CHAPITRE III
peuple. A présent il s’agit de l’honneur et des intérêts français. Le cabinet l’avait compris quand il dirigeait, dans ses instructions, le comte de Grasse vers les Antilles? Du reste, il importait plus que jamais de présenter une mine Hère à l’ennemi, car nous allions être exposés à partager moins le poids des défaites. La France avait toujours, il est vrai, les Espagnols et les Hollandais pour amis; les Espagnols, qui s’étaient emparés de la Floride occidentale, sous le commandement de Solano; les Hollandais, qui, en 1781, avaient soutenu contre Hydc-Parker un combat digne de Ruyter et des plus beaux jours de la République ; mais ils n’étaient entraînés , soutenus que par nous. On l’avait bien vu déjà ; on le vit encore au siège de Minorque et du fort Saint-Philippe. C’était un Français qui commandait quoiqu’il y eût là dix mille Espagnols et seulement quatre mille Français. Sans les faits d’armes de ce Crillon digne de son ancêtre, et dont l’exemple unit si bien les Français et les Espagnols (1), on peut douter que le fort Saint-Philippe, si héroïquement défendu par les Anglais, eût été pris. L’opinion fit surtout honneur de ce triomphe à la France , car nous étions l’aine de cette guerre , et c’était réellement entre nous et l’Angleterre que la lutte était engagée , en de-
( 1 ) Crillon monta à l’assaut et y planta lui-même le premier drapeau. O11 lui reprocha d'avoir été trop grenadier dans cette brillante affaire; il répondit : J’ai voulu rendre mes Espagnols tout Français , afin quun ne s’aperçût pas qu’il y a ici deux nations.