‹ Louis 16. et sa courChapitre 67 sur 193 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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sans voir l’ennemi ; il fallait aller le clierclicr. Dans les circonstances d’alors, il n’était pas permis à un homme de tête et de cœur de rentrer sans avoir fait voir le feu à son pavillon. Si d’Orvilliers avait été un officier d’action et de coup d’œil, il n’aurait pas manqué de tenter une expédition sur quelque point de l’Angleterre , et probablement il eût réussi : car l’Angleterre, comme un homme qui s’attend à être attaqué de plusieurs cotés h la fois, ne savait oii porter les mains pour se défendre. Cette résistance inaccoutumée qu’elle avait trouvée à Oucssant , cette ligne de vaisseaux aussi beaux que les siens, l’avaient troublée. Il aurait été habile de profiter de cet éblouissement, bientôt dissipé ; d’Orvilliers ne le tenta même pas. Sans une heureuse croisière du chevalier de Fabri, sorti de Toulon à la tête de quatre navires , et plusieurs combats de Kersaint, le cabinet de Versailles n’aurait retiré de cette expédition que la honte de T avoir manquée avec toutes les chances de réussir.

Et ce fut une raison , sans doute , pour qu’on portât une vue plus inquiète sur l’arrivée de d’Estaing en Amérique et sur ses premières opérations. Les préoccupations de la France entière l’avaient suivi à travers les mers. D’Estaing n’était point un marin méthodique a la manière de d’Orvilliers. C’était un homme énergique et fier, d’une valeur bouillante, officier de terre d’abord, qui s’élaitlout à coup découvert marin, par une illumination singulière, en naviguant sur un vaisseau qui le

conduisait clans les Indes (i). Aucune initiation lente et graduée ne l’avait annoncé; sorti de la mer, pour ainsi dire , il avait débuté par détruire un comptoir anglais dans le golfe de Perse , et depuis , il avait causé de grands dommages aux établissements britanniques, à Sumatra, à Ceylan , à Coromandel , au Malabar. 11 y avait en lui un mélange romanesque de gentilhomme et de pirate; mais ce qui y dominait , et surtout dans sa manière de faire la guerre, c’était le forban; il pillait et ravageait avec fureur. Dès 1763, il avait été nommé lieutenant général des armées navales. Quand il partit de Toulon pour l’Amérique, en 1778, il avait presque tous ses officiers contre lui : aristocratie militaire qui ne pouvait pas aimer un chef lancé si vite aux premiers grades, un chef qui avait pris pour conseil et pour favori un simple officier bleu, ancien capitaine de brûlots des cotes de Bretagne (2), qu’il créa lieutenant de son bord.

Celte malveillance pouvait nuire au succès de l’expédition; mais d’Estaingen triompha assez heureusement ; car s’il était impérieux et hautain, il y avait une franchise pleine de grandeur dans sa domination et du bon goût dans sa fierté. Tel était le marin qu’on avait choisi

(1) Voir Y Espion anglais , t. IX, p. 39.

( 2 ) Il s’appelait Mau ff, était de Saint-Malo, et justifiait, dit une relatiou du temps, par son expérience de la mer la préférence de d’Estaing. V irf., p. 38.

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