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été la disgrâce et le renvoi dcM. Necker. Plus qu’aucun autre ministre, Vergennes avait, indisposé Louis XYI contre l'homme qui Pavait si bien servi. Attaché aux idées de la vieille monarchie , parce qu’il n’en avait pas d’autres, Vergennes avait eu Part d’inquiéter I>ouis XVI sur l’indépendance de son pouvoir, menacé par l’esprit réformateur de Necker ; il avait rédigé un long mémoire à ce sujet, et il avait adroitement donné à son hostilité jalouse des formes modérées et décentes. Necker tombé, le comte de Vergennes, auquel personne, dans le ministère, ne portait ombrage, et à qui le manque d’hommes influents dignes d’y entrer donnait une grande sécurité , se détourna de l’administration intérieure, pour laquelle il n’était pas fait, et laissa son collègue Hue de Miromesnil désigner un successeur à l’illustre disgracié de Saint-Ouen.
De tels spectacles étaient bien de nature à faire prendre en pitié un gouvernement. On disgraciait un homme merveilleusement entendu aux finances, et on le remplaçait par un magistrat choisi par un garde des sceaux. Et qu’était-ce encore que ce garde des sceaux ? Un homme inactif et médiocre, qui avait fait de l’inaction une sorte de théorie ministérielle à laquelle il conformait sa conduite. Le choix de Miromesnil tomba sur Joly de Fleury ; il se lia ta de le placer aux finances, de peur que ce conseiller d’Etat , à qui on avait déjà , sous le règne précédent, proposé un ministère, ne lui enlevât
un jour les sceaux. Fleury, qui avait assez d’esprit pour se reconnaître incapable en finances, et dont les projets d’ambition n’étaient pas tournés de ce côté, montra d’abord peu d’empressement à accepter. Mais Maurepas lui parla, et le pressa au nom du roi; le Parlement , d’un autre côté, l’encourageait sous main, et lui promettait pour ses opérations une grande condescendance (i). Fleury céda à des instances ainsi exprimées; mais il ne prit point le titre de contrôleur général, il ne demeura point à l’hôtel du contrôle , voulant marquer par là qu’il ne prenait cette voie que pour une traversée vers un autre but qui lui convenait mieux.
Ses idées, du reste, étaient fort simples : elles consistaient à ruiner ou à délaisser les meilleurs établissements de Necker. Ainsi, les tentatives de Necker, comme celles deTurgot, devaient être suivies des plus ignorantes réactions. Fleury était plus grave, il est vrai, dans un si grand poste, que ne l’était Clugny; mais il était encore plus étranger aux procédés de la finance que l’ancien intendant de Bordeaux. Il s’attacha aux vieux usages, nonseulement parce qu’il n’avait pas d’idées à lui, et qu’en finances on n’iinprovise pas; mais aussi parce que telles étaient les tendances de ses parrains ministériels, IIuc de Miroinesnil et Vergennes. Il fallut en revenir à l’augmentation d’impôts, ce moyen financier facile et bar-
(I ) Ministres des finances de France, par M. de Monthyon , page 270.
CHAIMTUF. III.
barc. On appesantit les charges publiques, et sans y apporter cette précaution, cette réserve, qui devraient accompagner toujours de pareilles opérations. Trente millions arrivèrent au trésor, mais on ne les trouva qu’en forçant tous les systèmes de taxation connus jusqu’alors.
Ces mesures fiscales ne tinrent compte d’aucune différence de province, ne firent « aucune distinction de ce qui était déjà excessif ou de ce qui pouvait être exhaussé (i). »
Joly de Fleury administra à la manière turque; tout ce qui rappelait les anciennes formes du pouvoir absolu plaisait à ce ministre. La France sentit douloureusement ce changement demain directrice; mais le Parlement se s<*para de l’opinion publique, en mettant une reconnaissance docile aux ordres de Joly de Fleury. Il enregistra sans hésiter toutes les mesures que le contrôleur général soumit à sa sanction. 11 se rappelait que ce ministre lui appartenait par ses alliances, et surtout que le premier de ses actes avait été dirigé contre les assemblées provinciales. Il y eut cependant des parlements de province (pii opposèrent beaucoup de fermeté aux actes du ministre , et qui n’y souscrivirent que forcés et à la dernière extrémité. On cite le parlement de Besançon, qui n’entendit enregistrer le troisième vingtième, que l’on établit alors, que pour la durée de la guerre (6 dé- '
(1} Mouthyon, Ministres des finances, p. 271.
ccinbrc 1782). On cassa ses arretés; le roi les fit apporter h Versailles par une députation, et biffer solennellement en sa présence. Mais tout ce bruit se termina par des concessions mutuelles, par ces transactions que les pouvoirs politiques affaiblis estiment être de l’habileté.
