I-OIJIS XVI ET SA COU H
condescendre à de l'habileté, regarder aux moindres ressorts qui font mouvoir les hommes. Faute de cela, Turgot indisposait les hommes et manquait les affaires. Tout ce qu’il voyait à Versailles blessait sa vue, et sa belle figure en avait gardé le pli du dédain ( i ). 11 s’en détournait pour le commerce des idées; il ne croyait à nulle puissance que celledujustcetdü vrai. Citons ces parolesoii l’homme se révèle : « Ce que j’adinire, disait-il dans Christophe Colomb, ce n’est pas d’avoir découvert un monde, c'est d’être parti pour le chercher, sur la foi d’une idée. » Lui aussi, il avait pressenti un monde, et il faut l'admirer d’être parti ; mais ce n’est pas la même chose, pour l’histoire, que de partir et d’arriver.
chute de Turgot surprit en Europe les grandes intelligences, (pii lui étaient restées fidèles : Frédéric lui donna d’énergiques regrets. Le vieux Voltaire exprima les siens avec l’éclat d’une douleur juvénile : « Ah! s’ccria-t-il , quelle funeste nouvelle j’apprends! La France aurait été trop heureuse ! que deviendronsnous?... Je suis atterré... nous ne nous consolerons jamais d’avoir vu naître et périr l’àge d’or... Je ne vois plus que la mort devant moi depuis que M. Turgot est hors de place... ce coup de foudre m’est tombé sur la cervelle et sur le cœur (a).
(1) Mémoires de Morellet , t. II, p. 237. — Corr. de la Harpe , t. III, p. 211 et suiv. — Mém. de Marmontel , t. II, p. 203.
(2) Œuvres de f affaire, t. LXX, p. 0-1.