‹ Louis 16. et sa courChapitre 96 sur 193 · CH AI» IT U E III · texte numérisé non relu

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gennes , compromis , retira sa main à sa créature , qui tomba. Fleury fut forcé de se démettre. On l’avait placé au pouvoir malgré lui ; on y avait administré pour lui et sous son nom, et on le laissa tomber sans plus de scrupules.

Après Fleury, il fallait un homme qui eût la même soumission Imx plans de Vergennes et de Miromesnil. Le garde des sceaux, qui n’avait jamais tant agi dans sa vie, découvrit M. d’Ormesson. C’était un très-jeune conseiller d’État, neveu d’une femme (i) liée de cœur avec M. de Miromesnil, et bien digne par là de devenir contrôleur général dans une monarchie où les hommes ont dû si souvent leur fortune politique aux femmes. Nous n’insistons sur ce détail intime que pour mieux montrer la gravité des hommes chargés de la conduite du royaume. On a beaucoup parlé de la probité de d’Ormesson; mais c’était une probité sans force, comme celle de Louis XVI, vertu délicate, mais qui ne savait ni se préserver ni se défendre. Quant à sa capacité, elle était nulle : un contemporain, M. de Monthyon , qui s’est exprimé sur son compte avec bienveillance (a), dit « qu’il avait la tête étroite et qu’il voyait les affaires sous les plus petits rapports. » Il refusa longtemps la place qu’on lui offrit, objectant sa jeunesse, s’objectant lui -même. Mais consciencieux dans un premier refus ,

(1) Voir M. de Monthyon, Ministres des finances , p. 272.

(2} Idem, ibid.

la conscience lui manqua dès que la persévérance fut nécessaire. Louis XVI lui dit pour le décider : Je suis plus jeune (pic vous , et ma place est plus difficile (pie la votre. En effet, mais c’était là une ironie cruelle dont le malheureux roi se frappait lui-même.

L’un des traits qui honorèrent la courte administration de d’Ormesson fut son refus de payer les dettes de

Monsieur et du comte d’Artois avec les deniers de l’Etat. Il n’ajouta pas du moins cet abus à tous les autres qu’il consacrait. Il s’éleva aussi contre un engagement de Louis XYI qui avait promis d’acheter, pour quatorze millions, Rambouillet au duc de Penthièvre. Il menaça d’envoyer sa démission, et s’il céda, ce fut un malheur pour sa dignité, car il devait tomber de moins haut. Lui, qui ne pouvait succomber grandement sur un système, ne pouvait périr avec honneur que sur une question de droiture et d’intégrité; et peut-être qu’il le comprenait. Mais, comme M. de Maurepas, il se laissait guider par sa femme; elle avait plus d’autorité sur lui que sa conscience même; et elle le condamna à rester ministre. C’était le dévouer aux moqueries de toute la France. En effet, peu d’hommes publics se virent l’objet de la dérision universelle autant que d’Ormesson (i);

(1) On cite comme exemple cette plaisante facétie qui fut variée de cent manières. — Voulez-vous venir dîner chez moi ? j’ai un très-mauvais cuisinier, mais c'est un bien honnête homme. — J’ai un cheval fougueux ; je cherche pour le dompter un palefrenier plein de probité, etc.

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