CHAPITRE VIII
refroidissement graduel de la surface de notre globe, il l’explique en admettant des oscillations de température. Celle-ci a baissé à la fin de chaque époque géologique avec la disparition des êtres qui la caractérisent, pour se relever d’une certaine quantité avec l’apparition d’une création nouvelle au commencement de l’époque suivante. Chaque époque serait donc marquée par un réchauffement à son début et un refroidissement à sa fin, sans que rien fût changé cependant au refroidissement graduel général.
« Cette manière de voir, dit-il en terminant, ne « sera pas partagée, je le crains, par un grand nom- « bie de nos géologues, qui ont sur ce sujet des opi- « nions arrêtées; mais il en sera de cette question « comme de toutes celles qui viennent heurter des « idées reçues depuis longtemps.
« Quand M. de Buch affirma pour la première fois, « en face de l’école formidable de Werner, que le « granit est d’origine plutonique et que les monta- « gnes se sont élevées, que dirent les Neptunistes? 11 « fut d’abord seul à soutenir sa thèse, et ce n’est « qu’en la défendant avec la conviction du génie, qu’il « l’a fait prévaloir. Heureusement que dans les ques- « tions scientifiques, les majorités numériques n’ont « jamais décidé de prime abord aucune question. »
C’était là jeter le gant aux partisans des phénomènes erratiques, expliqués par les inondations, les courants d’eau et les glaces flottantes. Plusieurs géologues et savants étrangers de la plus haute distinction assistaient à cette réunion, entre autres Léopold de Buch qui pouvait à peine contenir son indignation,
AGASSIZ A NEUCHATEL. THÉORIE GLACIAIRE 201
mêlée de mépris, pour ce qu’il regardait comme 1 opinion d’un observateur jeune et inexpérimenté. La discussion qui s’engagea ensuite dans la section spéciale entre de Buch, Charpentier et Agassiz, fut des plus intéressante. Elie de Beaumont, qui aurait du être le quatrième membre de cette section, n’arriva que plus tard. Les divergences d’opinion toutelois n’altérèrent jamais les relations cordiales qui existaient entre de Buch et son jeune adversaire. En ellet, Agassiz conserva toute sa vie un respect prolond et une admiration sincère pour la mémoire de ce savant distingué.
Les hommes qui avaient fait une étude spéciale de ce sujet, ne furent pas les seuls à décourager Agassiz. Les lettres de son cher maître de Humboldt, en 1837, témoignent du regret qu’il éprouvait de ce qu’une partie de l’énergie de son jeune ami eût été distraite de la zoologie pour se porter vers des recherches qu’il envisageait alors comme reposant sur de pures théories, plutôt que sur des démonstrations précises. Peut-être était-il aussi un peu influencé par les préventions de son ami L. de Buch. Quoiqu’il en soit, il écrivait à Agassiz : « Ainsi que vous le « savez déjà, Léopold de Buch est furieux contre vos « moraines et celles de Charpentier, considérant ce « sujet comme sa propriété exclusive. Quant à moi,
« bien que moins hostile à ces nouvelles vues et prêt « à admettre que les blocs n’ont pas tous été trans- '< portés de la même manière, je suis cependant dis- « posé à croire que les moraines sont dues à des « causes plus locales. »
La lettre suivante nous montre que Humboldt crai-