CHAPITRE II
l’intrépide financier que rien n’avait arrêté, quand il avait promulgué et appliqué son système d’emprunt. C’est que le financier était fort, c’est qu’il voyait juste, tandis que l’homme politique était faible, et ne discernait pas très-bien ce qu’il voyait. Un réformateur, pour réussir, ne doit pas avoir peur de sa réforme, et Nccker eut l’air d’avoir peur de la sienne. On le vil l’opérer par parties, par tronçons, pour ainsi dire, la risquant là, n’osant pas la risquer ici, comme si des réformes étaient des essais et non plus des résultats! Il espérait qu’accomplie sur un point, cette réforme rallierait l’opinion des autres provinces, qui la demanderaient au lieu de la subir. Les premières assemblées provinciales instituées par Necker furent celles du Berri et de la haute Guienne. Elles eurent pour résultat immédiat l’abolition des corvées et la répartition plus équitable des impôts ( i ) . C’étaient là des biens sans nul doute; mais des avantages de cette nature n’étaient-ils pas déplorablcinent compensés par le désavantage politique des assemblées?
Ainsi Necker justifiait le mot qu’il avait dit d’abord à Louis XVI, ((lie s’il fallait un Richelieu pour rétablir les affaires, il ne pourrait les rétablir. En effet, il était si peu un Richelieu, qu’il relevait les ruines que Richelieu avait faites. Il était évident que ces assemblées étaient instituées de manière à pouvoir être un jour in-
(I) (V'ur. rlc Necker. Notice, par A. de Staël, t. I, p. XCV.