CHAI* 1 1 H H H
aggravée Clugny. Mais cette position, si compromise quelle lut, ne paraissait pas sans ressource. Il y avait déficit annuel, très-malaisé à constater d’une manière précise; mais toujours est-il que l’on ne marchait qu’en couvrant les anticipations par des anticipations nouvelles. Ce déficit , c’était en vain que l’abbé Terray et Turgot l’avaient diminué, chacun «à sa manière. Glugny, le réactionnaire, était venu, qui l’avait creusé de nouveau : voilà ce que Necker avait à réparer. Il fallait, de plus, trouver de l’argent pour une guerre qui allait en coûter immensément; car c’était une guerre, non pour une province, non pour un tarif de douanes, mais pour l’indépendance d’un peuple, une si forte dépense politique pour les gouvernements, qu’à présent on ne s’en charge plus.
Il n’y avait pas de prétexte à une augmentation d’impôts : mesure dangereuse dont Turgot n’avait pas voulu se servir; le Parlement, d’ailleurs, les pays d’Etat, y eussent fait la plus forte résistance, et sans eux que pouvait le ministre? Un lit de justice? Personne n’en voulait , et surtout Mau repas, dont la légèreté n’allait pas jusqu’aux innovations, et à qui l’inquiétude pourson fragile pouvoir faisait une espèce de prudence. De plus, le clergé était hostile à Necker, pareequ’il était protestant, et allait mettre certainement son influence contre les mesures du ministre : telles étaient les difficultés de la situation.
Mais si grandes qu'elles fussent , Necker les aborda
sans faillir et d’emblée ; son système différa de celui de Turgot.Ce dernier avait reculé devant l’emprunt aussi bien que devant l’augmentation d’impôt. Necker, lui,
pensa que l’emprunt seul sauverait l’Etat de toute imposition nouvelle. Il admirait le crédit public anglais , mais il l’avait étudié peut-être trop superficiellement dans un voyage qu’il venait de faire en Angleterre. Quoi qu’il en soit, il y tendait : c’était intelligent et juste : Necker avait l’esprit essentiellement moderne; il ne vit pas probablement dès cette époque jusqu’où irait l’opinion publique , niais il la traita avec respect , et s’appuya sur elle comme sur une force qu’il croyait pouvoir diriger. Aussi tous les hommes de ce temps qui prenaient la mode de leurs coteries , les préjugés de leurs corporations pour le grand fait de l’opinion publique, au déclin de cette monarchie expirante , condamnèrent-ils Necker sans hésiter. Sa façon résolue d’ouvrir l’emprunt effraya les esprits sans portée, qui bornaient la théorie de l’emprunt à des pratiques plus ou moins ingénieuses, et surtout au gage matériel sur lequel on pouvait l’asseoir (i). Emprunter pour ne pas imposer , disaient les plus forts, c'est grever les générations futures du capital et les générations présentes de V intérêt. Mirabeau lui-même, malgré la rectitude de son grand esprit, jugeant plus tard le système de
(I) Mém. Inst, et politique du règne de Louis XV P t. IV,