CHAPITRE PREMIER
naturelle du canton de Vaud; Agassiz trouva en Jui non seulement un maître instruit, mais un ami partageant ses goûts favoris. Il reçut également des encouragements de son oncle, le docteur Mayor, célèbre médecin à Lausanne, qui avait une grande influence sur M. et Mme Agassiz et qui fut frappé de l’intelligence avec laquelle son neveu s’occupait d’anatomie et de sujets analogues; il conseilla de lui permettre d’étudier la médecine, en sorte qu’à la fin de ''son stage au collège de Lausanne, le projet de le destiner au commerce fut définitivement abandonné et il fut autorisé à choisir la profession de médecin, comme étant le plus en rapport avec ses goûts.
A l’àge de dix-sept ans, Agassiz se rendit à l’école de médecine de Zurich, où, pour la première fois, il se trouva en contact avec des hommes dont les publications scientifiques donnaient à leur enseignement une haute autorité. Le professeur Schinz, homme instruit et capable, qui occupait la chaire d’histoire naturelle et de physiologie, lui témoigna en particulier le plus vif intérêt; il lui confia la clef de sa bibliothèque et de ses collections d’oiseaux, faveur de grand prix pour un élève réduit encore à envisager les livres comme un article de luxe inabordable. Le jeune étudiant y passa bien des heures à copier les ouvrages qui étaient au-dessus de ses ressources, quoique plusieurs de ces volumes eussent pu être achetés pour quelques francs; par pure amitié, son frère Auguste, toujours son fidèle compagnon, partageait ce travail de copiste qui n’était pour lui-même d’aucune utilité.
Pendant les deux années qu’Agassiz passa à Zurich,
AGASSIZ A ZURICH
il soutint peu de relations en dehors de l’Université; il logeait avec son frère dans une maison particulière où l’un et l’autre trouvaient une bonne et agréable vie de famille. Ce fut en compagnie de ses hôtes qu’Agassiz lit dans les Alpes sa première excursion de quelque importance; ils montèrent au Righi pour y passer la nuit. Au coucher du soleil un orage épouvantable éclata au-dessous d’eux, tandis qu’au sommet de la montagne, le temps restait parfaitement clair et l’air calme. Sous un ciel serein, on pouvait suivre les progrès de la tempête, voir éclater la foudre, entendre gronder le tonnerre dans de sombres nuées, d’où s’échappaient des torrents de pluie sur la plaine et sur le lac de Lucerne. Cet orage se prolongea assez avant dans la nuit, et quoique ses compagnons fussent allés se reposer de leurs fatigues, Agassiz resta encore longtemps dehors, jusqu’à ce qu’enfm, les nuages s’étant dissipés peu à peu, la lune parût dans toute sa beauté, éclairant le lac et toute la contrée. Plus tard, il racontait que dans aucune de ses courses de montagnes, il n’avait vu un spectacle plus beau.
Celles de ses lettres datées de Zurich qui ont été conservées n’offrent pas d’intérêt particulier. Dans l’une d’elles, toutefois, il fait allusion à une singulière circonstance qui aurait pu changer entièrement sa carrière. Les deux frères s’en revenaient à pied de Zurich pour aller passer leurs vacances à Orbe, où leurs parents étaient installés depuis 1821, lorsqu’ils furent rejoints, entre Neuchâtel et Orbe, par une voiture de voyage dans laquelle se trouvait un monsieur qui les invita à monter auprès de lui, par-