‹ Louis AgassizChapitre 100 sur 387 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

gnait sérieusement que ce nouveau champ d’activité, avec ses théories entraînantes, n’arrachât Agassiz à ses recherches ichthyologiques.

* Alexandre de Humboldt à Louis Agassiz.

Berlin, ce 2 décembre 1837.

Je reçois dans ce moment, mon cher et excellent ami, par la voie d’un ministre de cabinet, M. de Werther, vos huitième et neuvième livraisons avec un beau cahier de texte. Je m’empresse de vous en exprimer ma plus vive reconnaissance, et je félicite le public de la résolution que vous avez prise, un peu tard, de donner beaucoup de texte. On ne doit flatter ni les rois, ni les peuples, ni ses plus chers amis. Je prétends donc qu’on ne vous dit pas assez combien les mêmes personnes qui admirent avec raison votre ouvrage, se plaignent journellement de ce genre de publication fragmentaire, qui met au désespoir ceux qui n’ont pas le loisir de caser vos feuilles éparses et de débrouiller la fourmilière h

Je pense qu’il serait bien utile de publier pendant quelque temps plus de texte que de planches. Vous le pourriez d’autant mieux que votre texte est excellent, plein d’idées neuves, importantes et exprimées avec une admirable clarté. L’aimable lettre (encore sans date), qui a précédé votre envoi, m’a douloureusement affecté. Je vois que vous êtes de nouveau bien souffrant; vous vous plaignez de congestions à la tête et aux yeux. De grâce,

1 Par suite cle l’irrégularité avec laquelle il recevait ses matériaux, Agassiz était tantôt en avance, tantôt en retard, avec certaines parties de son sujet, en sorte que les planches et les textes ne paraissaient pas toujours ensemble, ce qui causait beaucoup d’ennuis à ses lecteurs.

AGASSIZ A NEUCHATEL

soignez une santé qui nous est si chère! Je crains que vous ne travailliez trop, et (voulez-vous que je vous le dise franchement u?) que vous ne répandiez votre intelligence sur trop de choses à la fois. Je pense que vous devriez concentrer, cher ami, vos forces pécuniaires et surtout vos forces morales sur ce bel ouvrage des « Poissons fossiles ». Vous rendriez par là plus de services à la géologie positive que par ces considérations générales (un peu glaciales), sur les révolutions du monde primitif, considérations qui, vous le savez bien, ne laissent de conviction qu’à ceux qui les enfantent. En acceptant des sommes considérables de l'Angleterre, vous avez contracté, pour ainsi dire, des obligations que vous devez acquitter en terminant un ouvrage qui sera tout à la fois un monument élevé à votre gloire et à l’histoire des sciences. Quelque belles et exactes que soient sans doute vos recherches sur d’autres pétrifications, c’est toujours les poissons que vous demandent vos contemporains.

Vous direz que c’est vous rendre l’esclave des autres; sans doute, mais telle est l’aimable combinaison des choses d’ici-bas. Ne m’a-t-on pas forcé, pendant trentetrois ans, à m’occuper de cette ennuyeuse Amérique et ne suis-je pas insulté encore journellement, parce que, après avoir publié trente-deux volumes de la grande édition in-folio et in-quarto et douze cents planches, il manque un seul volume de la section historique f Nous autres hommes de lettres, nous sommes les serviteurs d’un maître narquois et despotique que nous avons eu l'imprudence de choisir, qui d’abord nous flatte et nous soigne, et puis nous tyrannise, si nous ne travaillons pas à son gré. Vous voyez, mon cher ami, que je fais le vieillard grondeur et que je me range du côté du public despote, ce qui doit vous déplaire foncièrement

Sous le rapport de l’abaissement général ou périodique de la température du globe, je n’ai jamais cru à la né-

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