CHAPITRE PREMIER
prince faible, lui dit Turgot, n’a que le choix entre le mousquet de Charles IX et l’échafaud de Charles I er . » Le roi le congédia en des termes durs jusqu’à l’inconvenance (i). Quand Turgot reçut le message, il écrivait une lettre d’affaires; il posa la plume et dit : « Mon successeur la finira. » La nouvelle fut accueillie par les gens de cour avec une joie désordonnée; on s’embrassait; on se complimentait à l’OEil-de-Bœuf : ce panégyrique en valait un autre (2). Maurepas lui écrivit d’hypocrites doléances : « Je 111e retire, lui répondit Turgot, sans me reprocher de faiblesse ni fie fausseté. »
C’est un nom resté imposant que celui de ce penseur, un instant ministre, cpii porta dans le pouvoir du caractère, de l’étendue d’esprit et du cœur ; alliance précieuse et rare! Et pourtant ne sent-on pas qu’un grand homme de gouvernement n’était point là? Que fallait-il donc de plus à Turgot? Quelques défauts peut-être, de de ces passions qui sont des forces, de l’ambition à côté de ses vertus. En portant toute sa vie moins haut, il eut été plus utile au monde ; il faudrait savoir descendre et se garantir parfois de trop de perfection. Cette aine désintéressée n’avait que la passion de la science et du bien. Mais , pour se maintenir contre des forces ennemies, il fallait aimer le pouvoir; Turgot ne l’aimait pas et s’en défiait. Il fallait se prêter à bien des misères,
(1) Monthyon, ibid . , p. 192.
(2) Dupont de Nemours, Ot'uv. de Turgot , 1. 1, Notice