Ces résistances de plusieurs parlements firent voir que la réaction provoquée par Miromesnil et Ycrgennes, était encore plus politique qu’administrative. Dans ce long débat qui eut lieu entre le parlement de Besançon et le ministère, on fit dire au roi, dans son discours à la députat ion : « Que tout ce qui se faisait en son nom se faisait par ses ordres . » Après ce premier pas dans la doctrine de la suprématie ministérielle, on voulut en essayer un second , en exigeant des députés de Bretagne une autorisation du gouverneur de la province pour surveiller les intérêts de leur état à la cour. C’était, selon les hommes de Bretagne, une atteinte h leur prérogative; et ils écrivirent à Louis XVI une lettre qu’Amelot refusa de placer sous les yeux du roi. Les esprits étaient tellement irrités de part et d’autre, que des troupes entrèrent à Rennes, l’arme au bras, ce qui était une violation nouvelle et plus flagrante du droit de la province, et qu’il fallut corrompre les gentilshommes pauvres pour avoir la majorité aux Etats.
Ainsi, et de pareils actes le disaient assez , toute la question pour les hommes du gouvernement était une question de pouvoir absolu, une question de couronne et
ru ai* mue in.
non d’État. L’esprit monarchique se défendait, mais il se défendait en blessant la France. Louis XVI laissait faire ses ministres, croyant sans doute, selon l’idée traditionnelle dans sa maison, que restituer violemment au roi un pouvoir qui s’échappait de plus en plus constituait de grands avantages au royaume. Avec cette fainéantise de bonne conscience qui le faisait s’endormir au sein des meilleures intentions, il supportait cette augmentation d’impôt comme une nécessité attachée au recouvrement de son pouvoir. Il aurait pu juger combien diffèrent l’incapacité et l’aptitude, quand il vit Joly de Fleury, malgré les garanties offertes aux prêteurs par l’augmentation forcée des revenus, emprunter à des intérêts bien plus élevés qucM. Necker. Mais ce qui était, aux yeux de Louis XVI, d’une plus sérieuse considération , c’était le raffermissement de son autorité , que ses conseillers accusaient Necker et Turgot d’avoir compromise. Vergennes, dont l’ambition empiétait de jour en jour, était un de ceux qui l’entretenaient le plus dans ces illusions funestes. Aussi, quand les préliminaires de la paix furent signés , le roi le nomma chef du conseil des finances, et le gratifia d’une pension de soixante mille I ivres. Vergennes composa ce conseil du garde des sceaux, Miromesnil, et du contrôleur général. Pour arriver à cette création dont il avait longtemps nourri la pensée, il s’était rapproché assez cauteleusement de la reine, et avait donné l’ambassade d’Angleterre au comte
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d’Adhémar, un tics favoris de Trianon. Nonobstant toutes les finesses d’une intrigue qui fait peu d’honneur à Vergennes, le conseil créé fut bientôt supprimé, car les maréchaux de Ségur et Castries murmurèrent de se trouver dans un rapport de subordination vis-à-vis de Vergennes. I m diplomate, embarrassé de sa nouvelle position, plia son ambition à la circonstance et céda; mais ce fut une raison de plus pour Louis XVI de faire estime d’un homme qui savait se sacrifier à propos, et qui ne le forçait pas à lutter contre les résistances de sa cour.
Ainsi , Vergennes s’affermissait plus que jamais dans l’esprit du roi ; Joly de Fleury prenait ses ordres pour la finance, et n’était qu’un commis dont l’ignorance se soumettait à la sienne. Ils firent de telles fautes, qu’à la fin , celui des deux qui répondait officiellement des décisions de l’autre dut tomber. Ils autorisèrent le trésor à suspendre le payement des lettres de change qui venaient des colonies : c’était la ruine de ceux qui avaient avancé des fonds pour la guerre. Mais ce ne fut pas tout : la signature d’un pareil acte appartenait à M. de Castries, le ministre de la marine; on signa pour lui et sans le prévenir. Castries blessé éleva la voix justement. Fleury osa lui répondre par un mensonge odieux : il parla de déprédations ( i ). Un cri universel s’éleva contre cette calomnie,' et l’indignation fut si grande que Ver-
Ci) Vois Proz, Histoire de Louis A 1 7, t. I, p. 3Ü2.