CHAPITRE III
mais ces railleries étaient ajustées de manière à l’atteindre moins cruellement que ceux qui l’avaient choisi.
Quand d’Ormcsson arriva au ministère, il se mit à l’œuvre avec l’intention d’étudier au moins le département qu’il avait «à gouverner; mais tout ce travail fut inutile, car sa tète n’était pas de force à embrasser mille combinaisons difficiles, la manutention des finances d’un grand État obéré. Ses emprunts , basés sur des loteries, devinrent plus durs que ceux de Fleury, déjà si chargés d’intérêt. Pendant les quelques mois d’une administration trop longue encore, il fit des fautes de toute nature. Ceux qui lui sont le plus favorables allèguent qu’il perdit la tête au milieu du détail infini qui accablait son inexpérience; humiliante manière de le justifier! Toujours est-il que ses derniers actes furent marqués d’un caractère de témérité qui approchait de la démence. On y sent l’homme effaré et qui va à l’abîme par le plus court chemin. Il obligea la caisse d’escompte à verser six millions au trésor; et quoiqu’il eût recommandé le secret, ce qu’il était facile de prévoir ne manqua pas d’arriver : par un coup monté, disent les uns (i), fort naturellement, disent les autres, l’alarme sc répandit;
(t) Soulavie prétend que ce fut un coup monté par quelqu’un dont il tait le nom; mais cette insinuation ne peut être comptée comme un fait historique , et d’ailleurs il était impossible que l’imprudente opération du controleur général restât ignorée du public. \o\r Me ni. polit, et hist.y t IV, p. 271 .
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mais, en présence de cette crise qu’il avait provoquée, il agit de manière à en augmenter les périls : il autorisa la caisse d’escompte à suspendre le payement en argent des billets au-dessus de trois cents livres , et voulut , par le meme arrêt, leur donner un cours forcé dans le commerce. C’était jeter violemment le désordre au sein des relations commerciales. Il donna pour pendant à cette mesure un autre arrêt aussi imprévu, aussi imprudent : il cessa le bail des fermes, en vue de l’établissement d’une régie; ce qui souleva enfin contre lui une de ces oppositions que les grandes fautes excitent de même que les grands talents. Les hommes qui avaient abattu TurgotetNecker furent encore ceux qui précipitèrent d’Ormesson; rien n’est plus triste que cette parité de haine frappant des hommes si différents.
Un seul fait leur était commun , c’était la faculté de se rendre hostiles tous ces courtisans faméliques de pensions, de luxe et d’abus , qui regardaient le contrôleur général comme le surintendant de leur maison. D’Orinesson n’opposait pointa leurs avides instances ce calme souverain du devoir qui distinguait Turgot, ou l’esprit d’ordre persévérant de Necker; mais il leur opposa, quoique faible, assez d’honnêteté pour s’en faire de redoutables ennemis. Ils se vengeaient de son intégrité sur son ignorante et mauvaise administration. C’était un déchaînement de plaisanteries contre lesquelles il ne se montrait pas assez grand par le talent ou par le caractère