvée.

(3) *• Les parlements étaient aussi intéressés à la conservation des maîtrises par les droits qu’ils prélevaient, et les nombreux procès qui résultaient des conflits et des prétentions confuses des eorpora-

comme les tuteurs des libertés publiques, eurent l’impudeur de dire tout haut « que le peuple en France était taiilablc et corvéable à volonté , et que c’était un article de la constitution qu’il n’était pas au pouvoir du roi de changer. » Après d’itératives remontrances, le roi tint le lit de justice et força l’enregistrement des édits.

M. de Mau repas, quiavaitune plaisanterie pour tous les embarras de la monarchie, avaitdità Turgot : «LeParle- « ment rejettera vos édits; ({lie ferez- vous? — Nous re- « courrons à un lit de justice, répondit le controleur « général. — Vous avez raison, dit l’autre, je n’y pen- « sais pas; le moyen est infaillible. »

Ces résistances multipliées, ces tracasseries pires qu’un revers pour un homme de la trempe de Turgot , atteignaient son aine, mais ne la décourageaient pas. Il n’en fut point de meme de son ami : Maleslierbes aussi , dans le cercle des attribut ions de son emploi, avait tenté et effectué plusieurs réformes. U avait dans son département les lettres de cachet , et il avait réparé et arrêté bien des injustices. On l’avait vu visiter lui-même les prisons d’Etat , et rendre la liberté à une partie de ceux qui y étaient arbitrairement détenus. Il avait proposé d’ôter au ministre la dangereuse faculté d’emprisonner, sur l’exhibition d’une simple lettre decachet, et decom-

tions. La communauté des merciers seule se trouvait en instance pour 199 procès. Quelle perte pour le Palais! et comment ces messieurs ne crieraient- ils pas? {Nouvelles à la main, 18 mars.)

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