‹ Louis 16. et sa courChapitre 33 sur 193 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L’esprit public cependant parut s’inquiéter en voyant périr les réformes qu’il avait mal encouragées; le crédit tomba , et cette défiance , les procédés inconséquents de Clugny durent l’augmenter encore. Tandis qu’il conservait cette caisse d’escompte créée par Turgot, on le vit, financier sans portée comme sans principes, fonder un aytre genre d’établissement, de nature à contraster avec le premier : il institua la loterie ; déjà le gouvernement avait fermé les yeux sur plusieurs loteries particulières qui s’étaient établies sous d’hypocrites prétextes de bienfaisance. Ainsi le gouvernement descendit jusqu’à l’emploi d’une telle ressource. Il ne craignit pas d’organiser à son profit le but qu’il offrait à de mauvaises passions. C’était plus que leur tendre la main, c’était les exciter; c’était plus que mendier, c’était séduire. Du reste, cette fondation, qui donna à l’administration de Clugny un caractère d’immoralité qu’aurait du repousser le religieux Louis XVI , est le seul acte appartenant réellement à l’ancien intendant de Bordeaux.

En effet, le rétablissement des jurandes et maîtrises, la suspension de l’édit sur les corvées, qui fit versera Turgot d’assez nobles larmes , toute cette partie négative de son ministère, Clugny n’en fut que le titulaire honteux : ces actes appartenaient à la réaction, dont il était plus le serviteur cpie le représentant. Un écrivain l’a comparé à l’abbé Terray; mais la dureté de Terray était Pappcsantissement d’une main despotique , et valait encore mieux que

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le déréglement d’un homme dont l'administration a été caractérisée par ces mots : « Quatre mois de pillage « dont le roi seul ne savait rien : i) ». Aussi, malgré le mouvement qui l’avait porté au pouvoir, fut-il bientôt menacé d’une disgrâce. M. de Mau repas , qui lui avait d ’abord tendu gracieusement cette main qu’il donnait et qu’il ôtait avec une égale légèreté, al lait le sacrifier, quand une maladie l’emporta ; ce fut alors qu’on se préoccupa dUm successeur dont les procédés fussent meilleurs que ceux de Clugny et différents de ceux de Turgot. Monsieur, cpti, prince, avait des créatures, comme roi, plus tard, il eut des favoris, Monsieur s’efforça de faire élever au contrôle général un des intendants de sa maison. Mais Mau repas ne se prêta point «à ses vues; il lui convenait peu , à lui- dont l’autorité était si facilement inquiétée , de satisfaire les besoins d’influence de Monsieur. D’ailleurs un homme qui avait du crédit sur l’esprit ennuyé deMaurepas, lui parlait depuis longtemps du financier Ncckcr, comme de Tunique tête qu’il y eût en France au niveau de la situation.

Cet homme, qui s’intéressait tant à l’avenir de M. Necker, était le marquis tle Pezai; il fut le véritable et secret agent de sa fortune politique. Le marquis de Przai, d’une naissance fort obscure, était un intrigant, plein de ressources, de mouvement, de prestiges, ca-

(I) Mém. de Marmonte/ , t. Il, p. 204.

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