‹ Louis 16. et sa courChapitre 27 sur 193 · I.OllS XVI ET SA COUR · texte numérisé non relu

I.OllS XVI ET SA COUR

circonvenu , relira de fatigue sa confiance sitôt épuisée; quand les entretiens du roi et de M. T urgot cessèrent, Maleshcrbes se crut délié delà fidelité comme de l’espérance. Il prit occasion de la première dissidence avec Mau repas sur le compte de Turgot, qu’il défendit avec chaleur, pour demander et obtenir de se retirer. Louis X VI, dont la bouté répondait à la sienne, insista pour qu’il restât ministre , et lui dit ce mot qui marque leur ressemblance à tous les deux : « Que ne puis-je comme vous quitter ma place ! » Ainsi le jeune roi dont le règne s’était ouvert avec tant d’espoir confessait, après deux ans, l’impuissance de sa position. La forte intelligence de Turgot n’aboutissait pas plus à un résultat bon et utile, que la mansuétude de Maleshcrbes, ou la fougue de Saint-Germain.

Iaî ministre de la guerre procédait dans ses réformes autrement que ses deux collègues; il se mit à l’œuvre avec la bâte d’un homme que l’âge presse de réaliser sa pensée. Ce qui l’offusquait dans l’armée, c’étaient surtout les corps d’élite et la maison du roi; aussi est-ce là que d’abord il porta la main. Au mois de décembre ) 775, il supprima les deux somptueuses compagnies de mousquetaires gris et noirs, et la compagnie des grenadiers à cheval. Il allait détruire aussi les gendarmes et les che vau-légers, quand Maurepas et M. de Soubisc, effrayé*» de ce brusque début et compromis d’intérêt dans cette affaire , mirent obstacle à son projet. A cette pre-

C II A P I T il E PREMIER.

inière attaque, qui indiquait un rude parti pris contre les corps militaires à privilèges, ce ne fut qu’un cri parmi les chefs. Maurcpas s’empressa de donner au comte de Saint-Germain un adjoint, qui, partageant la responsabilité de ses actes, pourrait en atténuer la rigueur. Cet adjoint fut le prince de Montbarrey, que Maurepas surnomma le prince héréditaire . Ainsi, le frivole vieillard traitait l’imagination de Saint-Germain comme une reine dont il cherchait à tempérer la fougue, en la menaçant de son héritier.

Mais le prince de Montbarrey n’était guère fait pour réussir dans ce rôle : il nous raconte, dans ses Mémoires, ses relations de société avec le comte de Saint- Germain; s’il donna quelques avis, et si le ministre en tint compte, c’est ce que Monbarrey ne dit pas; on ne voit pas ce qu’il modifia ou empêcha dans les plans de Saint-Germain; sa critique n’est rien cpie le commérage de l’OEil-dc-Bœuf. Il parle en homme de Versailles des formes du comte, de ses manières militaires, provinciales, germaniques, et il ne contrôle sérieusement aucun projet, aucun plan du ministre. Son air rigide, dit-il assez heureusement, imposait aux militaires , (jid viraient plus particuliérement sous sa couleucrine ; mais, d’après ses Mémoires, oii l’on ne reconnaît pas l’homme du métier, habile dans l’administration et dans la guerre, il semble cpie Montbarrey dut mal remplir l’ofïice que lui avait confié Maurepas.

Le comte <le Saint-Germain, après avoir supprimé les grenadiers et les mousquetaires, s’arrêta, contrarié, furieux, devant d’autres corps privilégiés, tels que les che vau-légers, les carabiniers et les gendarmes. Mais comme ce caractère ardent sentait bien le mal d’une administration sans unité, dont le chef n’avait pas une autorité sans conteste, il en souffrit cruellement. Quand il avait travaillé dix heures par jour dans son cabinet, il ne sortait de cette fatigue que pour entrer dans de violentes et souvent légitimes colères contre les résistances qu'il rencontrait à tous les degrés de la hiérarchie. Vieux et la santé délabrée, il s’emportait comme un jeune homme, et ruinait un peu plus sa vie. Sans ces résistances, sans ce chaos de l’ancienne monarchie qui était partout et s’opposait à tout, peut-être aurail-il fait mieux : il y avait des idées justes au fond de ses projets. Frédéric, qui était un maître en ces matières, a écrit qu’il avait de grands et beaux desseins , et déplore qu’on les ait traversés, parce qu’ils eussent obligé à de V exactitude des freluquets chamarrés (i). Ainsi, il se proposait d’abolir tout privilège militaire; il voulait l’égalité pour tous les corps sous les drapeaux; il avait

(I) Frédéric écrit à Voltaire : « M. de Saint-Germain avait de grands et beaux desseins très- avantageux à vos Welches; mais tout le inonde l’a traversé, parce que les réformes qu'il se proposait de faire auraient obligé à une exactitude qui leur répugnait, dix mille fainéants bien chamarres, bien galonnés. » ( OL\u\ de fut taire, t. LXX, p. 384 )

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