‹ Louis 16. et sa courChapitre 29 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lesquelles Turgot avait voulu tout faire, et qu’une famine et une sédition sévèrement réprimée avaient retournées contre lui; enfin, les aberrations de son acolyte de la guerre, et, il faut le dire, quelque reflet des exagérations et des ridicules de la secte à laquelle il appartenait. Il ne lui restait plus guère (pic les encouragements des esprits supérieurs. Voltaire l’avait dit : « Ce ministre « fera tant de bien qu'il finira par avoir tout le monde « contre lui. » Il lui écrivait encore : «On m’assure, pour « ma consolation , que vous pouvez compter sur la fer- « metc deSésostris : c’est là mon plus grand souci ( i). » Et en effet, l’inquiétude était bien fondée, le bon vouloir du roi était vaincu ; il n’y avait (pie peu de temps qu’il avait dit encore : « Je vois bien qu’il n’y a ici que « M. Turgot et moi qui aimions le peuple (a). » Cependant, faible comme il était, il abandonnait Turgot, comme il se serait abandonne lui-même . L’estime inerte * cpi’il lui portait n’était pas un bouclier aux traits dont on accablait son ministre. Tous les membres de sa famille, divisés par tant d’intérêts, se liaient étroitement contre Turgot : ils l’attaquaient auprès du roi par des intrigues, et auprès du public par des pamphlets (3).

Maurepas exhalait contre lui, à traits redoublés, sa

(1) ORuv. de Voltaire y t. I.XX.

(2) Monthyon, Ministres des finances , p. 192.

(3) Le pamphlet que Monsieur fit répandre portait ce titre : Songe de M. de Maurepas , ou les Machines du gouvernement français.

veine d'ironie, et s'ingéniait même , dit-on, jusqu'à des manèges odieux, (i). Les autres ministres secondaient Maurepas; Miromesnil, avec sa procédure, harcelait Turgot dans le conseil. Vergennes et Sartines insinuaient qu’il était dévoué et même vendu à l’Angleterre. Il ne communiquait plus avec le roi que par des lettres, et s’était mis, de lui-même, trop à l’écart (2). Un homme considérable d’alors parle d’une dernière entrevue dans laquelle la rudesse de Louis XVI fit contraste avec la noble patience de Turgot ( 3 ) : « Le nombre toujours croissant de mes ennemis, écrit-il, mon isolement absolu, tout m’avertit que je ne tiens plus qu’à un fil. » Enfin, il fut prévenu d'offrir sa démission ; mais il refusad'allcr au-devant de sa disgrâce; il resta à son poste, à la garde de ses idées, tant qu’il le put. Ce fut alors qu’il crut de son devoir de faire entendre aux oreilles de Louis XVI ces fui tes paroles dont le roi dut sc souvenir plus tard : « U11

(I) Dupont de Nemours, dans son édition des Œuvres de Turgot , assure que du secret de la poste l’on portait à Louis XVI des lettres supposées, dirigées contre le contrôleur général; il cite particulièrement une correspondance mensongère attribuée à Turgot , où on lui prêtait des termes injurieux contre la reine, et des expressions quelquefois offensantes pour le roi. OEuvres de Turgot , t. 1, p. 390.

(2 ; Turgot crut apaiser Maurepas en ne travaillant plus avec le roi qu’en sa présence. Mais ces ménagements trop généreux n’eurent d’autre résultat que de faire plus beau jeu à ses ennemis.

(3) Monthyon , Particularités et observations sur les ministres des finances, p. 192. « Leroi, dit-il, témoignait depuis quelque temps à M. Turgot un dégoût , etc **

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