‹ Louis 9. tragedie en cinq actesChapitre 55 sur 57 · MARGUERITE, PHILIPPE, JOINVILLE · texte numérisé non relu

MARGUERITE, PHILIPPE, JOINVILLE

PHILIPPE dans la coulisse.

Mâ mère !

Juste ciel, qu’entends-je? quelle voix !

C’est mon fils ! C’est mon fils ! ce n’est point un prestige : Le voilà ; je le vois. Mon Dieu , par quel prodige ,

Quand je pleurais sa mort , me rends-tu mon enfant ?

PHILIPPE

Almodan est vaincu , mon père est triomphant. MARGUERITE.

11 respire!

JOINVILLE

Est-il vrai? Quelle main protectrice Sous les pas de mon roi ferma le précipice ?

J’ai vu le fer levé : qui détourna les coups?

PHILIPPE

Dieu , vaincu par vos pleurs, s’est déclaré pour nous.

Ne pouvant du Soudan désarmer la colère,

J'attendais le trépas aux côtés de mon père;

Des gardes d’AItnodan nous étions entourés.

Assiégeant son palais , de son sang altérés,

Chrétiens et musulmans qu’un même espoir rassemble, Étonnés de marcher et de combattre ensemble, Demandaient à grands cris qu’on fît tomber nos fers. Des gardes tout-à-coup les rangs se sont ouverts; Almodan nous entraîne, il s’élance, il s’écrie :

« Nouradin, où t’emporte une aveugle furie?

« Ne me connais-tu pas? Crois-tu m’intimider?

« Tombe sur moi le ciel, plutôt que de céder!

« Tu demandes Louis? vers lui tourne la vue;

« Regarde; sur son front la mort est suspendue,

« Peuple, n’avance pas; et vous, chrétiens, fuyez,

« Ou sa tête à l’instant va tomber à vos pieds. »

Nos vengeurs, à ces mots, frémissent immobiles.

Et , maintenant armés de glaives inutiles,

Us brûlent d’avancer; ils n’osent faire un pas.

Nouradin cependant, suivi de ses soldats,

Vers nous se précipite ; on se flatte , on espère.... Almodan dit un mot : on va frapper mon père;

Il est perdu! Raymond, ce Français criminel,

S’élance, et pour son roi reçoit le coup mortel,

Nouradin aussitôt nous saisit, nous dégage.

Almodan veut encor faire tête à l’orage;

Il combat, mais en vain. Ses soldats éperdus Déjà cèdent au nombre et ne l’écoutent plus ;

Et chacun d’eux , le front incliné vers la terre,

Aux pieds de Nouradin pose son cimeterre.

Seul, debout au milieu de ses guerriers soumis, Almodan semble encor braver ses ennemis.

On le désarme : en vain il rêve encor le crime;

On traîne l’oppresseur aux pieds de sa victime.

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