MARGUERITE, JOINVILLE
MARGUERITE
Mais, Joinville, quel Dieu guide vos pas vers moi? Que venez-vous m’apprendre? Ah ! parlez ; votre roi.. Du sort de mon époux daignez , daignez m’instruire. Expliquez-vous, de grâce, ou devant vous j’expire.
JOINVILLE
Eh bien, il faut parler; grand Dieu ! qu’exigez-vous? Vous n’avez plus de fils , vous n’avez plus d’époux. MARGUERITE.
Ciel !...
JOINVILLE
J’ai vu sur leur front lever le cimeterre.
On se mêle, on combat; le sang rougit la terre.
Aux bourreaux de mon roi que n'ai-je pu m’offrir !
Du moins , à vos côtés , Reine , je viens mourir. ,
A travers les soldats qu’échauffe le carnage J’arrive jusqu’à vous , guidé par mon courage.
Trahi par ses sujets, trompé dans ses desseins,
Le perfide Almodan tient vos jours dans ses mains. Quel frein peut arrêter la fureur qui l’anime ?
A ses affreux soldats s’il livrait leur victime.
Entourés dans ce lieu , nous n’en pouvons sortir ;
Mais je vous défendrai jusqu’au dernier soupir.
MARGUERITE. « ■ ■ • •• * z Et quel est votre espoir? que peut votre courage? Pensez-vous me soustraire à leur aveugle rage?
Vous périrez , Joinville , et vos yeux expirants Me verront au milieu de ces tigres sanglants En butte à leurs fureurs... Quoi ! cette horde infâme De votre roi , Joinville , outragerait la femme ! Bourreaux de mon époux, arrêtez ! Les voici;
Leur glaive fume encore ! Arrachez-moi d’ici ; Fuyons...
JOINVILLE
Hélas!
MARGUERITE
Non , non , la fuite est impossible.
Je les entends. Eh quoi ! dans ce moment terrible , Vous verriez mes tourments sans pouvoir me sauver !
JOINVILLE
Que faire?
MARGUERITE
De l’opprobre il faut me préserver.
JOINVILLE
O pénible devoir!
Ami, de votre zèle
Votre reine demande une preuve nouvelle.
JOINVILLE
Grand Dieu!
MARGUERITE
Pour déjouer leurs horribles projets.
Il faut de votre main m’immoler.
JOINVILLE
J’y songeais.