CHAPITRE III
pour résister. Le ridicule l’atteignait , parce qu’il était bien à son niveau. Quand il eut contre lui l’opinion révoltée par son scandale de la caisse d’escompte , et que Vergennes se fut brouillé, à propos d’une intrigue, avec Miromesnil, d’Ormesson sentit le terrain lui manquer. Il resta fidèle à Miromesnil, son protecteur, mais il cessa d’être ministre. M. de Vergennes, qui savait, en sa qualité de diplomate, mystifier poliment un homme disgracié , alla lui faire une visite en personne pour lui apprendre son renvoi.
Tel fut le passage de M. d’Ormesson aux finances. Il f les avait rendues un peu plus troubles, un peu plus confuses qu’elles ne l’étaient même du temps de son prédécesseur Fleury. Ces sept mois d’une administration impuissante montraient suffisamment la folie qu’il y aurait à aller plus loin dans les idées du passé. La guerre finissait heureusement : les dépenses allaient donc être moindres; mais la situation était tellement chargée, qu’une guerre éteinte sur trois points différents, en Amérique , aux Indes et aux Antilles, ne les dégrevait pas d’une manière sensible. Comme Neeker, du fond de sa retraite, aurait pu, s’il n’eût été une a me élevée, jouir des embarras de ces hommes qui l’avaient renvoyé ! Qu’allait-on devenir en ces circonstances? Quel successeur donnera l’honnête jeune homme dont la probité n’avait pas suffi? Il n’y avait réellement pas de tête digne de l’emploi resté vacant. On parlait de Loménie de Brienne :
c’était un de ces hommes d’esprit qui sont redoutables aux affaires parce qu’ils croient les deviner. Foulon aussi était désigne au choix du monarque : intendant qui disait cyniquement que la banqueroute était une libération légitime de l’État. Ni l’un ni l’autre ne plaisait à Louis XVI et ne tentait son choix. 11 devait tomber sur un homme plus dangereux peut-être , car il réunissait la foi qui s’aveugle à la duplicité qui trompe, et il connaissait la magic funeste de jeter sur les autres le sort de ses propres illusions.
Avant la nomination de M. de Galonné, un homme de bien, M. de Castrics, parla longuement au roi de la nécessité de rappeler Necker au ministère ; mais le nuage souillé par la haine envieuse de Vergennes sur l’esprit du roi ne put être dissipé. Louis XVI n’avait pas ce qui rend capable de la rigueur d’un refus , mais il savait éconduire, en se refermant sur lui-même. Cette répulsion qu’il opposa à Castrics , au moment où les besoins delà situation rappelaient si haut M. Necker, Louis XVI l’avait déjà montrée, en 1780, aux hommes qui devaient pourtant ,à ce qu’il semble, avoir le plus d’autorité sur son esprit. Le clergé , dans ses assemblées , depuis 1745, avait trahi beaucoup d’épouvante, en voyant s’élever et s’étendre le progrès des doctrines philosophiques. Tous les cinq ans revenaient officiellement les mêmes plaintes, mais en 1780 elles furent plus expressives que jamais , et il s’y mêla des instances que