‹ Louis 16. et sa courChapitre 28 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

raison, mais c’était avoir trop raison pour le temps. L’activité de son esprit nuisait à sa justesse; cette activité introduisit dans son ministère un mouvement qu’on n’y connaissait pas; souvent aussi le besoin d’action lui faisait faire fausse route : il avait trouvé dans l’armée relâchement, absence de régularité et d’ordre, insouciance du commandement, quand ce n’en était pas le mépris; et, pour remédier à ce mal, le plus grand des maux militaires, il alla d’un trait jusqu’à celte idée allemande des coups de bâton, qui souleva l’armée avec une furie vraiment française. Extrême toujours, lors meme qu’il se modérait, quand il essayait de revenir au point dépassé, il crut faire beaucoup en changeant les coups de bâton en coups de plat de sabre. Tous ces gens d’honneur qui font le gros d’une armée en France n’acceptèrent point la modification; et l’opinion déclara par la bouche d’un grenadier qu il ri y avait de bon dans le sabre (jne le tranchant .

C’est là surtout ce qui lui aliéna l’armée; on le savait intègre (i), capable, il n’avait pas voulu servir contre la France; au fond, le tiers état de l’armée, comme de la nation, lui savait gré de l’égalité qu’il avait tenté d’introduire dans ses rangs, tout en respectant la hiérarchie. Mais, quand on le vit ordonner de frapper du bâton ou du plat du sabre, on oublia tout, et on ne se

(I) 11 avait cassé tous les marchés, d’après l’idée qu'il s’était faite «pie tous les entrepreneurs étaient des fripons.

souvint plus que d’une chose, c’estqu’il avait vécu à l'étranger; de ce jour-là, tout fut fini pour lui dans l’estime publique. Une telle idée lui fit un tort encore plus grand que son projet sur les invalides, qui fut de remplacer par trente-six établissements dans les provinces la fondation de Louis le Grand : ce qui déjà l’avait discrédité. L’opinion, toujours généreuse , s’était levée aux cris de ces vieux soldats mis hors de chez eux , et qui , selon un auteur contemporain, criaient du fond de leurs chariots, (pi ils il avaient plus de père , en passant devant la statue de Louis XIV.

Enfin ce ministre qui avait commencé d’étre impopulaire en blessant le sentiment français, acheva de se perdre par le ridicule; il avait fait souvenir de l’officier allemand, on se souvint bientôt de l’ancien jésuite. Saint-Germain dispersa sur plusieurs points dans les provinces l’école militaire de Paris, ainsi qu’il l’avait fait des invalides; mais, par la plus singulière idée, il donna des hommes d’église pour professeurs à ses jeunes officiers, comme si c’eut été le rêve de toute sa vie de voir le moine mêlé au soldat.

Tout venait donc ébranler le ministère des réformes. Rien ne lui manquait en disgrâces : haine intéressée des parlements, rancune des gens de cour et de finance, inquiétude du clergé et de la noblesse sur la solidité de leurs positions, hostilité des chefs des métiers, frappés dans leurs privilèges, aliénation des classes mêmes pour

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