CHAPITRE I
Ministère «le Clugny. — Entrée de Neckeraux affaires; son caractère, ses réformes d’administration et de finance. — Commencement d’opjiosition de la <‘our, d«>s parlements, de la noblesse et du clergé. — Institution des assemblées provinciales. — L’opposition grandit contre Necker; il est soutenu par les gens de lettres et les classes moyennes. — Publication du Compte rendu. — Déchaînement «les parlements et «le. la cour contre le ministre; sa démission, sa popularité; haute estime dont il jouit en Europe. — Soulèvement des colonies anglaises, révolte «le Boston; combats «le Lexington, de Brunker’shill, etc., etc. — Premier congrès : déclaration des droits. — Évacuation de Boston par les Anglais. — Deuxième congrès : déclaration d’indépendance. — Franklin à Paris. — Traité de commerce et d’alliance «le la France avec l’Amérique. — Joseph II «à Paris. — Retour et triomphe de Voltaire.
Après Turgot, ce qui devait arriver, c’était une tentative de réaction. Clugny, obscur intendant de bordeaux , fut nommé contrôleur général ; il était de ces hommes qui n’ont d’existence que par les passions qu’ils veulent servir, un de ces dociles instruments de réaction, dont toute l’intelligence consiste à prendre un contrepied pour un système. Clugny se hâta de suspendre l’édit sur les corvées. 11 releva l’établissement des jurandes et maîtrises; il y avait toutefois des abus qui avaient tant frappe* les yeux, quand Turgot les avait signalés , que le
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nouveau controleur général n’osa pas les replacer sous le couvert de la loi ( i). Dans ce vaste détail de finance et d’administration , touché par son prédécesseur, Clugny fut presque aussi actif à détruire que Turgot l’avait été à créer, sans se préoccuper pourtant de mettre dans ses actes l’unité de vue d’un administrateur. Cette réforme hâtive ne fit qu’apporter au régime antérieur quelques incohérences de plus. Il n’eut pas même le mérite hrutal de tout détruire; faisant plus mal parfois que de casser les dispositions de Turgot , il les laissait tomber en désuétude. Parla, il introduisait la contradiction dans les lois, et il en autorisait le mépris. Le discrédit atteignit le roi lui-même, le jour où le conseil mit en question de révoquer les édits qu’iui mois auparavant ce roi avait solennellement commandé d’enregistrer en plein lit de justice : « Nul besoin, dit un historien, ne forçait « Louis XVI à s’humilier ainsi devant le Parlement. » Nous ne savons pas bien quelles circonstances pourraient jamais créer ce besoin pour les hommes de gouvernement; car la dignité humaine est une si grande force, qu’il est encore plus nécessaire au pouvoir qu’à la conscience de préserver sa fierté.
(1) « Les jurandes, dit Dupont de Nemours, ne reprirent qu'une « existence passagère; plusieurs communautés furent réunies, ce « qui diminua le nombre dfs procès. La plupart des formalités des * apprentissages, compagnonnages, des chefs-d’œuvre, restèrent « abolis. T /entrée des arts , déclarée libre par ledit de Turgot de 1 77f>, « fut rendue plus facile. »> {Œuvres de Turgot, t. I, p 370. )